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24 septembre 2003.

Alphonse de Lamartine, évidemment…

Se déroulant à une poignée de kilomètres du Lac du Bourget, ce (...)

Se déroulant à une poignée de kilomètres du Lac du Bourget, ce colloque ne pouvait évidemment pas faire abstraction du "poème des eaux" né sur ses rives. Et dont Mireille Védrine, conservateur aux Musées d’Art et d’Histoire de Chambéry, n’hésite pas à dire qu’il est sans nul doute possible "le plus célèbre" sur le thème "Littérature et Lacs".

Le premier contact de Lamartine avec les lacs savoyards remonte à 1815 lorsqu’il séjourne quelque temps à Nernier, sur les bords du Léman, entre Genève et Thonon-les-Bains.

Le Lac du Bourget, il le découvre l’année suivante à Aix-les-Bains où il est venu se soigner. Il y rencontre Julie Charles. Cette fille de mère créole et femme d’un physicien célèbre de l’époque souffrait de tuberculose.

D’elle, Lamartine écrira plus tard qu’elle avait "cette langueur indécise entre celle de la souffrance et celle de la passion" et un sourire triste qui "se répandait sur sa bouche comme une incrédulité obstinée au bonheur"

Le 10 octobre 1816, alors que le lac subit une forte tempête, Lamartine sauve Julie du naufrage. Ils deviennent amants et parcourent ensemble tous les sites du Bourget avant qu’elle ne rentre à Paris où d’ailleurs ils se reverront.

Julie Charles succombe à son mal en décembre 1817. Lamartine, raconte Mireille Védrine, "est profondément bouleversé par sa mort, c’est cette mort qui fera de lui un poète, et un poète très novateur".

Ses "Méditations" paraissent en 1820, leur succès est immédiat. L’un des poèmes du recueil a pour titre "Ode au Lac du Bourget". Il deviendra "Le Lac de B.", puis tout simplement "Le Lac", acquérant ainsi une valeur universelle. L’original est daté d’Aix, septembre 1817.

"La moitié des choses"

L’eau, explique Mireille Védrine, est un élément très présent chez Lamartine qui souvent associe les vagues au thème de la mort. Dans ses poèmes, il ne faut cependant pas chercher de description précise, car pour lui comme pour tous les romantiques, les paysages sont avant tout des états d’âme ("les sites sont pour moi, comme pour toutes les natures impressionnables, la moitié des choses", écrit-il dans son Cours familier de littérature.

Mais la nature est aussi et en même temps garante d’immortalité. Dans le dernier vers du Lac, Lamartine la charge ainsi de garder le souvenir de son amour : "tout dise : ils ont aimé".

Et Mireille Védrine de citer encore Théophile Gauthier, à propos du style "liquide" du poète : " ce sont des déroulements et des successions de formes ondoyantes insaisissables comme l’eau, mais qui vont à leur but, et sur leur fluidité, peuvent porter l’idée, comme la mer porte les navires".

"Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages… "


Photo : mairie.aixlesbains.com




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Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
Jeter l’ancre d’un seul jour ?

O Lac ! l’année à peine a fini sa carrière
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir
Regarde je viens seul m’asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s’asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos :
Le flot attentif et la voix qui m’est chère
Laissa tomber ces mots :

O temps ! suspends ton vol, et vous heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez les heureux.

Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : sois plus lente et l’aurore
Va dissiper la nuit

Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
Il coule, et nous passons !

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

O lac ! rochers muets ! grottes ! forêts obscures !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez belle nature,
Au moins le souvenir !

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

Alphonse de Lamartine
Le Lac
Méditations poétiques

1820

Agenda

Mot d’eau

  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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