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12 février 2012.

"Touche pas à Famatina !"

Des pêcheurs, des agriculteurs et des écologistes bien décidés à se (...)

Des pêcheurs, des agriculteurs et des écologistes bien décidés à se faire entendre montent au champ de bataille aux cris de oui à l’eau ! non à l’or ! Au Pérou, ils marchent vers Lima, la capitale, traversent Pativilca, Supe, Paramonga, Huacho, pour préserver leur droit à l’eau, le principal trésor de la planète. Des voix solidaires se font entendre en Équateur, en Bolivie, dans le Mercosur… et même aux États-Unis ! C’est qu’autour de cette ressource vitale on a déjà recensé au moins 140 conflits dont sont victimes les communautés autochtones de Cajamarca, Ancash et Cuzco confrontées à une industrie minière qui se comporte en prédateur.

Depuis quelques années, cette lutte face au même ennemi se joue aussi en Argentine, illustrée plus particulièrement par le mégaprojet tristement célèbre de Pascua Lama, du nom de cette mine que la multinationale canadienne Barrick Gold Corporation voulait exploiter en 2009, à ciel ouvert et à 4’800 mètres d’altitude, à cheval sur le Chili et l’Argentine.

Ce projet aurait ’effacé’ deux montagnes et aurait fait sortir de terre en même temps un nouveau massif de deux millions de tonnes de résidus. L’exploitation de cette mine se serait également traduite par l’enlèvement de trois glaciers et le détournement de deux rivières. Folie et catastrophe allaient de pair. La révolte publique contre ce projet pharaonique approuvé par les gouvernements chilien et argentin a finalement contraint la Barrick Gold Corporation à lâcher son projet en 2007.

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Depuis quelque temps, les cris de la foule argentine résonnent en d’autres lieux : “Touche pas à Famatina !” Dans la province aride de la Rioja, au nord-ouest du pays, non loin du Chili et à 4’000 mètres au-dessus du niveau de la mer, on trouve la ville et un cours d’eau dont le nom désigne aussi une chaîne de montagnes enneigées - El Nevado de Famatina - dont le plus haut sommet, le Cerro General Belgrano, pointe à 6’250 mètres d’altitude. Cela saute aux yeux : ce massif constitue l’une des principales ressources hydriques de la région.

La ville voisine, Chilecito, n’a pas échappé non plus aux dégâts sociaux et environnementaux provoqués par les mégaprojets à ciel ouvert. On y voit encore et toujours les vestiges de l’activité minière britannique du 19e siècle en quête d’or et autres métaux destinés à l’Angleterre. À l’époque on creusait des galeries souterraines ; aujourd’hui, la méthode est plus dramatique et assourdissante. On concasse et on pulvérise les montagnes à coups de milliers de tonnes de dynamite.

Depuis longtemps, la région a été bouleversée, dévastée plutôt, à cause d’un mode d’exploitation qui a besoin de cyanure et d’énormes quantités d’eau pour extraire les minéraux. Soyons concrets : chaque jour, sur 300’000 tonnes de roches, on déverse 27 millions de litres d’eau et 4 tonnes de cyanure. Comme si le dicton biblique ne s’adressait pas seulement à l’homme, mais aussi à la cordillère : “tu es poussière et tu retourneras dans la poussière”.

À la limite de la patience, les habitants de la région ont décidé de donner libre cours à leur mécontentement et de bloquer les routes. Cette mobilisation populaire n’a malheureusement pas réussi à empêcher un accord secret entre la compagnie étatique minière de La Rioja (EMSE) et la société québécoise Osisko Mining Corporation pour la prospection d’or sur un territoire montagneux de 40 kilomètres carrés.

Face à l’opposition acharnée de la population locale et de nombreuses organisations non gouvernementales qui soutiennent ce mouvement de protestation, l’entreprise canadienne a fait savoir qu’elle arrêtait provisoirement ses travaux dans l’attente d’une "sanction sociale" qui donnerait alors le feu vert au projet d’exploitation en conformité avec la législation nationale. Autrement dit : pour aller de l’avant, l’accord du gouvernement argentin ne suffira pas, il faudra également l’accord explicite ou tacite de la population. Pour sa part, le gouvernement provincial a lancé une vaste campagne d’information pour faire comprendre aux citoyens tout le bénéfice économique qu’ils tireront d’un projet qui bénéficie de la bénédiction du régime.

Pendant qu’à Famatina la lutte continue, une autre et féroce bataille vient d’éclater dans la province de Catamarca. Au cœur de la tourmente : la ville de Tinogasta, où le 10 février des manifestants ont bloqué le trafic des camions transportant des charges explosives vers la mine La Alumbrera. Entre les manifestants et la police, les heurts ont été extrêmement violents, faisant de part et d’autre plusieurs blessés, sans parler des gros dégâts matériels.

L’exploitation minière à ciel ouvert, telle qu’elle se pratique encore, suscite de fortes oppositions à peu près partout sur la planète. Mais le pillage des ressources, les risques de pollution et le danger d’extinction des petites communautés qui découlent de la voracité des sociétés multinationales sont prémonitoires d’un autre risque tout aussi inquiétant : l’aquifère Guarani, l’une des plus grandes réserves d’eau souterraine du monde, partagé par le Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, est l’objet de toutes les convoitises internationales. Les peuples d’Amérique du Sud s’attendent à d’autres batailles.

Walter Acosta
Buenos Aires, le 12 février 2012




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  • Vous voulez goûter ?

    "Je vous prie de m’excuser, mais je dois boire de l’eau, j’ai la gorge sèche. Quand on écosse les haricots, ça fait un peu de poussière. Vous en voulez ? J’ai une excellente eau du puits. De mon propre puits. Non, il était là. Je l’ai juste nettoyé et agrandi. J’ai installé une pompe. J’ai amené les tuyaux jusqu’à ma maison. Vous voyez, il suffit d’ouvrir le robinet. Vous voulez goûter ? Tenez. Alors, elle est bonne, non ?" (Wieslaw Mysliwski, "L’art d’écosser les haricots", 2010)


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