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29 juillet 2021.

Les cours d’eau suisses se réchauffent, leur température va encore monter

Les changements climatiques ont, entre autres effets, celui de (...)

Les changements climatiques ont, entre autres effets, celui de réchauffer les cours d’eau. Non seulement ils modifient les régimes hydrologiques et les quantités d’eau disponibles, ils ont aussi des impacts sur la qualité des écosystèmes aquatiques. Leur température, très surveillée dans les stations de mesure, en est même l’une des variables les plus importantes. C’est un fait désormais incontestable : les rivières suisses se réchauffent. Une étude réalisée pour le compte de l’Office fédéral de l’environnement montre sur une période de 40 ans que leur température a augmenté en moyenne d’environ 0.33° C par décennie et que dans le meilleur des scénarios - c’est-à-dire de fortes réductions des émissions de CO2 - elle ne se stabilisera que vers la fin du siècle. Avec pour conséquence que « ce réchauffement attendu aura des répercussions importantes sur les écosystèmes des cours d’eau ».

Ce réchauffement des rivières suisses a été continu durant les quatre dernières décennies et il est davantage visible sur le Plateau que dans les Alpes où, pour le moment, la fonte de la neige et des glaciers tempère les effets de la hausse de température de l’air, lit-on dans le rapport rédigé par un groupe de huit chercheurs de différentes universités suisses [1]. Des tendances similaires sont également reportées pour les lacs suisses : depuis les années 1950, la température moyenne de leur surface durant l’été a augmenté d’environ 0.40° C par décennie.

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Les cours d’eau ombragés, à l’exemple ici de la Versoix à la frontière franco-suisse,
semblent aujourd’hui les mieux préparés à faire face au réchauffement climatique (aqueduc.info)

Dans les rivières, la hausse des températures de l’eau peut avoir d’importantes conséquences biologiques en particulier sur la faune piscicole : certaines espèces de poissons sont en effet très sensibles à l’eau chaude qui peut nuire à leur reproduction ou favoriser le développement de maladies. On peut s’attendre dès lors à ce qu’elles déplacent leur habitat vers l’amont à condition qu’aucun obstacle naturel ou artificiel n’empêche leur migration. À l’inverse, des températures plus élevées peuvent favoriser l’invasion d’autres espèces qui s’adaptent plus facilement à ces nouvelles conditions.

Les milieux naturels ne sont pas les seuls à être concernés par le réchauffement des rivières. Certains secteurs socio-économiques y sont d’ores et déjà confrontés, en particulier l’agriculture et le tourisme, ou encore les industries qui, comme les centrales nucléaires, utilisent l’eau des rivières pour le refroidissement de leurs installations [2]. Il n’est pas impossible non plus que la hausse de température des eaux de surface affecte également les nappes souterraines alimentées par l’infiltration des rivières, ce qui impacterait la biochimie des aquifères et risquerait de faire problème en matière d’approvisionnement en eau potable de qualité.

Qu’adviendra-t-il dans les prochaines décennies ? Les modélisations réalisées pour cette étude montrent qu’avec ou sans mesures de protection du climat et quels que soient les scénarios il faut s’attendre à une poursuite des tendances observées jusqu’ici. Il n’y a aucun doute sur le fait que dans un avenir proche, en Suisse et probablement dans l’ensemble des Alpes, les systèmes fluviaux connaîtront des changements substantiels qui auront des impacts importants (dont certains probablement inévitables) sur la faune aquatique comme sur les usages industriels de l’eau. Il est donc urgent de développer des stratégies d’adaptation et d’atténuation du réchauffement de la température de l’eau.

Dans l’immédiat, la seule stratégie d’atténuation efficace mise en œuvre est celle de la renaturation des cours d’eau et de l’arborisation des rives pour leur donner ombrage et protéger les habitats des espèces animales et végétales. Mais cela n’est possible que localement et seulement le long de petites rivières et ne peut donc fournir qu’une réponse partielle aux problèmes posés par le réchauffement de l’eau. (bw)




Notes

[1Adrien Michel et al., “Evolution of stream and lake water temperature under climate change.”. Étude réalisée pour le compte de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) dans le cadre des projets de recherche Hydro-CH2018 du Centre national des services climatiques. Berne, 2021.
- Cette recherche a porté sur 52 bassins versants répartis en quatre catégories : les bassins du Plateau et du Jura, les bassins en aval de lacs, les bassins alpins, et les bassins comportant des barrages d’importance. Pas moins de 16 scénarios de changements climatiques ont été pris en compte entre basses et hautes émissions de gaz à effet de serre.
- On trouvera également, sous le titre « Changements climatiques et températures des rivières », un résumé de cette étude sur la plateforme Aqua & Gas de la Société suisse de l’industrie du gaz et de l’eau (SSIGE).

[2Selon l’Ordonnance fédérale sur la protection des eaux (OEaux) de 1998, le déversement d’eaux industrielles ou agricoles ne doit pas modifier de plus de 3° C la température des cours d’eau la plus proche possible de leur état naturel et cette limite est même abaissée à 1,5° C dans les zones à truites. Et après déversement, la température de l’eau ne doit en aucun cas dépasser 25° C.

Mots-clés

Glossaire

  • Ablution

    Dans le vocabulaire des religions, l’ablution est un rite de purification du corps, par immersion totale ou par aspersion, pratiqué individuellement ou collectivement dans des situations particulières, notamment après un contact avec des choses jugées impures ou avant un acte religieux comme la prière. Fréquente dans le judaïsme et l’Islam, mais aussi dans le bouddhisme, l’hindouisme et le shintoïsme, l’ablution rituelle a pratiquement disparu de la liturgie chrétienne.

Mot d’eau

  • Longer les fleuves

    « J’aimais les chemins en bordure des fleuves. Aller avec le courant de leur eau et sentir leur respiration au gré de la marche. Les fleuves vivaient. Ils avaient fait les villes. Au cours des dizaines de milliers d’années, ils avaient usé les montagnes, transporté les terres, comblé les mers, puis fait pousser les arbres. Depuis le début des temps, les villes leur appartenaient, et sans doute ne cesseront-elles jamais de leur appartenir. » (Haruki Murakami, "La course au mouton sauvage", 1982)


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