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9 novembre 2006.

Le robinet et le cadenas

EDITO NOVEMBRE 2006 C’est le graphisme de couverture du dernier (...)

EDITO NOVEMBRE 2006

C’est le graphisme de couverture du dernier Rapport mondial sur le développement humain, consacré cette année à la thématique de l’eau. Un robinet et un cadenas qui disent que des millions d’êtres humains de par le monde sont privés d’accès à une eau salubre. Non pas parce que cette eau serait rare, mais parce qu’ils en sont exclus pour cause de pauvreté, d’inégalité, ou d’incapacité des pouvoirs publics.

De ce rapport – qui postule que le développement humain se mesure d’abord par la qualité de vie et non par la richesse matérielle – on retiendra d’abord quelques informations-clés. Qu’ils sont rares les pays qui font de l’accès à l’eau une priorité politique nationale. Que la communauté internationale fait de même en négligeant la part de l’eau dans les budgets de coopération. Qu’elle fait pire encore dans le domaine de l’aide à l’assainissement, trop souvent relégué au chapitre des contributions annexes. Et surtout que, dans les pays pauvres, les plus démunis paient l’eau plus cher et en reçoivent moins.

Cette publication, parrainée par le Programme des Nations Unies pour le développement, a également le mérite de rafraîchir la mémoire des gens du monde industriel. Pour qui le robinet est aujourd’hui quelque chose de totalement banal. Et qui ont oublié – ou ne savent pas – qu’il n’y a pas si longtemps que cela, l’un des puissants moteurs du développement de leur propre pays a consisté à purifier de l’eau et à la séparer des excréments. Ce qui fait que nous autres gens du Nord avons aussi beaucoup de mal à imaginer et à comprendre ce que veut dire l’insécurité de l’eau dans des pays en développement.

La sécurité humaine, c’est précisément l’un de ces rapports, en 1994 déjà, qui l’a introduite dans le débat sur le développement pour contrebalancer les conceptions étroites des stratèges militaires. Elle retrouve toute son actualité au moment où le mot sécurité devient quasiment synonyme de lutte contre le terrorisme. Mais si l’on regarde ce qui aujourd’hui menace une majorité de gens sur la planète - la crise de l’eau fait davantage de victimes que n’importe quelle guerre - on comprendra vite que l’approvisionnement en eau potable et l’accès à un assainissement digne de ce nom doivent faire partie des priorités absolues de la sécurité mondiale. Il est encore temps de déverrouiller le robinet. Avant que la rouille ne s’y mette.

Bernard Weissbrodt

- Sur ce thème, lire la présentation générale du Rapport et les articles du dossier qui lui est spécialement consacré.




Mots-clés

Mot d’eau

  • L’eau de Lao-Tseu

    Parmi toutes les choses du monde, il n’en est point de plus molle et de plus faible que l’eau, et cependant, pour briser ce qui est dur et fort, rien ne peut l’emporter sur elle. Pour cela rien ne peut remplacer l’eau. Ce qui est faible triomphe de ce qui est fort ; ce qui est mou triomphe de ce qui est dur. Dans le monde il n’y a personne qui ne connaisse [cette vérité], mais personne ne peut la mettre en pratique. (Lao-Tseu, "Tao Te King", LXXVIII.)

Glossaire

  • Source « améliorée »

    Cette notion est utilisée par l’OMS pour désigner une installation d’approvisionnement en eau qui, de par la nature de sa construction, protège l’eau de façon satisfaisante de toute contamination extérieure, en particulier des matières fécales. Les sources améliorées incluent : l’eau courante sous canalisation alimentant le domicile, les forages ou puits tubulaires, les puits creusés protégés, les sources protégées et les citernes d’eau de pluie. L’eau en bouteille ne figure pas dans cette liste car la quantité d’eau ainsi fournie est limitée.


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