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1er février 2010.

L’eau et la dignité

ÉDITO FÉVRIER 2010 “Hier, j’ai failli mourir de soif. Il faut (...)

ÉDITO FÉVRIER 2010

“Hier, j’ai failli mourir de soif. Il faut maintenant un demi-dollar pour acheter une bouteille d’eau”... Johanne ne dissimule pas ses peurs. Cette jeune Haïtienne a certes trouvé refuge dans un camp de fortune. Mais, ce jour-là, une semaine après le tremblement de terre qui a dévasté Port-au-Prince, les secours n’ont pas encore atteint son quartier.

Comme pour lui faire écho, cette réflexion d’un délégué Croix-Rouge : “l’eau ne sert pas uniquement à étancher la soif. Quand on a tout perdu, le fait de pouvoir se laver permet de rester propre et de retrouver la dignité.”

Le mot est lâché. S’il est une image qui a surpris plus d’un témoin éloigné et impuissant de la tragédie haïtienne, c’est bien celle de ce peuple meurtri mais faisant résolument face à son destin, immensément digne malgré ceux qui profitent de son désarroi, tentant avec des moyens on ne peut plus dérisoires de retrouver ne serait-ce que le plus ténu des espoirs de vie sous les décombres, étonnant de lucidité et de gratitude lorsqu’un des siens réchappe quasi miraculeusement au cataclysme. On ne peut que penser à Camus à qui l’on vient de rendre hommage un demi-siècle après sa disparition. Et qui, un jour, avait écrit que la seule dignité de l’homme est “la révolte tenace contre sa condition, la persévérance dans un effort tenu pour stérile”.*

Le peuple haïtien en sait un bout sur la dignité : il est né de l’esclavage qui en est probablement la plus abominable des négations. Et si cette dignité réclame avant toute autre revendication que soient respectées et satisfaites les exigences les plus élémentaires de la vie humaine, l’accès à l’eau en est sûrement la première condition. Sine qua non. On peut survivre plusieurs jours sans nourriture, mais pas sans eau. Rien ne peut la remplacer. Son absence est purement et simplement synonyme de mort.

Nombre de gouvernements, institutions publiques, organismes privés et associations en tous genres ont décidé de se porter au secours des Haïtiens. En termes d’approvisionnement en eau, cela se traduit par la distribution de bouteilles et récipients souples ou rigides, l’apport de matériels et produits de purification, l’installation de pompes et de générateurs. Mais il faut aussi des compétences techniques pour réhabiliter rapidement un minimum de citernes et de réseaux. On a même vu la marine américaine dépêcher sur place l’un de ses porte-avions nucléaires, grand consommateur d’eau douce qu’il produit à son bord en dessalant l’eau de mer, et dont les excédents quotidiens pouvaient être rapidement distribués aux sinistrés par hélicoptère.

Tout cela amène deux sortes de questions. D’abord, qu’en sera-t-il du long terme ? Le président haïtien, René Préval, insiste pour qu’on ne se focalise pas sur la seule aide d’urgence : “on ne peut pas seulement soigner les plaies du séisme”. Il ne suffit pas cependant de proclamer qu’un peuple ne meurt pas. Le défi est immense. Il s’agit de reconstruire, pour ainsi dire, ce qui n’existait pas dans ce pays considéré comme l’un des plus démunis de la planète. Les réseaux d’eau de Port-au-Prince étaient déjà en mauvais état avant le tremblement de terre. Qu’adviendra-t-il de la solidarité internationale lorsque les équipes de télévision auront toutes tourné le dos à Haïti ?

Ensuite, pourquoi a-t-on réussi à mobiliser si rapidement autant de moyens, d’énergies et d’expertises pour tenter de fournir de l’eau potable aux Haïtiens en danger de mort alors qu’à l’inverse les pouvoirs politiques dans leur majorité se montrent tellement indifférents, sauf dans leurs vains discours, au milliard de gens de la planète encore et toujours privés, sous d’autres cieux, du minimum d’accès vital à cette ressource ? La dignité humaine a-t-elle vraiment besoin d’un surplus de catastrophes et de tragédies pour être enfin prise au sérieux ?

Bernard Weissbrodt


* Albert Camus, Le mythe de Sisyphe, (1942)

En lien avec cet éditorial :
- Le témoignage de Johane, recueilli par le Service d’information du Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies
- Les pages spéciales du site du CICR sur ses opérations en Haïti

Dans aqueduc.info :
- Haïti : l’eau, la première des priorités pour la survie
- Haïti : une usine à eau potable sur porte-avion au secours des sinistrés




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Mot d’eau

  • La vie, plusieurs eaux

    “Il y a plusieurs durées dans votre vie. Il y a plusieurs eaux mélangées dans le temps. L’enfance fait comme un courant profond dans la rivière du jour. Vous y revenez souvent, comme on revient chez soi après beaucoup d’absence.” (Christian Bobin, "La part manquante", 1989)

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  • Robinet

    Le mot vient de Robin, un sobriquet que jadis, dans les récits moyenâgeux, on donnait au mouton. Chez Rabelais par exemple. On l’employa ensuite pour désigner la pièce - souvent décorée d’une tête stylisée de mouton ou de bélier - installée sur le tuyau d’écoulement d’une fontaine pour fermer, ouvrir ou régler son débit d’eau. L’expression "tenir le robinet" signifiait d’ailleurs : user d’une chose à sa volonté. On notera que pour parler du robinet la langue allemande utilise le mot ... "Hahn", le coq !


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