AccueilInfosDossiersLettre aqueduc.info - n°100

septembre 2014.

L’eau, aujourd’hui, demain

ÉDITORIAL Pour marquer le 100e numéro de sa Lettre, aqueduc.info (...)

ÉDITORIAL

Pour marquer le 100e numéro de sa Lettre, aqueduc.info se fait l’écho de travaux interdisciplinaires menés par deux groupes de chercheurs des universités de Lausanne et Fribourg sur quelques-uns des enjeux et défis actuels et futurs de la gestion et de l’usage des ressources en eau. Un cahier spécial de 33 pages rassemble leurs diverses contributions.

La rédaction d’aqueduc.info remercie chaleureusement de leur amicale collaboration ces chercheurs respectivement engagés au sein de l’Institut de géographie et durabilité de l’Université de Lausanne et du Département des géosciences de l’Université de Fribourg.

Les sujets qu’ils proposent à notre réflexion soulèvent des questions qui demain seront peut-être débattues non seulement dans les milieux de la recherche scientifique, mais aussi sur la place publique et là surtout où se prennent les décisions qui touchent à la disponibilité autant qu’à l’usage des ressources naturelles et de l’eau en particulier.

On aura donc compris que, plutôt que de tenter de mesurer le chemin parcouru depuis 2003 au fil de l’actualité de l’eau, cette Lettre n° 100 se veut résolument tournée vers l’aval et vers ceux et celles qui en seront demain les témoins autant que les acteurs.


Le site et la Lettre aqueduc.info sont nés en 2003 d’une heureuse coïncidence entre l’envie (et la possibilité enfin) de contribuer ne serait-ce que modestement à l’information sur des questions d’actualité autour de l’eau et la célébration (très médiatisée) de l’Année internationale de l’eau décrétée par les Nations Unies. L’Europe se souvient bien de ce millésime 2003 et de sa sécheresse quasi historique. L’eau s’était-elle trompée d’année, elle qui alimentait les discours officiels mais boycottait ciel et terre ? Le Nord s’apercevait alors qu’il était, comme le reste de la planète, vulnérable aux changements climatiques.

Dans les forums internationaux, intergouvernementaux comme altermondialistes, on n’y porte à ce moment-là encore qu’un mince intérêt. De part et d’autre, on aligne les déclarations d’intention sur l’urgence de mettre l’eau au premier plan des priorités politiques, sur la nécessaire solidarité - internationale, financière et technique - qui permettra aux populations qui en sont privées d’accéder enfin à l’eau potable, et sur la bonne gouvernance qui rendra crédibles les théories stratégiques de développement durable. Une décennie plus tard, on peut reprendre les mêmes discours qui peinent encore et toujours à se traduire en actes efficaces.

À cette époque pas si lointaine, les esprits semblaient captifs du débat entre, d’un côté, ceux qui pensent que l’on peut s’approprier l’eau pour en faire une marchandise dont la gestion obéit aux règles de l’offre et de la demande (si jamais elle se raréfie, elle n’en sera que plus intéressante économiquement parlant) et, de l’autre, ceux qui prennent fait et cause pour une ressource considérée avant tout comme un bien commun dont les citoyens sont les premiers responsables et un droit humain dont les États doivent à tout prix se porter garants.

Une décennie plus tard, ces controverses sont quelque peu passées au second plan. Entre temps, les partisans de la privatisation des services de l’eau, qui n’ont rien renié de leurs convictions ni de leurs pratiques, ont affiné leurs stratégies de communication et gardent une mainmise discrète mais toujours aussi ferme sur l’agenda des politiques internationales de l’eau. De leur côté, les organisations citoyennes ont obtenu gain de cause aux Nations Unies : une résolution votée en 2010 par l’Assemblée générale y a reconnu l’accès à une eau potable, salubre et propre comme un droit humain fondamental. Dans nombre de pays, l’actualité quotidienne rappelle cependant que ce droit reste largement lettre morte.

À comparer les thématiques abordées dans les premières lettres aqueduc.info et celles qui les ont alimentées au cours de ces derniers mois, il saute aux yeux que d’autres préoccupations ont émergé. On paraît s’intéresser davantage, y compris dans l’opinion publique, à la ressource elle-même, à sa disponibilité (les modifications du climat et la fonte des glaciers annoncent-elles de futures pénuries d’eau ?), à sa qualité (peut-on faire confiance aux distributeurs d’eau quand on voit la quantité de micropolluants qui prolifèrent dans l’environnement ?), à sa protection (quelles mesures faut-il prendre pour préserver les fonctions vitales des cours d’eau et des nappes souterraines ?) et à sa gestion (quels moyens les collectivités publiques doivent-elles mettre en œuvre pour faire face à toutes leurs obligations dans le domaine de l’eau ?).

Ces diverses questions laissent à penser que l’on est peut-être en train de tisser une plus grande relation de proximité avec les ressources en eau, de comprendre que - où que l’on vive - on est souvent à la fois en aval et en amont des problèmes, et que les solutions ne peuvent pas être trouvées dans les seules réalités locales.

Le Programme national suisse de recherche sur la gestion durable de l’eau (PNR 61), qui s’apprête à rendre ses ultimes conclusions, apportera sans doute quelque éclairage intéressant sur les défis hydriques des années à venir et sur la meilleure façon de les relever. Mais, comme il apparaît dans le sommaire de cette centième lettre aqueduc.info, d’autres champs d’investigations restent ouverts au questionnement des chercheurs, d’autant que ceux-ci semblent prendre goût à la confrontation de leurs diverses disciplines.

Les six contributions de ce cahier sont issues principalement des travaux menés par le groupe de recherche « Eau et géopatrimoine » de l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de l’Université de Lausanne, dirigé par le Professeur Emmanuel Reynard, qui appréhende de manière résolument interdisciplinaire les problématiques de gestion des ressources en eau et de gestion des géopatrimoines. Elles sont complétées par des contributions du groupe de recherche du Professeur Olivier Graefe, du Département des géosciences de l’Université de Fribourg, dont les travaux portent en particulier sur les questions politiques relatives à la gestion de l’eau.

Martin Calianno et ses co-auteurs précisent différentes notions (besoins, demandes, consommations, prélèvements, etc.) utilisées souvent de manière désordonnée afin de quantifier les usages de l’eau. Une telle mise au point s’avère nécessaire lorsque l’on s’interroge sur ce que seront les usages futurs de la ressource. Dans la même veine, Arnaud Buchs et Marianne Milano, chercheurs post-doctoraux respectivement en sciences sociales et en hydrologie, confrontent leurs points de vue autour de la question de la pénurie, en se basant sur des exemples espagnols.

Emmanuel Reynard montre l’importance de prendre en compte les conditions socio-économiques dans la modélisation des usages futurs de l’eau, à l’exemple de la région de Crans-Montana-Sierre, en Valais, étudiée dans le projet MontanAqua, l’un des 16 projets du PNR 61. A partir des résultats de ce même projet, Christine Homewood et ses co-auteurs pointent le doigt sur les difficultés de gestion induites par la fragmentation institutionnelle, alors qu’Olivier Graefe discute des risques de dépolitisation de la gestion de l’eau liés au développement de la gestion par bassin versant.

Finalement, Stephan Utz et Nora Buletti présentent les résultats d’une enquête sur les processus participatifs dans l’aménagement des cours d’eau en Suisse, réalisée sur mandat de l’Office fédéral de l’environnement.

Gageons que les articles présentés dans ce dossier montreront tout le potentiel de l’interdisciplinarité, tant dans la réflexion conceptuelle que dans la résolution des problèmes concrets de gestion de l’eau.

Bernard Weissbrodt et Emmanuel Reynard


AU SOMMAIRE DE CE DOSSIER

M.Calianno, A.Buchs, M.Milano, E.Reynard
Réflexions sur la notion d’usage de l’eau
Lire >

M.Milano, A.Buchs
Regards croisés sur la notion de pénurie d’eau en Espagne : vers un rapprochement interdisciplinaire
Lire >

E.Reynard
Anticiper le stress hydrique dans le futur :
une simple affaire de climat ?
Lire >

C.Homewood, O.Graefe, E.Reynard
La fragmentation institutionnelle communale au détriment des ressources
Lire >

O.Graefe
Le fétichisme du bassin versant
Lire >

S.Utz, N.Buletti
Participation des usagers dans l’aménagement des cours d’eau en Suisse : premiers résultats d’une enquête nationale
Lire >



Infos complémentaires

(photos aqueduc.info)


- Les différents articles de ce dossier spécial Lettre aqueduc.info n°100 sont proposés sur ce site, pour une lecture en ligne, dans une version simplifiée accompagnée chaque fois de leur version originale téléchargeable.

- La version intégrale de ce cahier spécial de la Lettre aqueduc.info n°100 peut être téléchargée ici
(en format pdf).

PDF - 1.9 Mo
AQUEDUC.INFO - LETTRE N°100 - CAHIER SPÉCIAL - SEPT 2014




:: Quelques liens
et documents utiles


- Institut de géographie et durabilité (IGD) de l’Université de Lausanne
voir >

- Les travaux du groupe de recherche « Eau et géopatrimoine » de l’IGD :
voir >

- Département des Géosciences de l’Université de Fribourg
voir >

- Programme national suisse de recherche sur la gestion durable de l’eau (PNR 61) :
voir >

- Le "Thème Eaux" du site de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV)
voir >

- "Garantir l’approvisionnement en eau à l’horizon 2025 - Objectifs et mesures recommandées" – Brochure éditée par l’Office fédéral de l’environnement (8 pages, 2014) :
voir >

- "L’eau en Suisse – un aperçu" – Brochure publiée par la Commission d’hydrologie de l’Académie des sciences naturelles (28 pages, 2013) :
voir >

Mot d’eau

  • Eaux usées

    "Dans un monde où la demande en eau douce augmente sans cesse, et où les ressources en eau limitées subissent de plus en plus des contraintes du fait de la surexploitation, de la pollution et des changements climatiques, il est tout simplement impensable de négliger les opportunités qu’offre l’amélioration de la gestion des eaux usées." (Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2017)


Contact Lettre d'information