AccueilInfosDossiersLe Rhône de Robert Hainard

juin 2004.

L’appel du fleuve

« J’ai adoré la puissance du Rhône. Le Rhône, il était trop beau trop (...)

« J’ai adoré la puissance du Rhône. Le Rhône, il était trop beau trop puissant et son sort ne faisait pas de doute. Chaque fois que je le voyais c’était comme pour la dernière fois. Désespérément j’ai dessiné, barbouillé des aquarelles. J’aurais voulu garder l’image de tout ce qui devait disparaître, le dévorer ; l’assimiler par mon travail… rien de plus faux sans doute que ce désir d’épuiser le réel ».

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A travers la verdure naissante,
l’eau rare et pure de l’hiver
Aquarelle, 30 avril 1937

Robert Hainard a passé sa vie dans le canton de Genève, plus exactement à Confignon et à Bernex. Nous pourrions même aller jusqu’à dire « au bord du Rhône ». Et pas de n’importe quel Rhône ! C’était l’époque où le Rhône suivait encore le cours qu’il s’était tracé lui-même.

Il fût en effet une époque où le Haut-Rhône, entre Genève et Lyon, était un fleuve sauvage avec ses humeurs, sortant de son lit, modifiant son cours comme il l’entendait. Ce fleuve-là n’existe plus, l’homme avec ses barrages l’a dompté par le ciment.

Le Rhône a bercé, enchanté, émerveillé l’enfance de Hainard comme la jeunesse des villages voisins, étendue au soleil, s’éclaboussant à contre-jour dans l’eau éblouissante. Sauter sur son vélo le menait par la route et les chemins entre les haies, et forcément vers le fleuve. Son « appel du Rhône ».

Ses îles et ses méandres, ses tourbillons et ses oiseaux, ses falaises et ses pierres roulées, les bruits de son courant, l’ont éveillé aux beautés de la nature. Cette sensibilité, cet amour qu’il porte à la nature, lui ont certainement donné les moyens de la peindre.

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Le Rhône a baissé,
le gravier brille
de nouveau tout blanc
à l’embouchure de la lône.
Aquarelle, 1932

Chasseur d’images

Posant son vélo dans un coin, le carnet de croquis et le crayon dans son sac à dos, Robert Hainard sillonne les chemins sans vraiment savoir où il va, simplement au gré des traces, tel un braconnier, ou un chasseur, mais « chasseur d’images » uniquement. De cette portion du Rhône, il connaît tous les recoins, tous les terriers, tous les sentiers. Sachant le fleuve perdu, il ne cessera pendant des années de le peindre. Et c’est à travers ses oeuvres que l’on redécouvre ce milieu naturel qui fut la plus grande source de son inspiration artistique et qui faisait vraiment partie de son univers.

Génie mystérieux

Mais il n’y avait pas que le fleuve à lui tenir à coeur : « La loutre ! c’était pour moi bien avant que je l’aie vue, le Génie du Rhône, mystérieux et insaisissable ».

Avant de voir sa première loutre - une nuit de pleine lune d’octobre 1941 - il avait dû guetter l’animal pendant trente nuits, réparties sur deux années car il ne guettait que lorsque sa « maîtresse » la lune l’attirait... Encore et toujours l’appel du Rhône !... Mais la loutre n’était de loin pas toujours au rendez-vous !

Ces trente nuits n’auront pourtant pas été infructueuses, puisqu’en 1952 Robert Hainard terminera une suite de 39 gravures tirées de ses croquis. Une série intégralement reproduite en fac-similé dans un grand et beau livre : « Les nuits d’hivers au bord du Rhône ». Peut-être l’une des plus belles œuvres de sa vie.

Michèle Martin



Infos complémentaires

Quand Robert Hainard contait deux êtres libres, Rhône et loutre...

"Durant des centaines d’années, ils coulèrent des jours paisibles, dans le lit bordé de campanules.

Mais un matin, pour quelques poireaux emportés par les eaux, le technicien canalisa les colères du fleuve.

Il revint le lendemain, l’emprisonna et confisqua sa puissance".


À lire et à voir, entre autres, de Robert Hainard, sur le Rhône :

Quand le Rhône
coulait libre

Tribune Éditions, Genève, 1979, 127 p. Prix Jean Sainteny 1980 du Fonds Français pour la Nature et l’Environnement.
Deuxième édition en 1989 avec une préface de Philippe Roch. Tribune Éditions, Genève, 1989, 141 p.

Nuits d’hiver
au bord du Rhône

Tribune Éditions, Genève, 1988, 88 p.

Mot d’eau

  • Eaux usées

    "Dans un monde où la demande en eau douce augmente sans cesse, et où les ressources en eau limitées subissent de plus en plus des contraintes du fait de la surexploitation, de la pollution et des changements climatiques, il est tout simplement impensable de négliger les opportunités qu’offre l’amélioration de la gestion des eaux usées." (Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2017)


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