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11 octobre 2010.

Hydro-citoyens

ÉDITO OCTOBRE 2010 L’eau a besoin que l’on prenne soin d’elle. Et (...)

ÉDITO OCTOBRE 2010

L’eau a besoin que l’on prenne soin d’elle. Et l’on entend dire, de plus en plus fréquemment, que cette responsabilité incombe non seulement aux collectivités et aux experts, mais aussi à tout un chacun pris individuellement. Plus encore : ce serait un devoir citoyen, au même titre, peut-être, que celui qui consiste à payer ses impôts ou aller voter.

Depuis quelque temps déjà, on voit naître et grandir ici et là toutes sortes de mouvements, visant le plus souvent des publics jeunes, destinés justement à les sensibiliser et mieux les informer sur la nécessité et l’urgence de s’engager pour l’eau. Leurs adhérents ont pour rôles, et pour ambitions, d’être des sentinelles, des ambassadeurs, des porteurs d’eau.

Au Québec, le projet de "Sentinelles pour l’eau" s’adresse à des jeunes de différentes nations autochtones de la province pour attirer leur attention sur les questions de qualité de l’eau dans leurs communautés et pour leur fournir les moyens, appareils vidéos par exemple, de mener eux-mêmes leurs propres actions de sensibilisation dans ce domaine. Quelques-uns seront invités l’an prochain à se joindre à une expédition sur le fleuve Amazone pour y rencontrer des communautés autochtones brésiliennes et comparer leurs approches des ressources en eau. Ailleurs, dans la région française Rhône-Alpes notamment, d’autres sentinelles éco-volontaires se veulent véritablement aux aguets, prêtes à tirer la sonnette d’alarme auprès des associations de protection de l’environnement en cas d’atteintes constatées aux cours d’eau, aux zones humides et autres milieux aquatiques. Derrière les mêmes mots, un même souci sans doute, mais des réalités différentes.

"L’Ambassade de l’Eau" part, elle, du constat que l’eau est certes un bien commun mais qu’elle est mal répartie et qu’il faut donc faire preuve de solidarité. Cette petite structure associative française organise des classes d’eau dans les écoles afin d’aider les enfants à se préoccuper sans tarder des enjeux autour de cette ressource : "Éduquer les enfants, lit-on dans sa documentation, c’est former des éco-citoyens responsables pour le futur. Mais si l’éducation qu’on leur donne aujourd’hui ne se traduit pas par des réalités vérifiables, ils se démobiliseront, et ils auront bien raison." Chaque classe est en contact avec une classe d’eau d’un pays où l’accès à l’eau ou à l’assainissement fait problème, et avec lequel existe par ailleurs un partenariat de coopération. Chaque année, de ’petits ambassadeurs’ s’en vont alors raconter aux autres leur eau et leur vie.

Créé il y a une dizaine d’années par l’ONG ’Solidarité Eau Europe’, le "Parlement européen de la jeunesse pour l’eau" fait se rencontrer régulièrement, sur un bassin hydrographique déterminé, des jeunes engagés dans des projets locaux liés à l’eau et des adultes professionnels - enseignants, chercheurs, techniciens, élus, etc. - du même domaine. Il s’agit, selon ses initiateurs, de sensibiliser les jeunes Européens à une citoyenneté active, d’encourager leur participation aux politiques locales de l’eau et, par la constitution de réseaux, de favoriser les partages d’expériences et, le cas échéant, de véritables actions concrètes de coopération. Lors de la 10e édition de ce Parlement, prévue aux Pays-Bas en mars prochain, quelque 80 jeunes venus de toute l’Europe seront invités à échanger points de vue et témoignages sur le thème du changement climatique et de ses conséquences sur les ressources en eau.

Le mouvement des "Porteurs d’eau" - né au Canada et en train de prendre de l’ampleur en Europe sous l’impulsion de Danielle Mitterrand et de sa fondation France-Libertés - se veut davantage politique encore. Être ’Porteur d’eau’, c’est, dit-on, "participer, localement, au mouvement mondial qui œuvre pour que l’eau ne soit plus une marchandise et que l’accès à l’eau devienne un droit universel". Et un droit, précise leur charte, "qui ne peut être garanti que par une gestion publique, démocratique et transparente, inscrite dans la loi". À l’image des grandes organisations qui se choisissent, selon la formule bien connue, des ambassadeurs de bonne volonté, le mouvement a aussi ses porteurs ’people’, de Yannick Noah à Mikhaïl Gorbatchev, sans oublier Nicolas Hulot ou le Dalaï Lama. Cette campagne s’est donné pour objectif de rassembler un million d’adhérents dans les deux ans à venir "pour qu’une autre politique de l’eau soit possible", une politique dont l’ancienne première Dame de France aime à rappeler qu’elle n’a pas à être définie par le secteur privé.

Il y a donc, et on pourrait prolonger la liste, diverses façons de pratiquer l’hydro-citoyenneté, selon ses sensibilités et ses compétences, pour protéger l’eau des pollutions et des gaspillages, pour la mettre à l’abri des intérêts marchands et financiers, pour apprendre à la gérer comme un bien commun, pour construire des solidarités qui permettent à toute personne d’y avoir accès. S’engager pour l’eau oblige en tout cas à s’interroger sur les valeurs fondamentales que l’on entend défendre et promouvoir. L’hydro-citoyenneté, de toute évidence, est porteuse d’un vrai projet de société. À condition de l’exercer aussi, et en priorité, là où l’on vit, puisque l’eau est d’abord une ressource locale. Ce que des collégiens du Val-de-Marne, en région parisienne, ont énoncé clairement lorsqu’ils rédigèrent il y a quelques années leur propre charte pour une nouvelle culture de l’eau : "les notions fondamentales de civisme à l’égard de l’eau et de l’environnement dépendent de notre patrimoine et de notre identité culturelle". Tout un programme que nul ne peut remplir pour les autres. Et inversement.

Bernard Weissbrodt


Pour en savoir plus sur :

- Le projet québécois des Sentinelles pour l’eau
- L’Ambassade de l’Eau
- Le Parlement européen de la jeunesse pour l’eau
- Le mouvement des Porteurs d’Eau
- La Charte des collégiens du Val-de-Marne pour une nouvelle culture de l’eau (document pdf)




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Mot d’eau

  • La vie, plusieurs eaux

    “Il y a plusieurs durées dans votre vie. Il y a plusieurs eaux mélangées dans le temps. L’enfance fait comme un courant profond dans la rivière du jour. Vous y revenez souvent, comme on revient chez soi après beaucoup d’absence.” (Christian Bobin, "La part manquante", 1989)

Glossaire

  • Robinet

    Le mot vient de Robin, un sobriquet que jadis, dans les récits moyenâgeux, on donnait au mouton. Chez Rabelais par exemple. On l’employa ensuite pour désigner la pièce - souvent décorée d’une tête stylisée de mouton ou de bélier - installée sur le tuyau d’écoulement d’une fontaine pour fermer, ouvrir ou régler son débit d’eau. L’expression "tenir le robinet" signifiait d’ailleurs : user d’une chose à sa volonté. On notera que pour parler du robinet la langue allemande utilise le mot ... "Hahn", le coq !


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