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11 novembre 2008.

Dommages collatér…eaux

EDITO NOVEMBRE 2008 Dégringolades boursières et récessions (...)

EDITO NOVEMBRE 2008

Dégringolades boursières et récessions économiques : l’actualité de cette fin d’année 2008 annonce déjà d’autres crises qui réduiront probablement à néant les promesses internationales, émises sous le label des objectifs du millénaire du développement, pour lutter entre autres contre la pauvreté, la faim et le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement.

C’est le grand écart, constate le secrétaire général de l’ONU. Entre les engagements chiffrés qui ont été pris par les gouvernements et ce qui a été réellement investi en termes d’aide publique au développement, il manquait l’an dernier une dizaine de milliards de dollars. Ce ne sera pas mieux cette année, bien au contraire, et Ban Ki-moon a de quoi se montrer fort pessimiste.

D’abord parce que la communauté internationale ne semble plus en mesure de réaliser les objectifs qu’elle voulait atteindre avant 2015, notamment celui de réduire de moitié le nombre de gens qui n’ont pas accès à l’eau potable et à l’assainissement. Ensuite parce que la très mauvaise conjoncture mondiale pourrait même remettre en cause les succès engrangés depuis le tournant du siècle contre l’extrême pauvreté. Les convulsions bancaires d’octobre ne peuvent que noircir davantage le diagnostic.

James Leape, qui dirige l’état-major international du Fonds mondial pour la nature (WWF), va encore plus loin dans le constat : la crise financière que traverse le monde aujourd’hui ne serait rien comparée au krach écologique qui se produira inévitablement si le monde continue de sous-estimer la valeur de son capital environnement. Les humains consommeraient aujourd’hui beaucoup plus de ressources naturelles que ne peut leur offrir la Terre à longue échéance. Ce qui s’applique évidemment aux ressources hydriques, objets de toutes sortes de gaspillages et de pollutions.

Le total de l’aide internationale au développement dans le domaine de l’eau avoisine les trois milliards et demi de dollars par an. Mais il faut savoir qu’en termes réels, elle est non seulement inférieure à celle qui était distribuée il y a dix ans, elle a également diminué comparée à la totalité de l’aide bien que tous les experts affirment qu’elle devrait prioritairement être doublée. Autant dire que les belles envolées lyriques sur la prétendue crise mondiale de l’eau servent de paravents à un manque évident d’engagements concrets.

Qui, en regard des centaines de milliards de dollars, euros, francs et autres yens que les États injectent globalement aujourd’hui dans les rouages de leurs économies nationales pour sauver ce qui peut l’être avant que ça ne soit trop tard, qui oserait prétendre aujourd’hui que la dizaine de milliards réclamée pour atteindre l’objectif du Millénaire dans le secteur de l’eau était au-dessus de leurs moyens ? Plus qu’indécent, ce ne serait que pur mensonge.

Les soubresauts boursiers, les pertes bancaires, les perspectives de récession avec toutes leurs répercussions économiques et sociales font désormais craindre le pire. Les budgets, dans les administrations publiques comme dans les entreprises privées, vont être révisés à la baisse. Quoi qu’on en dise, ceux de la coopération au développement en pâtiront d’une manière ou d’une autre. Pourquoi en irait-il autrement ?

À la dernière extrémité de l’effet domino du cataclysme financier, les plus pauvres des pays les plus démunis en subiront aussi (en subissent déjà) les conséquences. Leur maigre pouvoir de subsistance avait déjà été fortement érodé par les flambées des prix des mois passés et la baisse conjoncturelle des prix de certaines matières premières ne suffira de loin pas à leur redonner espoir. Et le nombre de celles et ceux qui n’avaient pas encore d’accès à un minimum d’eau salubre va sans doute à nouveau repartir à la hausse.

La crise, pourtant, ne paraît pas démoraliser tout le monde. Si les uns y perdent, d’autres pensent qu’ils ont tout à y gagner. L’un de ces jours sombres où les cours financiers enregistraient l’une de leurs plongées à répétition, une grande banque privée suisse, Sarasin pour n’en point faire mystère, rappelait dans une publicité aux couleurs d’espérance que l’eau - ce que chacun sait pertinemment - est la matière première la plus importante de la planète et - ce qui n’étonnera personne - se fendait de conseils trempés dans le bénitier :« Faites confiance à la force de l’eau… Profitez aussi des occasions de rendement qui y sont liées ». Ainsi soit-il.

Bernard Weissbrodt

PS. James Bond est de retour et s’attaque cette fois à une organisation décidée à s’approprier le contrôle de l’eau dans un pays d’Amérique latine (la Bolivie n’a pas été choisie au hasard). Comme dit Michael Wilson, le producteur de Quantum of Solace, "si vous contrôlez l’eau, vous contrôlez tout le développement du pays". Référence à un classique du cinéma qui en 1974 déjà avait fort bien illustré pareil enjeu, le célèbre Chinatown de Roman Polanski.




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Glossaire

  • Débâcle

    Dislocation soudaine de la couverture de glace d’un cours d’eau dont les blocs sont alors emportés rapidement par le courant. Lorsqu’il s’agit de la rupture d’une barrière naturelle de glace formant une retenue d’eau, on parle alors de vidange brutale de lac glaciaire (connue sous l’acronyme anglais de GLOF, “Glacial lake outburst flood”). Dans les deux cas, ce phénomène peut entraîner de graves inondations, voire des catastrophes.

Mot d’eau

  • « Et tous ces gens
    dans l’eau ... »

    “Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l’eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s’accrochent aussi fort qu’ils peuvent, mais à la fin c’est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c’est ce qui nous arrive, à nous.” (Kazuo Ishiguro, "Auprès de moi toujours", 2005)


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