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19 décembre 2009.

Zèkpon, source d’eau sacrée aux nombreuses vertus

Vénérée par les Béninois et logée au cœur d’une forêt à la végétation (...)

Vénérée par les Béninois et logée au cœur d’une forêt à la végétation luxuriante, la divinité Zèkpon est surtout connue grâce à une source d’eau du même nom. On y accède par un long sentier de latérite, sur le territoire de la commune d’Avrankou, à une dizaine de kilomètres de la capitale Porto-Novo. Patrimoine de la collectivité Vodounhounhouènou, ses prêtres en sont les véritables gardiens du temple et dépositaires des traditions.

“Essaie et tu verras” : ainsi pourrait-on traduire littéralement le nom de Zèkpon, une divinité qui fait parler d’elle depuis fort longtemps, en tout cas bien avant la pénétration française au Dahomey (ancien nom du Bénin) qui se situe entre les 17e et 18e siècles. Son domaine de prédilection, c’est la réconciliation, le règlement des conflits et discordes entre familles et collectivités, l’harmonie dans les foyers.

Zèkpon intervient également, non sans quelque succès, dans des préoccupations du genre : désir d’enfant, guérison, délivrance aisée pour la femme, et autres. Elle apaise les âmes inquiètes, agitées et troublées ; elle peut être mise à contribution pour faire tomber la pluie si nécessaire. C’est une source aux nombreuses vertus dont il ne convient pas de transgresser les consignes.

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L’autel de la divinité Zékpon
et quelques accessoires de consultation

Aux dires des prêtres rencontrés sur place, on rend visite à Zèkpon comme on va en pèlerinage à la grotte mariale d’Arigbo de Dassa-Zoumè, petite Lourdes béninoise. Une centaine de personnes, dit-on, s’y rendent chaque semaine.

Le rituel comprend tout d’abord une ablution dans la source d’eau à qui le ‘patient’ confie (en les chuchotant) ses préoccupations, puis une ‘confession’ et une consultation au pied de l’autel, et enfin les recommandations du prêtre telles une ordonnance médicale. Le patient s’en retourne alors chez lui pour les mettre en pratique : satisfait, il reviendra à Zèkpon faire quelques offrandes qui n’ont rien d’un prix exorbitant. Nombre de ceux et celles qui sont passés par là ne cessent de témoigner leur satisfaction unanime, quelles que soient leurs origines et leurs croyances religieuses.

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Prêtres vaudous, dépositaires des traditions de Zèkpon

Quand bien même ce n’est qu’une minorité de Béninois qui se sont effectivement rendus sur le site, tout le monde ou presque a entendu parler de Zèkpon. Qu’on reconnaisse ou non la réalité de ses services, on est bien obligé de constater que le phénomène Zèkpon compte dans la vie quotidienne de bien des gens taraudés par l’anxiété et en quête de guérison. Encore faudrait-il que les autorités officielles accordent un peu plus d’attention à l’intérêt populaire croissant pour ces sources et leurs vertus, ne serait-ce, à défaut de confirmer leurs vertus, que pour éviter toutes sortes d’abus. L’eau, c’est la vie, et cela s’applique à la santé de l’âme et de l’esprit autant qu’à celle du corps.

Texte et photos :
Bernard Capo-Chichi



Infos complémentaires

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Aux abords de la source
sacrée de Zèkpon

L’eau de la source de Zèkpon possède des qualités organoleptiques acceptables : transparente, sans saveur, sans odeur et limpide (quand elle est calme). Mais elle ne doit pas servir aux usages domestiques : pas question de la consommer ni de la cuire, ni de l’utiliser pour la vaisselle ou la lessive. De plus, il est interdit de se rendre sur le site aux heures de midi.

Les prélèvements d’échantillons de l’eau se font exclusivement dans des récipients de terre cuite : le plastic, le métal et le verre sont proscrits. Chaque famille possède dans sa maison un peu d’eau de Zèkpon dans un pot de terre, gage de concorde familiale, de bénédiction et de protection divine, pour les femmes enceintes et les jeunes mères de famille notamment.

B.C.

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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