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28 août 2013.

Quand l’eau fait jaser !

L’eau et la pluie font à nouveau débat au Bénin. Non plus entre (...)

L’eau et la pluie font à nouveau débat au Bénin. Non plus entre faiseurs et non faiseurs de pluie. Mais entre modernistes et traditionnalistes. C’est qu’il a été officiellement décrété de" prier pour que la pluie tombe" afin que la saison cotonnière soit fructueuse. Scandale ! s’écrient les uns, croyance religieuse ! disent les autres. Quoi qu’il en soit, le déficit en eau persiste et s’étend à la sous-région ouest africaine. Le Bénin, pays du vaudoun, n’est pas la seule victime. C’est donc ailleurs qu’il faut chercher la réponse aux problèmes. Entre autres dans les changements climatiques nés de pratiques agricoles écologiquement ruineuses.

L’objectif affiché par les autorités béninoises pour la campagne agricole 2013-2014 est ambitieux : il s’agit de produire cette année quelque 400’000 à 600’000 tonnes de coton. Le paquet technique, les intrants et des motivations de toutes sortes sont au rendez-vous, toutes les précautions ou presque ont été prises, tous les espoirs sont autorisés. Rappelons peut-être, avant d’aller plus loin, que le coton est la première culture de rente et d’exportation du Bénin. Il occupe plus de 500’000 cotonculteurs et l’agriculture dépend essentiellement pour ne pas dire entièrement de la pluie.

Mais, alors que tout semble bien parti, voici que survient sur tout le territoire national une sécheresse tout à fait inattendue pour cette époque de l’année : le coton, les autres cultures de rente ainsi que les cultures vivrières sont mises en difficulté, faute d’eau suffisante. Le déficit pluviométrique hante toutes les discussions et tous les esprits. Du coup, tous les regards se tournent vers le ciel afin d’implorer sa générosité pour sauver l’année agricole.

Le conseil des ministres - dirigé en personne, vu l’ampleur du sinistre, par le président de la République - n’hésite pas à prendre les choses en mains et ne trouve rien de mieux que de décréter une semaine de prière dans tout le pays afin que tombe la pluie.

Toutes les confessions religieuses, toutes obédiences et chapelles confondues, répondent avec promptitude à cet appel pathétique et présidentiel. Des messes, des séances de prières par ci, des sacrifices d’animaux par là, dans les églises, les temples et les couvents, et sur les lieux publics. Les médias de tous bords s’en font largement l’écho. En dépit de leur intensité et de leur abondance, ces litanies n’ont pas été à la hauteur des attentes des autorités. Le pays tout entier s’achemine malheureusement vers une année agricole "pourrie", en tout cas pas fructueuse du tout, eu égard aux milliards de francs et à toute l’énergie qu’on y a engloutis.

Surgit alors la polémique autour de cette invite à la prière et aux sacrifices de poulets. Archaïsme, s’écrient les uns qui renvoient l’opinion vers les changements climatiques et leurs corollaires, nés des agressions multiformes que l’homme fait subir à la nature. La solution au déficit pluviométrique persistant passe, disent-ils, par la gestion responsable de notre environnement, immédiat et lointain, garant du cycle hydrologique ambiant.

Les autres, en écho, leur répondent que le Bénin est le berceau du vaudoun et que le recours aux mânes des ancêtres en cas de crise ou de catastrophe est une tradition profondément ancrée dans les coutumes et que, "grâce à Dieu, les prières et les sacrifices ont toujours abouti au résultat attendu, que la pluie tombe effectivement qu’il ne faut donc rien exagérer et qu’il faut avoir la foi pour y croire." Et pendant que l’eau fait jaser les Béninois et monter la querelle, le déficit pluviométrique frappe aussi les pays limitrophes, suscitant les mêmes angoisses et interrogations parmi les populations dont les discussions se concluent presque toujours par un "il ne pleut pas". Tout le monde en convient et s’en inquiète : "les temps changent", dit-on non sans amertume.

C’est que les déboisements massifs des forêts galeries, l’érosion des sols et le comblement des cours d’eau, pour ne citer que quelques exemples, ont gravement perturbé le cycle hydrologique. L’actualité relance donc la question de la maitrise de l’eau dans les agricultures essentiellement pluviales. Continuera-t-on de ne compter que sur la pluie pour développer le coton, à la fois principale culture de rente et principale source de devises ? Va-t-on se satisfaire des offrandes aux dieux tutélaires pour obtenir la pluie indispensable aux cultures vivrières ?

Ou alors, puisque c’est une question absolument vitale, chacun va-t-il se sentir enfin interpellé dans ses pratiques et bénéficier du soutien des décideurs politiques et des scientifiques pour trouver les bonnes réponses à ses interrogations sur la maitrise de l’eau et sur les changements climatiques ? Il y va du développement économique et de la sécurité alimentaire de tout un pays. Comme de ses voisins.

Bernard Capo-Chichi
Porto Novo

Post-scriptum, 6 septembre 2013
Les mânes de nos ancêtres ont ouvert les vannes du ciel si grand (bien que tardivement) qu’on s’est retrouvé avec de fortes pluies et des poches d’inondations catastrophiques balayant tout sur leur passage. La campagne agricole dans son ensemble est certainement hypothéquée. Obtenir des précipitations à volonté, à temps et en quantité et qualité requises, c’est trop demander à Dieu. Si nous ne prenons garde, nous risquons de subir les affres de l’insécurité alimentaire. A la campagne prochaine !


- À ce propos, mais dans un tout autre contexte, voir l’article aqueduc.info : Dieu est prié d’arrêter la fonte du glacier d’Aletsch - Lire >



Infos complémentaires

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La quantité d’eau nécessaire à la production de coton dépasse en moyenne les 5’000 litres par kilo de fibres, voire trois ou quatre fois davantage en fonction des modes de culture, pluviale ou irriguée, des latitudes et des conditions climatiques.

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Mots-clés

Mot d’eau

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Glossaire

  • La clepsydre

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