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2004.

Légionelles et légionellose

La légionellose est une forme de pneumonie provoquée par des (...)

La légionellose est une forme de pneumonie provoquée par des bactéries aquatiques du genre Legionella. Appelée aussi "maladie des légionnaires" (voir encadré sur l’historique de la maladie), la légionellose touche le plus souvent des personnes fragilisées (sujets âgés, immunodéprimés, etc.).

D’une durée d’incubation de 2 à 10 jours, elle se traduit par une infection pulmonaire parfois très grave, pouvant même entraîner la mort (dans 10 à 15% des cas), surtout lorsqu’elle s’accompagne d’insuffisances respiratoires ou rénales aiguës.

La problématique de la légionellose ne concerne pas seulement les professions médicales, mais aussi les spécialistes du traitement de l’eau, de la climatisation et des installations sanitaires, les gestionnaires de stations thermales ou encore les opérateurs touristiques.

"Les légionelles sont un exemple d’ingérence humaine négative", lit-on dans le dossier que l’Office fédéral suisse de la santé publique (OFSP) a publié en 1999 : "Tant qu’elles sont confinées dans leur écosystème naturel, ces bactéries ne posent pas de problèmes particuliers. Mais, à la recherche d’un meilleur confort (distribution d’eau chaude, climatisation, bains tourbillonnants, etc.), l’homme a inconsciemment introduit de nouveaux types de niches écologiques, favorables à la multiplication et à la diffusion des légionelles."

Une bactérie éminemment parasite

Actuellement 42 espèces de légionelles (appartenant à 64 groupes sérologiques différents) ont déjà été répertoriées, mais la grande majorité des cas de légionelloses sont dus à la "legionella pneumophila" du sérogroupe 1. Il existe, pour cette souche, des méthodes de détection relativement rapides et simples.

C’est une bactérie qui a la particularité de pouvoir survivre à l’extérieur des cellules et de parasiter des micro-organismes comme les protozoaires ou de détruire les macrophages humains (c’est-à-dire les cellules sanguines qui normalement débarrassent le corps des particules étrangères). D’où leur grande capacité à créer de nouveaux cycles de multiplication.

Son environnement préféré : les milieux hydriques

Les légionelles sont présentes un peu partout dans les milieux hydriques naturels, mais généralement en faible quantité. Par contre, elles peuvent trouver des conditions très favorables à leur prolifération dans les systèmes humides artificiels créés par l’homme, notamment dans les installations sanitaires (douches, robinets...), les installations de climatisation et les dispositifs de refroidissement (tours aéro-réfrigérantes, circuits de refroidissement industriel), les bassins et les fontaines, les eaux stagnantes, les eaux thermales et les équipements médicaux producteurs d’aérosols (systèmes de pulvérisation d’eau ou de mélanges d’air et d’infimes gouttelettes d’eau). Le seuil de tolérance accepté par l’Organisation mondiale de la santé est de 1000 UFC/L (unités formant colonie par litre)

La température optimale de sa prolifération se situe aux alentours de 37° C, mais elle supporte de grosses variations de température (entre 5°C et 63°C) et d’acidité (pH de 5,5 à 8). Sa croissance est favorisée non seulement par la présence d’autres micro-organismes, mais aussi de substances organiques, de calcium, de magnésium, de résidus métalliques de fer, de zinc ou d’aluminium, de caoutchoucs, de silicone, de plastiques, etc. Par contre, cuivre, argent et brome ont un effet d’inhibition. A noter aussi que la légionelle résiste aux concentrations de chlore utilisées habituellement dans la désinfection de l’eau potable.

Contamination par inhalation

La contamination des personnes exposées se fait essentiellement par inhalation d’eau contaminée diffusée en aérosol (brumes, vapeurs d’eau, etc). Lorsqu’elles sont inspirées, les substances nocives infestent les voies respiratoires et les alvéoles pulmonaires.

Les contaminations par voie digestive ou par voie cutanée sont peu probables. Il ne s’agit pas non plus d’une maladie contagieuse : si plusieurs personnes d’un même endroit sont frappées en même temps de légionellose, c’est parce qu’elles ont été contaminées par une source commune d’infection et non pas par transmission mutuelle.

Les personnes âgées plus vulnérables

Si depuis quelques années on accorde davantage d’attention aux légionelles, c’est aussi parce que le nombre des personnes sensibles aux infections dites opportunistes va croissant. La maladie du légionnaire frappe en effet surtout les personnes âgées et celles qui prennent des immunodépresseurs. Les transplantations d’organes, insuffisances rénales, maladies pulmonaires chroniques et autres maladies se traduisant par une diminution des défenses immunitaires sont également considérées comme des facteurs de risques. Les hommes sont plus touchés que les femmes et on constate généralement une augmentation des cas pendant la saison chaude.

Hôpitaux et industries, lieux à risques

Vu ce qui précède, il n’est donc pas étonnant que des cas de légionellose se déclarent souvent dans les hôpitaux, les homes pour personnes âgées ou pour handicapés et les centres de réhabilitation.

Autres lieux à risques : le voisinage de tours de refroidissement, les saunas et les bains bouillonnants, les chantiers de construction ou les endroits inondés. Ou encore les entreprises où la production exige un taux d’humidité important (imprimeries, industries textiles, fabrication de papier, transformation du bois, etc.). Les travailleurs utilisant de l’eau sous pression pulvérisée à l’air libre (mineurs, laveurs de voitures, ravalement de façades, pompiers…) s’exposent eux aussi à des risques de contamination, du moins en théorie.

Les antibiotiques, seuls remèdes efficaces

Il n’existe actuellement aucun vaccin contre la légionellose. Les seuls remèdes véritablement efficaces sont les antibiotiques qui offrent une bonne pénétration intracellulaire. Pendant longtemps, le traitement préféré se faisait via l’érythromycine, à doses élevées et par voie intraveineuse. Aujourd’hui on lui préfère la clarithromycine

Surveiller les circuits d’eau chaude

Réduire les risques liés aux légionelles suppose avant toute chose une grande surveillance et un bon entretien des réseaux et des installations d’eau, en particulier d’eau chaude, et des systèmes de climatisation, notamment dans les établissements de santé, les établissements thermaux et les bâtiments ouverts au public.

En cas de contamination de la tuyauterie, on essaie souvent d’éliminer les légionelles en y provoquant un choc thermique, c’est-à-dire en y élevant l’eau jusqu’à une température de70° C pendant le temps jugé nécessaire à la destruction des bactéries (une demi-heure à une heure). Mais le résultat n’est pas véritablement estimé suffisant à long terme.

* L’essentiel de cette fiche s’inspire de la documentation de l’Office fédéral suisse de la santé publique disponible sur son site en format pdf : "Légionelles et légionellose : Particularités biologiques, épidémiologie, aspects cliniques, enquêtes environnementales, prévention et mesures de lutte". Berne, Août 1999.




Infos complémentaires

Découverte en 1976

La découverte des légionelles remonte au mois de juillet 1976, lorsqu’une épidémie de pneumonies aiguës frappa un groupe de vétérans de l’American Legion, réunis pour leur congrès annuel à Philadelphie.

Sur les 4400 participants, 182 personnes tombèrent grièvement malades et parmi celles-ci, 29 décédèrent (taux de létalité 16%). L’agent causal fut identifié environ 6 mois plus tard et reçut le nom de Legionella pneumophila.

C’est par l’intermédiaire du système de climatisation de l’un des hôtels habités par les participants au congrès que l’infection s’était propagée. (Extrait du dossier OFSP)

La légionellose du voyageur

La légionellose peut être contractée lors de voyages et de croisières, de séjours à l’hôtel ou dans des campings, de fréquentation de piscines ou d’établissements thermaux.

En 1987, le Groupe de travail EWGLI (European Working Group for Legionella Infection) a lancé un programme de surveillance de la légionellose associée aux voyages (EWGLINET).

36 pays (dont une moitié d’européens) participent à ce projet qui vise à identifier les cas groupés de légionellose pouvant indiquer une source commune et par suite à alerter les autorités sanitaires du pays concerné.

Une maladie difficile à recenser
mais en progression

"La légionellose est à la fois sous-diagnostiquée et sous-notifiée" dit-on à l’OFSP. Entendez par là qu’on a tendance à sous-estimer sa présence et à ne pas informer les autorités sanitaires des cas connus. D’où la difficulté d’obtenir des statistiques précises. Reste que malgré la large diffusion du germe, la maladie est plutôt rare.

On estime qu’en Europe l’incidence globale de la maladie se situe actuellement aux environs de quatre cas par million d’habitants et un taux de mortalité situé entre 10 et 15%.

En Suisse, la première communication sur un cas de légionellose remonte à 1978 et les premières statistiques nationales datent de 1989. Entre 1988 et 1994, l’incidence de la légionellose en Suisse était en moyenne de 9 cas par million d’habitants. Mais les données les plus récentes affichent des courbes ascendantes (81 cas déclarés en 1998, 133 en 2001, 184 en 2003)

Liens utiles

- La légionellose sur le site de l’Office fédéral suisse de la santé publique (OFSP)
- "legionellose.com", site spécialisé de l’Encyclopédie médicale (Paris)
- Site du CHU de Rouen (France) proposant de nombreuses références bibliographiques
- The European Working Group for Legionella Infections (EWGLI)

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Mot d’eau

  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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