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20 novembre 2008.

L’avenir de la gestion du Rhône genevois se précise

En juin 2006, un important congrès convoqué à Genève s’était demandé (...)

En juin 2006, un important congrès convoqué à Genève s’était demandé comment concilier le potentiel hydroélectrique local du Rhône avec la protection de son écosystème naturel régulièrement mis en danger par la pratique des vidanges de la retenue du barrage de Verbois. Deux ans plus tard, le groupe d’experts mandatés par le gouvernement a remis son rapport final dans lequel sont examinées plusieurs variantes de gestion. Les Services industriels (SIG), concessionnaires des installations, à l’occasion d’un séminaire passant en revue ces différentes hypothèses, viennent à leur tour de proposer la solution qui avait leur préférence. Et qui, dans un proche avenir, passerait inévitablement par une nouvelle vidange.

À Genève, on les appelle communément les ‘chasses du Rhône’. Depuis sa mise en service en 1942 jusqu’en 2003, le barrage de Verbois en a connu exactement vingt, selon un rythme triennal à partir du milieu des années 60. L’opération – très spectaculaire - consiste d’abord à vider totalement la retenue d’eau pour permettre au fleuve de retrouver un bref instant son écoulement naturel, puis à augmenter rapidement le débit du Rhône à sa sortie du Lac Léman. Ce flux puissant emporte les limons, graviers et autres sédiments qui s’étaient accumulés dans son lit, charriés essentiellement par l’Arve en provenance des massifs du Mont-Blanc.

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Chasse du Rhône 2003

Cette méthode, prévue dès la construction du barrage, a l’avantage de maintenir un volume de retenue aussi plus proche que possible de celui de la première mise en eau et de réduire les risques d’inondations du quartier de la Jonction sis au confluent du Rhône et de l’Arve. Mais ce genre de pratique cause de gros dégâts à l’environnement, en particulier à la faune – poissons et oiseaux nicheurs – que la chasse déporte massivement et brutalement vers l’aval. D’où cette question cruciale posée lors du Congrès du Rhône de 2006 : comment concilier respect de la nature et production d’électricité ? > Lire l’article correspondant

Depuis 2003, aucune vidange n’a effectuée sur la retenue de Verbois, résultat d’un moratoire effectif accordant aux experts techniques et aux décideurs politiques le temps d’étudier les possibles scénarios d’un plan de développement durable pour le Rhône genevois. Entre temps, les sédiments ont bien sûr continué de se déposer et en cinq ans ce ne sont pas moins de 2,5 millions de mètres cubes qui se sont accumulés (une chasse permet de purger 1 million de m3 de sédiments).

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Barrage de Verbois
(photos aqueduc.info)

La proposition SIG

Après avoir examiné les différents scénarios envisagés par le groupe de travail (voir ci-contre), les Services Industriels de Genève ont élaboré une proposition dont ils ont révélé les grandes lignes lors du séminaire du 20 novembre 2008. L’objectif, à long terme, est d’adapter les différentes infrastructures à une forme de gestion passive. Mais à court terme, le temps presse et il faut agir rapidement pour infléchir la tendance actuelle à une forte accumulation de sédiments et retrouver le volume utile de la retenue. Des travaux doivent être également entrepris sans trop de retard pour rehausser le niveau de collecteurs d’eaux pluviales et de certaines passerelles sur l’Arve.


Concrètement, les SIG imaginent le calendrier suivant, à chaque fois en septembre/octobre :

- 2010 : abaissement complet et chasse
- 2015 : abaissement partiel (de 4 mètres au niveau du barrage de Verbois
- 2020 : abaissement complet et chasse
- 2025 : abaissement partiel (de 4 mètres au niveau du barrage de Verbois


Les ateliers thématiques qui ont suivi cette proposition ont certes fait apparaître davantage de doutes et d’interrogations que d’assentiments immédiats. Les premières réactions, à vif, ont clairement démontré les difficultés d’une décision qui doit prendre en compte toutes les composantes d’un développement qui se veut durable : comment en effet concilier équitablement et simultanément les impératifs économiques de la gestion d’un barrage avec ceux de la sécurité de tout un quartier urbain et ceux de la protection d’un riche et complexe écosystème aquatique ? Les décisions finales appelleront sans aucun doute d’autres concertations locales et transfrontalières. Mais, à lire les différents indicateurs chiffrés, il y a urgence évidente. (bw)




Infos complémentaires

La Jonction, au confluent du Rhône et de l’Arve (à droite)


:: Huit scénarios,
pas de solution miracle

Les experts du groupe de travail ont retenu huit variantes regroupées en trois schémas :

- Poursuite des vidanges complètes et des chasses

  • Tous les trois ans, au printemps (comme pratiqué jusqu’en 2003)
  • Tous les six ans, au printemps
  • Tous les trois ans, mais en automne

- Abandon des vidanges et des chasses

  • Scénario totalement passif : on laisse faire la nature
  • Scénario passif avec actions d’accompagnement (dragages, ouvrages de protection, etc.)
  • Scénario dynamique : le barrage du Seujet (à la sortie du Lac) est ouvert totalement lors des crues de l’Arve pour favoriser le transit des sédiments.

- Mini-chasses par abaissement partiel de la retenue

  • Abaissement de 2 mètres de la retenue lors des crues de l’Arve
  • Abaissement de 4 mètres une fois l’an, en automne

Ces différentes variantes ont fait l’objet de simulations informatiques sur 50 ans et ont été passées au crible de critères d’évaluation et d’indicateurs de développement durable portant sur les aspects économiques (conditions de rentabilité du barrage), environnementaux (protection de l’écosystème), sociaux (sécurité des personnes et des biens), ainsi que sur la facilité de les mettre en œuvre.

Conclusions des experts

- Aucune de ces variantes n’est manifestement la meilleure dans tous les domaines
- toutes comportent des difficultés de mise en œuvre
- certaines posent trop de problèmes et doivent être abandonnées (scénario passif et mini-chasses associées aux crues de l’Arve)
- une gestion optimale passera nécessairement par une combinaison des différentes variantes. (bw)

À consulter :

- Site du suivi environnemental du Rhône et de l’Arve genevois

- Rapport final du groupe de travail concernant les vidanges du barrage de Verbois (Version de synthèse)

Mots-clés

Glossaire

  • Aquaponie

    Mode de production alimentaire qui conjugue la culture de plantes (hors-sol) et celle d’animaux aquatiques (aquaculture) dans un système de recirculation. Cette méthode, économe en eau, utilise les déchets de poissons comme solution nutritive organique pour cultiver des légumes. L’aquaponie permet de produire des aliments riches en protéines. Elle peut être pratiquée dans de petites unités domestiques comme dans de grandes surfaces à but commercial, en eaux douces comme en eaux saumâtres (Source : FAO).

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")


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