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13 août 2005.

France : le mois des polémiques

Le 10 août, le bulletin français de situation hydrologique annonce (...)

Le 10 août, le bulletin français de situation hydrologique annonce que des mesures de restriction des prélèvements sont en vigueur dans 68 départements et que ces restrictions seront vraisemblablement maintenues ou renforcées tant que les précipitations resteront faibles. Cette information survient au beau milieu d’une polémique autour des causes de la sécheresse et des solutions à mettre en oeuvre. Rappel utile de quelques prises de position.

WWF-France : « réservoirs et barrages ne sont pas la solution »

Pour la branche française du Fonds mondial de la nature (WWF), « la France ne souffre pas d’un manque de barrages et de retenues en eau, elle souffre d’un gaspillage de l’eau ». Autrement dit, la multiplication des réservoirs et barrages retenant l’eau n’est pas la solution à la pénurie : « pire, elle peut même détériorer les rares ressources en eau qui subsistent. Malgré les sécheresses de 1976 et de 2003, les gouvernements successifs qui se gargarisent de beaux discours sur le respect de l’eau, n’ont toujours pas pris de mesures efficaces et durables pour faire face aux pénuries en France. »

« Les retenues de substitution et les barrages, dit encore le WWF, vont probablement permettre temporairement de diminuer les effets de la sécheresse. Mais ils vont surtout contribuer à la poursuite du modèle d’agriculture intensive qui exige toujours plus de surfaces irriguées (…) Ces projets de retenues d’eau reposent sur l’idée qu’il faut ‘épargner’ de l’eau, à des fins agricoles, en stockant les ‘surplus’ d’hiver ou d’automne qui vont se ‘gaspiller’ dans l’océan. Cette conception a des limites et de nombreuses études montrent le rôle fondamental des crues et des étiages pour maintenir la variété des habitats, l’abondance des espèces et des populations. De plus, les retenues diminuent le débit des rivières et empêchent les zones humides de jouer leur rôle de stockage naturel. Elles nuisent aussi à la réalimentation des nappes phréatiques. » (communiqué, 9 août 2005)

UFC-Que Choisir : « les agences de l’eau mènent une politique incohérente et contre-productive »

Du côté de l’Union fédérale des consommateurs (UFC) et de sa revue « Que choisir ? », on fait référence aux rapports officiels qui démontreraient que la forte pénurie d’eau qui se localise en Aquitaine, en Midi-Pyrénées, dans les Pays de Loire, en Provence-Alpes-Côte-d’Azur et en Poitou-Charentes est très largement due à un recours excessif à l’irrigation agricole. Il apparaît, selon l’UFC, « que, dans ces régions, les agences de l’eau [ réd. : les six institutions publiques chargés de l’administration des eaux des grands bassins fluviaux français ] appliquent une redevance aux irrigants extrêmement faible. La politique de l’eau est alors marquée par une paradoxe cinglant : plus le risque de sécheresse est élevé et plus la taxation de l’irrigation est faible. (…) En continuant dans cette logique, on accroît le risque de retour de la sécheresse et on amène les agriculteurs dans une impasse. »

« Pourtant, la redevance indexée sur la consommation est le seul véritable outil dont disposent les agences de l’eau pour modifier l’usager inconsidéré de la ressource aquatique. En exerçant une écotaxe sur l’irrigation, les pouvoirs publics pourraient inciter les agriculteurs à réduire leurs cultures d’irrigation estivales pour se consacrer à des productions printanières. A l’évidence l’incitation n’est pas au rendez vous : dans le sud-ouest l’irrigation consomme plus de 90 % de l’eau durant l’été et, selon une étude de l’agence de l’eau, ‘la redevance représente alors 1 % du coût de l’irrigation’ ! » (communiqué, 9 août 2005)

Confédération paysanne : « les syndicats productivistes se mouillent-ils enfin ? »

La Confédération paysanne, le syndicat agricole altermondialiste, applaudit cette « prise de conscience tardive mais bienvenue » et livre une information supplémentaire sensée « corriger les récents propos qui ont pu être tenus par d’autres sur l’irrigation agricole ». À savoir, que « le maïs ne consomme pas moins d’eau que le blé, bien au contraire. C’est une aberration que de vouloir défendre à tout prix la culture du maïs irrigué, d’autant plus que cette culture bénéficie outrageusement des subventions européennes. » (communiqué, 11 août 2005)




Infos complémentaires

:: Irritations

Producteurs de maïs : « trop, c’est trop ! »

Toutes ces prises de position irritent tant la Fédération nationale des syndicats d’exploitants (FNSEA) que l‘Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM). D’où un long communiqué dans lequel elles se proposent de « rétablir certaines vérités ». Dont :

1. L’irrigation n’est pas la cause de la sécheresse : « Il ne faut pas lire les cartes à l’envers et inverser le rapport de cause à effet. La sécheresse n’est pas due à l’irrigation : à l’inverse, on irrigue pour palier à des situations de déficits hydriques, qui seront sans doute de plus en plus fréquents avec l’évolution climatique (…) Il est donc tout à fait logique que l’irrigation soit plus pratiquée dans le sud de la France ou le Centre-Ouest que dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Normandie.

2. Les agriculteurs paient l’eau : « Il est abusif de comparer le prix de l’eau du robinet et celui facturé aux irrigants puisque ce n’est pas la même eau : l’eau utilisée par les agriculteurs est une eau brute, non traitée. Au robinet, le coût reflète plusieurs services … » Par contre, précise-t-on, le prix de l’eau facturé aux irrigants ne nécessite aucune prestation. Pourtant, « un agriculteur, qu’il prélève l’eau dans une rivière, dans une nappe, ou qu’il la stocke l’hiver pour l’utiliser l’été, paie l’eau qu’il consomme, relevé de compteur à l’appui. »

3. L’eau n’est pas moins chère là où on irrigue beaucoup : les deux associations réfutent les comparaisons faites par UFC-Que Choisir : « pour un agriculteur, prélever une eau en rivière, cas le plus fréquent en Adour-Garonne, coûte 3 fois plus qu’en Artois-Picardie ».

4. Le maïs est une culture qui nécessite plutôt moins d’eau qu’une autre mais qui concentre ses besoins en période estivale : « Pour produire 1 kilo de maïs, il faut 450 litres d’eau. Mais c’est une des plantes les plus efficientes pour la valorisation de l’eau. La plupart des autres plantes ou arbres en consomment plus pour croître et fabriquer leur matière sèche ( 590 litres d’eau pour produire 1 kilo de blé ou de pomme de terre). Le maïs est une culture d’été. Elle est pratiquée dans les régions suffisamment chaudes de la moitié sud de la France et en Alsace, et donc à risque de pénurie d’eau. Elle assure à toute une filière une matière première indispensable à la production de produits de qualité (canards gras, poulets label, bovins, porcins en IGP…). » Autre précision : le maïs n’est plus la culture majoritairement irriguée en France, l’irrigation est indispensable à bien d’autres cultures comme les vergers, les légumes, les fleurs…

5. Des solutions existent, comme stocker l’eau en hiver pour l’utiliser en été : « Il tombe 175 milliards de m3 de pluies efficaces sur la France chaque année, dont 33 milliards sont prélevés au total, alors que 70 milliards de m3 d’eau s’écoulent chaque année de notre territoire vers la mer en période de crues ! L’irrigation prélève 4,5 milliards de m3 d’eau, dont 2,8 sont consommés par les plantes et 1,7 immédiatement restitués au milieu. Si une meilleure gestion de l’eau d’irrigation et la possibilité de recourir à des cultures alternatives sont des pistes de réflexion, le stockage de l’eau s’imposera pour rééquilibrer les caprices du temps. Comme en Italie ou en Espagne, la France devrait se doter sans délai d’un plan national de stockage de l’eau, comme elle l’a fait pour les biocarburants face à la crise pétrolière. De plus, contrairement aux affirmations d’UFC-Que Choisir, le stockage ne passe pas que par des ‘grands barrages’ mais aussi par des retenues de substitution à échelle humaine. » (communiqué, 11 août 2005).

:: Liens

Organisations citées :

WWF (France)
UFC-Que Choisir
Confédération paysanne
AGPM
FNSEA

Mots-clés

Agenda

Glossaire

  • Zone humide

    “ Les zones humides sont des étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, y compris des étendues d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres .” (Convention de Ramsar sur les zones humides, article 1)

Mot d’eau

  • “Enfant, j’ai connu
    le Rhône sauvage ...”

    “ ... À leur tour, les enfants d’aujourd’hui se souviendront de leur Rhône. L’essentiel n’est-il pas de garder vivace le lien qui nous unit à la nature ? Elle est notre véritable identité. L’écouter, c’est apprendre à se connaître.” (Pierrette Micheloud)


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