AccueilInfosDossiersEau et tourisme

20 novembre 2017.

Eau et tourisme :
patrimoines valaisans

Échos d’un colloque international et interdisciplinaire - DOSSIER (5)

Organisé à Sion, Sierre et Montana, le colloque "Eau et tourisme" [1] ne pouvait évidemment pas passer sous silence l’un ou l’autre des atouts touristiques valaisans liés à l’eau.

JPEG - 279.2 ko
Cliquer sur l’image pour l’agrandir

97 géosites valaisans
liés à l’eau

Une grande partie des paysages du Valais doivent leur existence à l’eau qui en a façonné des reliefs variés et remarquables. Les glaciers en ont modelé les vallées et, après la dernière grande glaciation d’il y a 25’000 ans, les matériaux qu’ils ont laissés ont été emportés par l’érosion, remplissant la vallée centrale d’alluvions en tous genres et donnant naissance ici et là à des plans d’eau naturels et des marais, dont la plupart ont disparu lors de l’assèchement de la plaine. Les affluents du Rhône ont également creusé des gorges et formé des cascades au débouché de leurs vallées latérales.

Toutes ces formes liées à l’eau font partie du patrimoine géologique, elles peuvent faire l’objet d’une valorisation touristique et offrir ainsi une alternative intéressante au tourisme alpin. Force est toutefois de constater que jusqu’ici le Valais n’a guère mis en valeur son patrimoine géologique.

Souhaitant combler quelque peu ce vide et encourager les initiatives en la matière, un groupe de chercheurs de l’Université de Lausanne s’est attelé à réaliser un outil de découverte sous forme de carte géotouristique. Après un processus de sélection basé sur divers critères d’évaluation qualitative, il a établi une liste des 119 sites remarquables, dont une grande majorité (97 sites) est liée à l’eau, sous sa forme liquide (gorges, zones alluviales, cônes de déjection, karsts, lacs, marais) ou solide (glaciers, blocs erratiques, moraines, marmites glaciaires, etc.). Cette carte des sites décrits et documentés, sous format papier et numérique, sera disponible en 2018.

JPEG - 73.2 ko
Sur le bisse de Lens (aqueduc.info)

Le bisse, symbole
d’identité culturelle

Qui, en Valais, dit eau et tourisme, pense forcément aux bisses, ces canaux d’irrigation d’altitude aménagés dès le Moyen-Âge pour irriguer prairies, vignes et vergers. À l’origine, rappelle Gaëtan Morard, directeur du Musée valaisan des bisses, ils ont été réalisés dans un but agricole, mais au fil du temps, dès le début du 20e siècle, ils se sont vu attribuer également d’autres fonctions - touristiques, environnementales, patrimoniales, sécuritaires - qui se sont pour ainsi dire superposées aux premiers usages. Au point qu’on peut dire qu’aujourd’hui le bisse est devenu un symbole de l’identité culturelle et un témoin de la riche histoire agraire des Alpes et de la gestion de la ressource eau.

Avec le développement du tourisme estival alpin à la fin du 19e siècle, les bisses ont vécu une première phase de mise en tourisme qui a coïncidé avec la période de modernisation de l’irrigation et de l’abandon progressif de certains canaux. Plus tard, dans les années 1980, cette valorisation touristique est entrée dans une seconde phase favorisée d’abord par le développement de la randonnée en moyenne montagne, puis par l’intérêt croissant du grand public pour le tourisme culturel et patrimonial.

Mais, fait remarquer Emmanuel Reynard, professeur à l’IGD, la mise en tourisme de ce type d’infrastructure hydraulique agricole amène aussi son lot de questions notamment sur la cohabitation entre usages agricoles et touristiques, sur les rivalités entre différents usagers touristiques (randonnée et pratique du VTT par exemple), sur les enjeux financiers de l’entretien des canaux et sur les problèmes de sécurité, ou encore sur la difficulté de développer un tourisme culturel de qualité sans tomber dans les travers de la "disneylandisation". [2]

JPEG - 135.8 ko
Ferdinand Hodler : "Vue du Lac D’Ycoor
sur les Becs de Bosson et le Vallon de Réchy"

1915, huile sur toile ; 80 x 66 cm.
Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Ferdinand Hodler
et les lacs de Montana

Le Haut-Plateau occupé aujourd’hui par la station touristique de Crans-Montana, à quelque 1500 mètres d’altitude, était jadis une région de mayens, ces habitats relativement rudimentaires construits dans les prairies pour servir, au printemps et en automne, d’étape intermédiaire aux transhumances entre les villages et les alpages d’altitude. Géologiquement parlant, cet étage alpin modelé par le glacier du Rhône alternait les collines et les dépressions accueillant des plans d’eau naturels ou artificiellement aménagés pour répondre à des impératifs d’irrigation.

Si cet espace a été choisi pour y installer le premier hôtel de la station à la fin du 19e siècle, raconte l’historienne de l’art Sylvie Doriot Galofaro, c’est "à cause des lacs" qui d’emblée ont été perçus comme une attraction touristique et qui représentent aujourd’hui pour cette destination montagnarde un atout identitaire et patrimonial. Culturel aussi. Le panorama des lacs de Montana, et leur pourtour montagneux, a en tout cas inspiré plusieurs peintres, dont le plus célèbre, Ferdinand Hodler, y séjourna à plusieurs reprises entre 1912 et 1916, laissant plusieurs esquisses et une quinzaine de toiles. Celles-ci sont peu connues du grand public, contrairement aux paysages que l’artiste bernois a peints du côté du Lac de Thoune ou du Lac Léman.

Ces tableaux, explique Sylvie Doriot Galofaro, représentent des "paysages planétaires" qui conduisent vers l’abstraction alors que les sites peints sont bien réels, comme en témoigne ci-dessus la représentation du lac d’Ycoor : "Ce tableau est particulièrement appréciable, par ses teintes automnales notamment : les bleus, froids et sombres du lac se retrouvent dans les montagnes. Les couleurs audacieuses entrecoupées de jaunes, suggèrent le soleil – qui nous rappelle aussi pourquoi Hodler séjournait à Montana : rendant visite à son fils Hector, malade, il venait se ressourcer lui-même." [3] (bw)




Notes

[1Le Colloque "Eau et Tourisme", qui s’est tenu les 9 et 10 novembre 2017 à Sion, Sierre et Montana, était organisé par l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de l’Université de Lausanne et l’Institut Tourisme de la HES-SO Valais-Wallis.
* Le livret comprenant le programme et les résumés des communications du colloque peut être téléchargé ici.
* La Lettre aqueduc.info n°127 de novembre 2017 s’est également fait l’écho des principaux thèmes abordés par le colloque et d’un choix de quelques-unes des études présentées.

[2Sur la thématique des bisses, voir les articles édités par aqueduc.info,, en particulier le dossier consacré au Colloque international de 2010.

[3"Un siècle de tourisme à Crans-Montana", ouvrage collectif publié sous la responsabilité de Sylvie Doriot Galofaro, Éditions Porte-Plumes, Ayer, 2005, 214 pp.

Infos complémentaires

Voir les autres articles aqueduc.info du dossier "Eau et tourisme" :

  1. Du bon usage de l’eau pour un tourisme durable (interview E.Reynard)
  2. Une quête de bien-être
  3. Menaces sur la ressource
  4. Incertitudes climatiques
  5. Petit glossaire

- Voir aussi la Lettre aqueduc.info n°127 de novembre 2017.

Mots-clés

Agenda

Glossaire

  • Crue, inondation

    La crue est un phénomène caractérisé par la montée plus ou moins forte du niveau d’un cours d’eau et par une nette augmentation de son débit. Elle ne se traduit pas forcément par un débordement de son lit habituel. On parle d’inondation lorsqu’une crue entraîne la submersion par un cours d’eau de son espace d’expansion naturelle (lit majeur) ou aménagé dans ce but, mais aussi des terres cultivées et des zones habitées, mettant alors en danger les riverains et pouvant causer d’importants dommages à leurs biens.

Mot d’eau

  • “Quel épouvantable désastre !”

    “Près de deux mille maisons écroulées ; sept cents morts ; tous les ponts emportés ; un quartier rasé, noyé sous la boue ; des drames atroces ; vingt mille misérables demi-nus et crevant la faim ; la ville empestée par les cadavres, terrifiée par la crainte du typhus ; le deuil partout, les rues pleines de convois funèbres, les aumônes impuissantes à panser les plaies. Mais je marchais sans rien voir, au milieu de ces ruines. J’avais mes ruines, j’avais mes morts, qui m’écrasaient.” (Émile Zola, "L’inondation", 1883.)


Contact Lettre d'information