AccueilInfosDossiersLa débâcle du Giétro 1818-2018

13 juillet 2018.

1818, le film

Giétro 1818-2018 - Dossier [8/8]

Le 16 juin 2018, 200 ans jour pour jour après la débâcle du Giétro, les habitants du Val de Bagnes avaient rendez-vous avec leur propre histoire projetée sur grand écran. Après deux longues années de travail, un duo de cinéastes - Christian Berrut et Michaël Rouzeau - présentait ce soir-là en avant-première leur film qui questionne le pourquoi et le comment de cette catastrophe toujours pré-sente dans la mémoire collective. L’émotion était bien visible au moment de ce rendez-vous sans nul autre pareil. Et pour cause : non seulement les principaux personnages locaux du film y sont incarnés par des natifs de la vallée choisis lors d’un casting ouvert à toute la population, mais ils sont aussi une bonne centaine de villageois et villageoises à avoir occupé une place de figurants dans le scénario, notamment dans l’église du Châble qui sert de décor à la scène finale.

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Le recours à des effets spéciaux numériques a permis de reconstituer une image virtuelle de la
barrière de glace du Giétro qui a obstrué la vallée et formé le lac glaciaire (Image © Filmic & Sons)

Christian Berrut, scénariste du film, et Michaël Rouzeau, son producteur exécutif, n’en sont pas à leur première complicité cinématographique. Ils ont déjà œuvré ensemble il y a trois ans à la réalisation et à la production du film documentaire “Le Sang et la Sève” retraçant les 1500 ans de l’histoire ininterrompue de l’Abbaye de St-Maurice et, sur le même sujet, deux documentaires pour la télévision. Dans la foulée, l’idée leur a été proposée de poser leur regard sur une autre commémoration valaisanne en gestation, à savoir : les 200 ans de la débâcle qui dévasta le Val de Bagnes jusqu’à Martigny.

"Ce n’était pas simple à faire, explique Christian Berrut, nous n’avions que fort peu de documents, quelques écrits et trois gravures !" Mais le sujet a pour eux quelque chose de fascinant : la beauté des paysages, l’aventure humaine des habitants de la vallée face à un danger contre lequel ils n’ont que peu de moyens de défense, et un contexte scientifique qui voit les savants commencer à confronter leurs hypothèses aux réalités du terrain. Le potentiel cinématographique est évident, il séduit les deux cinéastes. La commune de Bagnes va rapidement adhérer à leur pro-jet et soutenir sa réalisation.

Comme il s’agit d’une œuvre commémorative, ils entendaient bien donner aux gens du Val de Bagnes la place qui leur revient puisque cette histoire leur appartient et continue d’alimenter leur imaginaire : "Ils seront filmés de manière plus intimiste que les spécialistes, lisait-on dans le projet. Ce sont des montagnards, paysans. Ils ne font pas de grands discours, parlent gravement, ont des gestes typiques. Arranger le chapeau, se gratter la tête en tenant le chapeau. A table, ils ont les deux bras appuyés. Ils hochent un peu la tête en parlant pour souligner leurs paroles. Ils boivent le café en aspirant un peu le liquide car il est chaud. Ils s’appellent par leur nom de famille, sauf dans le cadre de la même famille. Ils sont accueillants mais se méfient un peu de l’avis de ceux d’en bas".

Entre fiction et documentaire

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1818 : tournage sur le glacier (Image © Filmic & Sons)

Tenter de faire ressurgir du passé les croyances et les interrogations, les émotions et les peurs d’une population vivant sous la menace d’un désastre naturel était le premier défi que le scénariste devait relever avec le peu de ressources documentaires dont il disposait, quitte à romancer quelque peu son récit. L’autre défi consistait à recréer le décor naturel d’un accident glaciaire qui n’existe plus et qui était impossible à recréer.

Certes on peut évidemment délocaliser certaines scènes dans d’autres milieux alpins (dans le glacier du Rhône notamment) et les technologies et les outils cinématographiques d’aujourd’hui permettent de reconstituer virtuellement d’improbables paysages. Encore faut-il trouver le moyen d’expliquer ce qui s’y passe. C’est là que, par petites séquences, Christian Berrut donne la parole à une série d’experts – historiens, géographes, glaciologues, climatologues, etc. – qui amènent le spectateur à faire le lien entre la tragédie de 1818 et les changements climatiques actuels que tout un chacun peut constater.

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1818 : tournage dans le glacier (Image © Filmic & Sons)

L’ingénieur cantonal Ignaz Venetz est sans aucun doute le personnage qui incarne le mieux cette époque charnière où, disent les réalisateurs du docu-fiction, "les croyances magiques de nos vallées alpines s’affrontaient aux prémices de la pensée scientifique de l’ère moderne". Ce sont ses lettres envoyées aux autorités valaisannes qui servent en quelque sorte de fil rouge au film, entre ses inquiétudes dès qu’il découvre la barre de glace et l’immense lac qu’elle retient - “tous les rapports que l’on a faits ne sont point du tout exagérés” – et son constat au moment de la débâcle : “on ne voit ici que du délabrement et destruction”.

Cette débâcle, simulée dans une animation qui rend compte de la vitesse à laquelle la furie des vagues s’est propagée jusqu’à Martigny, elle se lit sur les visages apeurés, se voit sur quelques dramatiques gravures de l’époque, se transmet dans les rares écrits de quelques témoins, s’entretient dans les mémoires de générations en générations. Demeurent aujourd’hui les mêmes questions que jadis : sommes-nous encore et toujours à la merci d’autres pareils désastres ? Faut-il laisser faire la nature ou peut-on la contrecarrer sans risques ? Et dans ce cas que peut-on entreprendre pour se prémunir de ses dangers ?

Dossier rédigé par
Bernard Weissbrodt




Infos complémentaires

Une tranche de financement participatif

Au départ, ce projet de docu-fiction avait été budgétisé à 650’000 francs suisses. À deux mois de sa première projection prévue, manquaient encore 100’000 francs nécessaires à la réalisation des animations et des effets spéciaux, à la post-production, à la musique et à tout ce qui soutient le lancement d’un film et sa distribution. D’où le choix d’un financement participatif. Objectif atteint en deux mois. Le soir du 16 juin, les Bagnards allaient pouvoir revivre par écran interposé cette tragique journée de leurs ancêtres.

1818

- Docu-fiction. Durée : 73’27"
- Réalisation : Christian Berrut, scénariste
et Michaël Rouzeau, producteur exécutif (Filmic & Sons)
- Projection en avant-première : Bagnes, 16 juin 2018
- Première suisse : Festival international du Film alpin des Diablerets, 5 août 2018.
- Sortie en salle et diffusion du DVD prévues pour mi-septembre 2018.


Les autres articles du dossier

- Quatre jours pour se souvenir et comprendre
- L’avàlo, la débâcle
- Solidarités, reconstruction, prévention
- La pérennité des souvenirs
- La convergence de trois pionniers
- Glaciologie, climat et risques naturels
- Autres débâcles, ailleurs.

- Les textes de ce dossier sont intégralement repris
dans un Cahier spécial aqueduc.info téléchargeable ici (19 pages).

Mots-clés

Mot d’eau

  • L’eau des Kennedy

    Celui qui pourra résoudre les problèmes de l’eau méritera deux Prix Nobel : un pour la paix et un pour la science. (John F. Kennedy) - Nous sommes témoins de quelque chose d’inédit : l’eau ne coule plus vers l’aval, elle coule vers l’argent. (Robert F. Kennedy)

Glossaire

  • La clepsydre

    C’est, comme le sablier, l’un des plus anciens instruments de mesure du temps qui passe. Il s’agissait le plus souvent d’un vase conique, percé d’un trou à sa base, laissant s’écouler l’eau goutte à goutte. Comme sa face interne comportait des graduations horaires, il suffisait d’observer le niveau de remplissage pour savoir combien d’heures s’étaient écoulées depuis le coucher du soleil.


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