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10 avril 2020.

Surveiller les eaux usées pour traquer le coronavirus

Analyser les eaux usées pour y chercher des traces de drogues (...)

Analyser les eaux usées pour y chercher des traces de drogues illicites et suivre l’évolution de leur consommation dans le temps : c’est quelque chose qui se pratique depuis quelques années dans plusieurs grandes villes européennes [1]. Est-il imaginable, sur la base de ces expériences, d’y détecter également des traces de virus non seulement pour révéler l’ampleur d’une épidémie comme celle du SARS-CoV-2 mais aussi et surtout pour repérer son arrivée et mieux anticiper sa propagation ? Des chercheurs en sont persuadés et n’ont pas tardé à se mettre au travail.

Selon des informations publiées par la revue scientifique Nature [2], plus d’une douzaine de groupes de recherche dans le monde ont commencé à analyser les eaux usées pour détecter le nouveau coronavirus. Étant donné que la grande majorité de la population n’est pas testée, cela permettra dans un premier temps d’avoir une meilleure estimation du nombre d’infections dans une collectivité. Pour le moment, des chercheurs ont trouvé des traces du virus aux Pays-Bas, aux États-Unis et en Suède.

Sur la base des analyses menées en février puis en mars, des experts de l’Institut néerlandais KWR spécialisé dans la recherche sur l’eau sont parvenus à la conclusion que des gènes du coronavirus responsable de la maladie COVID-19 se retrouvent bel et bien dans les eaux usées et que leur dépistage peut être utilisé comme un outil pour mesurer la circulation du virus dans une population [3]. Reste à développer, tester et valider la méthode d’analyse car, compte tenu de la situation de crise, il n’a pas été possible de suivre les procédures habituelles en la matière.

D’autres études ont montré que le virus peut apparaître dans les matières fécales dans les trois jours qui suivent l’infection, explique Tamar Kohn, virologue environnementale à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), citée par la revue Nature. C’est bien plus rapide que le temps nécessaire pour que les gens développent des symptômes suffisamment graves pour se rendre à l’hôpital. Le suivi des particules virales dans les eaux usées pourrait donner aux responsables de santé publique une longueur d’avance dans leurs décisions de prendre ou non des mesures comme le confinement. Sept à dix jours peuvent faire une grande différence dans la lutte contre l’épidémie.

Début avril, Christoph Ort, ingénieur en sciences de l’environnement à l’Institut fédéral de recherche sur l’eau (Eawag), tirait les mêmes conclusions : "Nous espérons que nous pourrons repérer l’apparition et la propagation de la maladie beaucoup plus tôt dans l’espace et le temps, c’est-à-dire une à deux semaines plus tôt qu’en utilisant des tests individuels sur des personnes infectées qui présentent des symptômes et sont hospitalisées. Cela permettrait aux autorités de réagir plus vite." [4]

Fin avril, l’EPFL et l’Eawag ont fait savoir [5] qu’une équipe commune de recherche travaillait d’ores et déjà sur de nombreux échantillons d’eaux usées provenant de Lausanne, de Lugano et de Zurich. Grâce à la détection des concentrations infimes de virus dès le début de la pandémie, il devrait être possible non seulement de retracer rétrospectivement la courbe d’évolution du Covid-19, mais aussi, et surtout, de mettre au point un système d’alerte précoce et de déceler à temps une éventuelle recrudescence des infections pendant la période de déconfinement. (aqueduc.info)



Notes

[1Voir l’article aqueduc.info : L’analyse des eaux usées permet d’évaluer la consommation de drogue (27 mai 2014).

[2Smriti Mallapaty, How sewage could reveal true scale of coronavirus outbreak, in Nature, News, (03 april 2020).

[3Gertjan Medema and Hans Ruijgers, What we learn about the Corona virus through waste water research, KWR Water Research Institute, News (24 march 2020).

[4Un test sur les eaux usées pourrait servir à la détection précoce d’une vague de coronavirus. Interview de Christoph Ort publié sur le site de l’Eawag, (3 avril 2020).

Infos complémentaires

La Ville de Paris a suspendu l’usage de son réseau d’eau non potable

La Ville de Paris a fait savoir le 19 avril 2020 que des traces du virus SARS-Cov2 avaient été découvertes en quantité infime dans son réseau d’eau non potable. En application stricte du principe de précaution, elle a aussitôt décidé de suspendre les usages de ce réseau dans l’espace public. Il faut savoir que la capitale française dispose depuis le 19e siècle de deux réseaux d’eau distincts et totalement séparés, à savoir un réseau classique de distribution d’eau potable et un réseau d’eau non potable. Celui-ci est utilisé notamment pour le nettoyage de la voirie, l’arrosage de certains parcs et jardins, la fluidification des eaux usées dans le réseau des égouts et l’alimentation des cascades, lacs et rivières des bois parisiens. Le réseau d’eau potable provient d’un réseau totalement indépendant et ne présente aucune trace du virus. (Information Eau de Paris)

L’eau de mer également sous surveillance

Suite à la détection du coronavirus SARS-CoV-2 dans des eaux usées, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) a effectué des analyses pour vérifier que ce virus n’était pas présent ni dans l’eau de mer ni dans les coquillages du littoral français. 21 sites de prélèvement ont été sélectionnés selon leur exposition aux sources de contamination fécale d’origine humaine : 3 sites sur la côte normande, 8 sur les côtes bretonnes, 8 sur la façade atlantique et 3 sur la façade méditerranéenne. Les résultats des premières analyses moléculaires menées en laboratoire nantais, annoncés par l’Ifremer le 18 mai 2020, se sont révélés négatifs : aucune trace du coronavirus SARS-CoV-2 n’a été détectée dans les échantillons d’eau de mer et de mollusques analysés. (Information Ifremer)


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sur l’eau et coronavirus

- Pas de coronavirus dans l’eau potable
- Bien rincer les installations d’eau potable avant de les remettre en service

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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