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9 janvier 2017.

Peut-on calculer le bénéfice écologique des revitalisations de cours d’eau ?

Des chercheurs de l’Eawag ont développé un système de mesures ad hoc

Depuis plusieurs années, les projets de revitalisation de cours d’eau se sont multipliés en Suisse. Les corsets de béton qui emprisonnaient les rivières sont peu à peu détruits pour laisser place à des berges capables d’accueillir toutes sortes d’espèces végétales et animales et de redonner aux eaux leur dynamisme naturel. Mais que sait-on du bénéfice écologique de ces corrections ? Peut-on quantifier leur efficacité ? Oui, répondent des scientifiques de l’Institut fédéral de recherches sur l’eau (Eawag) qui ont mis au point un système qui permet de mieux mesurer leurs impacts.

"Le succès des revitalisations est rarement évalué et quand il l’est, le contrôle se limite souvent à des groupes d’organismes définis en négligeant des facteurs tels que la qualité de l’eau ou les conditions hydrologiques", explique Amael Paillex, chercheur à l’Eawag et co-auteur d’un article scientifique sur ce sujet. [1]

Autrement dit, les projets à venir ne peuvent pas, en l’état actuel, s’appuyer sur un suivi adéquat des expériences passées. Or la loi sur la protection des eaux prévoit que durant les huit décennies à venir les cantons devront revitaliser un quart de leurs rivières endiguées et en mauvais état écologique, soit au total près de 4000 kilomètres de cours d’eau.

Les chercheurs de l’Eawag, en collaboration avec l’Université de Duisburg-Essen en Allemagne, ont mis au point un système d’évaluation des effets écologiques des revitalisations. Leur méthode prend en compte tous les niveaux d’organisation d’un cours d’eau, de la morphologie et de l’hydrologie à la faune et la flore en passant par la qualité de l’eau. Les valeurs obtenues sont ensuite comparées à des données de référence correspondant à des milieux non perturbés, ce qui permet de calculer un écart entre l’état actuel et l’état souhaité et d’attribuer aux différents paramètres mesurés des notes de qualité entre 0 et 1.

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Secteurs revitalisés de la Thur (à gauche) et de la Töss (à droite).
(Photos Eawag : Amael Paillex, Peter Reichert)

Ce modèle de mesure a été testé sur la Thur et la Töss, deux rivières du nord-est de la Suisse qui avaient été canalisées au 19e siècle pour parer aux inondations et libérer des terres agricoles, et partiellement revitalisées au cours des dernières décennies. Suite aux diverses analyses, les tronçons non revitalisés des deux rivières ont été classés dans la catégorie "médiocre", l’état de la Thur après revitalisation est jugé "moyen" et celui de la Töss "presque bon".

Les améliorations qui ont pu être constatées dans les secteurs revitalisés concernent entre autres les variations plus marquées de largeur, de profondeur et de vitesse du courant, et des zones riveraines plus étendues offrant une plus grande diversité d’habitats. Mais du point de vue de la végétation, les résultats de ces revitalisations sont plutôt décevants, voire médiocres : cela pourrait être dû à la colonisation de ces nouveaux espaces par des plantes non conformes aux nouveaux habitats, c’est-à-dire non alluviales et venues des terres agricoles voisines.

Les chercheurs estiment en tout cas avoir pu démontrer la pertinence et la fiabilité de leur méthode. Son application dans d’autres régions et d’autres contextes environnementaux nécessitera certes des adaptations, mais elle devrait pouvoir s’intégrer assez facilement dans diverses stratégies de gestion des cours d’eau. Pour Amael Paillex, "le contrôle systématique de l’efficacité des revitalisations permettra non seulement de rendre leur bénéfice écologique plus visible mais aussi de profiter de l’expérience actuelle pour les projets futurs". (Source : Eawag)




Notes

[1Paillex A., Schuwirth N., Lorenz A. W., Januschke K., Peter A., Reichert P. (2017) : Integrating and extending ecological river assessment : concept and test with two restoration projects. Ecological Indicators, Volume 72, January 2017, pages 131–141.

Mots-clés

Glossaire

  • Éclusée

    Littéralement, c’est le volume d’eau qui s’écoule d’une écluse entre le moment où on l’ouvre et celui où on la referme. Appliqué à un barrage, le mot désigne l’opération qui consiste à relâcher une grande quantité d’eau dans une rivière en particulier lors des turbinages hydroélectriques. Ces opérations fréquentes se traduisent en aval par de soudaines et dangereuses crues artificielles et perturbent gravement les écosystèmes des cours d’eau d’aval. D’où l’importance des réglementations qui visent à en maîtriser les impacts.

Mot d’eau

  • Trop soif

    "Je suis un peu dans la situation d’un homme qui tire de l’eau goutte à goutte parce qu’il a trop soif pour attendre que le puits se remplisse" (F. Scott Fitzgerald, Lettre à H. Ober, 1936)


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