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29 novembre 2006.

Le Maroc veut mobiliser la nation pour l’eau

Le Premier ministre marocain Driss Jettou en personne a donné à (...)

Le Premier ministre marocain Driss Jettou en personne a donné à Rabat le coup d’envoi du " Débat national sur l’eau ", une initiative qui a pour ambition de mobiliser toutes les énergies pour provoquer une prise de conscience collective sur les enjeux de la gestion des ressources hydriques du pays et sur la nécessité d’adopter une nouvelle politique nationale de l’eau.

Ce Débat national sur l’eau, qui sera mené dans les neuf bassins hydrauliques du Maroc avant de faire l’objet d’un plan global qui sera soumis l’an prochain au Conseil supérieur de l’eau et du climat. Il vise plusieurs objectifs qui vont de la diffusion de l’information et de la sensibilisation du grand public à la responsabilisation des différents acteurs et décideurs.

Le Maroc ne part pas de rien. Le premier ministre marocain s’est ainsi chargé de rappeler que la loi sur l’eau, promulguée en 1995, constituait un cadre moderne pour une politique nationale. « D’abord, rapporte le quotidien L’Économiste, elle représente une vision globale et intégrée des différents volets via une gestion qualitative et quantitative de l’offre et de la demande en matière d’eau. Ensuite, l’approche se base sur la décentralisation et la participation des différents intervenants au niveau des agences des bassins. »

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Station de traitement de l’eau à Ouarzazate (Photo ONEP)

Le pouvoir marocain cite donc volontiers en exemple les efforts entrepris en matière d’alimentation en eau potable dans les centres urbains, qui est passé de 52% en 1970 à 91% en 2005. Ou encore le taux d’accès dans le milieu rural qui est passé de 14% à 77% et qui devrait atteindre les 90% fin 2007. La stratégie des barrages qui a permis de faire face aux sécheresses successives est également digne de l’autosatisfaction gouvernementale.

Mais les points noirs ne manquent pas non plus. La presse marocaine en note quelques-uns dont le ministre de l’aménagement du territoire, de l’eau et de l’environnement, Mohamed Elyazghi, s’est fait entre autres l’écho : recul rapide des réserves en eau, important taux de gaspillage (notamment dans le secteur agricole), surexploitation des nappes phréatiques, pollution, etc.

Durant les prochaines semaines, plusieurs ateliers de débats seront organisés autour des grands thèmes à l’ordre du jour : dessalement de l’eau de mer, changements climatiques et ressources en eau, aménagement des bassins versants, gouvernance des eaux souterraines, économie de l’eau en irrigation, préservation des ressources en eau et lutte contre la pollution, financement du secteur de l’eau.

Bref, beaucoup de discussions en perspectives en espérant, disent les autorités marocaines, que ce débat national « sera à même d’engager le processus de mutation culturelle et de responsabilisation des acteurs concernés sur la primauté de l’intérêt collectif ».

« Assurer autrement la durabilité des eaux du Maroc »

Dans un commentaire qu’il nous a aimablement fait parvenir, le professeur Mehdi Lahlou, fondateur de l’Association marocaine pour le Contrat mondial de l’eau, constate que les autorités de son pays semblent ne s’intéresser qu’à « des éléments plutôt ‘’techniques’ et ouvrant sur des perspectives de ‘’récupération de coût’ qui ne sont pas des plus favorables aux citoyens. »

En filigrane, dit-il, « il nous faudrait donc comprendre que les choix du gouvernement sont bons, le recours au privé ne peut être remis en cause, et surtout l’accès à une eau de qualité ne peut être garanti à tous, ou alors avec des coûts prohibitifs. »

A travers les actions de la jeune Association qu’il vient de créer, Mehdi Lahlou veut attirer l’attention des citoyens marocains et des responsables de tous niveaux sur le fait que « les tendances antérieures quant aux usages de l’eau, à son partage entre différents utilisateurs et aux politiques appliquées en la matière ne sont pas soutenables » et que « la ‘gestion déléguée’ a été plus qu’une erreur, mais une faute politique, économique et sociale ». Et donc qu’il existe d’autres moyens d’assurer la durabilité des eaux dont le Maroc dispose et en garantir un accès équitable à tous les Marocains.

Mécontentements populaires

On rappellera aussi que depuis quelques mois, le Maroc a connu un certain nombre de protestations dénonçant la hausse du coût de la vie et, particulièrement, celle des factures d’eau et d’électricité dont les tarifs ont augmenté de plus de 7,0% en août.

Le 10 novembre, un bon millier de manifestants se sont ainsi rassemblés dans la capitale marocaine devant le siège de la Rédal, filiale marocaine de la société française Veolia Eau, à laquelle le gouvernement a concédé la gestion de la fourniture d’eau et d’électricité ainsi que l’assainissement à Rabat et Salé. Suite à l’intervention des forces de l’ordre, plusieurs manifestants auraient été blessés.

(Sources : agences et presse marocaine)




Mots-clés

Glossaire

  • Aquaponie

    Mode de production alimentaire qui conjugue la culture de plantes (hors-sol) et celle d’animaux aquatiques (aquaculture) dans un système de recirculation. Cette méthode, économe en eau, utilise les déchets de poissons comme solution nutritive organique pour cultiver des légumes. L’aquaponie permet de produire des aliments riches en protéines. Elle peut être pratiquée dans de petites unités domestiques comme dans de grandes surfaces à but commercial, en eaux douces comme en eaux saumâtres (Source : FAO).

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")


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