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7 mai 2015.

La majorité des multinationales de l’agroalimentaire fait peu de cas des risques liés à la pénurie d’eau

Une analyse comparative menée par CERES, un réseau américain dédié à (...)

Une analyse comparative menée par CERES, un réseau américain dédié à la gouvernance du développement durable, révèle que la majorité des 37 sociétés multinationales de l’industrie agroalimentaire qu’elle a étudiées ne se préoccupe guère de la manière dont on utilise l’eau dans les chaînes d’approvisionnement et ne se prépare pas non plus à faire face à une pénurie de ressources hydriques.

C’est un problème que les investisseurs et les managers de n’importe quelle grande entreprise ne peuvent ignorer. Depuis plusieurs années, le Forum de Davos inscrit d’ailleurs régulièrement les menaces de pénurie d’eau parmi les trois risques majeurs de dimension planétaire qu’il faut désormais prendre en compte dans toute activité économique, en particulier dans le domaine de l’alimentation. La concurrence pour l’accès aux ressources en eau y joue un rôle absolument crucial, bien plus que dans tout autre secteur économique, les usages de l’eau y sont insuffisamment réglementés, les infrastructures peu adaptées et les luttes contre les pollutions largement insuffisantes, sans oublier les sécheresses et autres impacts des changements climatiques dont la Californie offre aujourd’hui aux États-Unis matière à réflexion.

En rédigeant leur rapport - Feeding Ourselves Thirsty : How the Food Sector is Managing Global Water Risks (Se nourrir en ayant soif ou comment le secteur alimentaire gère les risques mondiaux de l’eau) - les analystes du groupe CERES voulaient se faire une idée plus précise de la manière dont les 37 plus grandes compagnies du secteur agroalimentaire américain, par ailleurs cotées en bourse, empoignaient cette problématique, anticipaient les risques et s’impliquaient dans une meilleure gestion des ressources en eau.

L’essentiel des résultats de leur enquête tient en quelques chiffres : 60 % des entreprises passées sous la loupe ne font aucune évaluation des usages de l’eau dans leurs chaînes d’approvisionnements agricoles, 89 % ne proposent aucun appui financier aux producteurs pour qu’ils gèrent durablement les ressources naturelles, et 89 % n’ont aucun objectif tenant compte de la pérennité des ressources en eau dans la production agricole. Toutefois les auteurs de l’étude ont noté que certaines entreprises de boisson (à commencer par Coca-Cola) et d’aliments pré-emballés (Unilever et Nestlé notamment, qui sont les seules à avoir déclaré calculer le "coût réel" de l’eau dans leurs analyses comptables) faisaient beaucoup mieux, de ce point de vue, que les sociétés spécialisées dans les produits agricoles et carnés, celles-ci étant manifestement classées nettement en-dessous de la moyenne.

"Le double défi de la rareté de l’eau dans le monde et la pollution contribue à créer une situation d’urgence, commente Brooke Barton, directeur du programme de l’eau du groupe CERES et co-rédacteur du rapport. Le manque de disponibilité d’eau représente une menace à la fois pour la rentabilité des entreprises agroalimentaires et pour la sécurité alimentaire et hydrique à long terme. La bonne nouvelle, c’est que toujours plus d’entreprises agroalimentaires commencent à réagir à ces risques. Mais elles doivent approfondir et élargir leurs efforts, en particulier en ce qui concerne les chaînes d’approvisionnements agricoles."

Dans leurs conclusions, les auteurs du rapport CERES avancent toute une série de recommandations à l’intention tout d’abord des entreprises agroalimentaires pour qu’elles améliorent la protection des ressources en eau et l’efficacité de leurs usages dans les chaînes d’approvisionnement et les processus de production. Cela veut dire, entre autres, surveiller, analyser et comprendre les risques liés à l’eau, soutenir les politiques publiques de gestion durable de l’eau, investir dans des projets de protection des eaux dans les bassins versants, ou encore encourager les producteurs dans des pratiques davantage respectueuses des ressources hydriques.

Aux investisseurs, le rapport suggère par exemple d’inclure le facteur eau dans leurs scénarios de gouvernance et dans leur approche des risques financiers, d’analyser les entreprises agroalimentaires sous l’angle de leur dépendance à l’eau en termes de quantité (le volume des prélèvements nécessaires à leurs activités) et de qualité (leurs rejets d’eaux usées), d’encourager ces entreprises à divulguer les informations de base concernant leurs usages de l’eau, ou encore de dépasser le champ des opérations internes de ces entreprises pour considérer l’intégralité de leur chaîne d’approvisionnement et les risques que font courir aux ressources en eau les pratiques agricoles de ceux qui leur fournissent leurs produits de base. (bw)


(*) Le groupe CERES (Coalition for Environmentally Responsible Economies), basé à Boston (Massachusetts), est une organisation américaine à but non lucratif qui s’est donné comme objectif d’inciter les entreprises à prendre en compte dans leurs planifications les défis relatifs au développement durable et aux changements climatiques.

- Lien vers le rapport Feeding Ourselves Thirsty




Mots-clés

Glossaire

  • Aquaponie

    Mode de production alimentaire qui conjugue la culture de plantes (hors-sol) et celle d’animaux aquatiques (aquaculture) dans un système de recirculation. Cette méthode, économe en eau, utilise les déchets de poissons comme solution nutritive organique pour cultiver des légumes. L’aquaponie permet de produire des aliments riches en protéines. Elle peut être pratiquée dans de petites unités domestiques comme dans de grandes surfaces à but commercial, en eaux douces comme en eaux saumâtres (Source : FAO).

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")


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