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6 septembre 2018.

La fonte des glaciers ne menace pas la production hydroélectrique

La crainte de voir la production hydroélectrique mise en danger (...)

La crainte de voir la production hydroélectrique mise en danger est infondée : c’est la principale conclusion d’une étude menée par une équipe de chercheurs à l’œuvre dans plusieurs universités suisses. Leur principal argument repose sur le constat qu’une faible partie seulement du débit de tous les cours d’eau du pays est générée par la fonte des glaciers.

C’est la première fois que des chercheurs suisses se donnent pour objectif de quantifier l’effet du recul des glaciers dû au réchauffement climatique sur la production d’énergie hydroélectrique. Cette étude, menée par Bettina Schaefli, professeure boursière du Fonds national suisse à l’Université de Lausanne et publiée dans le journal Renewable Energy [1] , repose sur un modèle détaillé des flux d’eau qui alimentent l’ensemble des centrales hydroélectriques du pays.

Depuis pas mal de temps déjà - faut-il le rappeler ? - la fonte des glaciers, qui perdent davantage d’eau qu’ils n’en reçoivent sous forme de précipitations, fournit davantage d’eau aux barrages. Depuis 1980, ce surplus représente en moyenne 1,4 milliard de kWh par an, soit 4% de la production hydroélectrique suisse. Mais, pour autant que l’on parvienne à ralentir le réchauffement climatique, cet apport supplémentaire devrait diminuer dans la seconde partie du 21e siècle. Les chercheurs prévoient alors une baisse d’environ un milliard de kWh correspondant à 2,5% de l’électricité d’origine hydraulique totale prévue par la Stratégie énergétique 2050 de la Confédération.

Pour Bettina Schaefli, ces recherches apportent enfin des chiffres concrets et des réponses aux interrogations des exploitants de centrales hydroélectriques : "Notre modèle peut les aider à mieux anticiper l’avenir, notamment grâce à des prévisions régionales. Elles montrent par exemple que les centrales en Valais tirent 9% de leur électricité de la fonte des glaciers. Celle-ci devrait diminuer de moitié, mais plus tard que pour les autres régions du pays, en raison de l’altitude élevée des barrages et de la taille des glaciers concernés. Au final, notre modèle présente la première image exhaustive des facteurs influençant la quantité d’eau disponible pour la production hydroélectrique de Suisse."

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Les grandes régions de Suisse, par bassins versants, qui alimentent les barrages.
En bleu clair : l’apport d’eau dû aux glaciers. (© Bettina Schaefli / Unil)
(Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

93% du territoire national alimentent les barrages

Les chercheurs ont établi une carte détaillée de tous les bassins versants de Suisse. Elle montre que l’eau qui s’écoule sur 93% du territoire national finit par passer dans au moins une centrale électrique. L’eau de certaines rivières ayant leur source dans l’Oberland Bernois traverse une trentaine d’installations avant de quitter la Suisse par le Rhin à Bâle. Ce qui démontre, note au passage Bettina Schaefli, "l’exploitation extrêmement efficace de cette source d’énergie renouvelable".

L’équipe de recherche a par ailleurs élaboré un modèle de calcul relativement simple basé sur la productivité moyenne (la quantité d’électricité produite par mètre cube d’eau) : celle-ci s’est révélée proportionnelle à l’altitude moyenne des six grandes régions de Suisse qui alimentent les centrales hydroélectriques. À partir de là, il est possible de déduire la productivité des centrales approvisionnées par les glaciers mais aussi la part due à leur recul tel qu’il est mesuré par les glaciologues. (Source :Fonds national suisse de la recherche scientifique / Université de Lausanne)




Notes

[1B. Schaefli, P. Manso, M. Fischer, M. Huss, D. Farinotti : The role of glacier retreat for Swiss hydropower production. Renewable Energy (2018).
Cette étude est le fruit d’une collaboration entre les Universités de Lausanne, Fribourg et Zurich, les Écoles polytechniques fédérales de Lausanne et Zurich, et l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL). Elle a été financée entre autres par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS).

Mots-clés

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Glossaire

  • Bédières et moulins

    Une bédière est un torrent d’eaux de fonte ou de pluie qui s’écoulent à la surface d’un glacier et qui au fil du temps finissent par creuser des moulins, sortes de gouffres qui eux-mêmes débouchent sur des réseaux de galeries à l’intérieur ou sous le glacier et jusqu’à sa partie frontale. C’est en quelque sorte un système hydrologique qui ressemble, à certains égards, à celui que l’on trouve dans des massifs karstiques où par érosion l’eau forme toutes sortes de cavités souterraines.

Mot d’eau

  • L’eau fugitive

    On entendait à peine au fond de la baignoire / Glisser l’eau fugitive, et d’instant en instant / Les robinets d’airain chanter en s’égouttant. (A. de Musset, Premières poésies, « Namouna », viii.)


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