AccueilInfosAnnées précédentesAnnée 2004

août 2004.

La canicule de l’été 2003 n’a pas affecté la qualité de l’eau

Un an après une canicule qui restera longtemps dans les mémoires, (...)

Un an après une canicule qui restera longtemps dans les mémoires, la Suisse publie le décompte des conséquences que ces chaleurs et sécheresses inhabituelles ont eu sur les eaux du pays. Les experts officiels de l’environnement, de l’hydrologie et du climat se veulent rassurants : il y a eu des problèmes importants, mais la qualité de l’eau n’en a pas souffert.

Ils se sont mis à trois pour dresser ce bilan : l’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage, l’Office fédéral des eaux et de la géologie et l’Office fédéral de météorologie et de climatologie.

De leur point de vue, qui se veut donc global, l’été 2003 peut se résumer en trois phénomènes majeurs : la fonte exceptionnelle des glaciers, des problèmes d’arrosage pour l’agriculture, la mise en danger de la faune piscicole. La nouvelle la plus rassurante du rapport est que les experts n’ont pas constaté d’augmentation des concentrations de composants chimiques ou d’activités bactériennes dues à la canicule. Au contraire, « les effets sur l’exploitation des stations d’épuration des eaux ont été plutôt positifs que négatifs ».

Des conséquences différentes d’une région à l’autre

Compte tenu de la diversité topographique du pays, le bilan de la canicule est fort différent en plaine et en montagne. Les cours d’eau des bassins versants privés de couverture glaciaire ont enregistré des baisses significatives de leur débit alors que les fortes chaleurs provoquaient une fonte très importante des neiges et des glaciers.

La sécheresse a particulièrement frappé les cours d’eau du Jura, du Plateau et du Tessin. Mais, de manière générale, la baisse de leur débit n’a pas atteint les seuils critiques qui avaient été enregistrés en 1947.

L’enquête réalisée auprès des cantons révèle que le manque de précipitations a provoqué l’assèchement d’un total de 245 kilomètres répartis sur 350 cours d’eau piscicoles.

Les poissons ont souffert à la fois de la forte baisse du niveau d’eau mais aussi de sa haute température. A Stein am Rhein, on a mesuré par exemple 26° C à une profondeur de quatre mètres au milieu du Rhin.

Au total quelque 85’000 poissons morts, principalement des ombres et des truites, ont été récupérés dans les cours d’eau, mais les experts estiment que ce chiffre est sans doute en dessous de la réalité.

Les zones humides se sont adaptées

À noter toutefois que la faune et la flore des zones humides, zones alluviales et marais, ont semble-t-il assez bien supporté la sécheresse. Cela grâce à leur bonne capacité naturelle d’adaptation et de régénération.

Dans certains lits de rivières, on a vu fleurir des tournesols et des plants de tomates. Certaines rives du Lac Majeur se sont même ornées d’un tapis de végétaux qui avaient disparu de la région depuis des décennies. Et de petites méduses d’eau douce, vraisemblablement originaires d’Amérique du Sud, ont fait leur apparition dans le Lac de Neuchâtel.

Conflits d’intérêts

Le rapport des trois Offices fédéraux met le doigt sur ce qu’ils appellent « un problème typique des étés caniculaires ». À savoir : le conflit d’intérêts entre la protection des eaux et les prélèvements d’eau pour irriguer les cultures menacées par la sécheresse.

« Les cantons n’ont pas tous géré la situation de la même façon. Il a parfois fallu limiter voire interdire provisoirement les prélèvements d’eau, pour assurer un débit minimal, ce qui a provoqué des conflits entre les autorités et les agriculteurs. Quelques prélèvements illégaux ont également été constatés. En général, les mesures des cantons ont toutefois été efficaces. »

Quant aux services d’approvisionnement en eau des villes et des communes raccordées à un réseau, ils ont apparemment bien surmonté la sécheresse, grâce aux investissements importants que les collectivités publiques ont consentis ces dernières années et qui se sont révélés utiles. Idem pour les centrales électriques : en 2003, la production globale de la force hydraulique n’a été inférieure que de 0,8% à la moyenne des dix années précédentes. La baisse de production des centrales au fil de l’eau a pu être compensée par une plus grande utilisation des centrales alimentées par les lacs de barrage alpins.

Quelques conclusions à tirer de ce rapport : en l’état des connaissances, il ne paraît certes pas nécessaire de modifier la législation. Mais, vu que les spécialistes et les chercheurs disposent maintenant d’un nouvel outil d’analyse, c’est une invitation supplémentaire à poursuivre les efforts pour une meilleure protection du climat. (bw)


Source : Communiqué de presse conjoint OFEFP, OFEG et MétéoSuisse.

Le rapport intégral est disponible sur le site de l’OFEFP en allemand : « Auswirkungen des Hitzesommers 2003 auf die Gewässer ». Avec un résumé français, pdf, 2666 ko



Infos complémentaires

L’Aire (Genève), août 2003
© aqueduc.info

Pendant ce temps, les glaciers rétrécissent

Les conséquences de la canicule en haute montagne ont été bien évidemment fort différentes de celles constatées en plaine : la chaleur permanente a fait fondre plus de neige et de glace que d’habitude. Selon les premières estimations, les glaciers suisses auraient ainsi perdu environ quatre fois plus de leur masse en 2003 que les années précédentes pourtant déjà fort marquées par le réchauffement climatique observé depuis les années 1980. Ce qui explique pourquoi, malgré la sécheresse, le débit des torrents glaciaires a été particulièrement élevé pendant l’été 1980.

Un an plus tard : moins d’eau dans les rivières,
niveau à peu près normal des nappes phréatiques

Début août 2004, constate le rapport, « le débit de la plupart des cours d’eau suisses était inférieur à la moyenne calculée sur de nombreuses années pour ce mois ». Notamment dans les petites et les moyennes rivières de Suisse romande et du Tessin. La faute au manque de précipitations durant le premier semestre de l’année. Mais la situation a commencé à s’améliorer à partir du mois de mai. Et actuellement, le niveau des nappes souterraines et le débit des sources ne seraient que légèrement inférieurs à la moyenne.

Mots-clés

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")

Glossaire

  • Pompage-turbinage

    C’est un type de centrale hydroélectrique qui permet de stocker de l’énergie électrique potentielle par le biais de deux bassins d’accumulation situés à des altitudes différentes. L’eau du réservoir supérieur, qui sert à produire de l’électricité par turbinage, se déverse dans le réservoir inférieur. Et lorsque la demande d’énergie électrique est faible, cette eau est pompée vers le bassin du haut pour y être stockée et plus tard turbinée à nouveau. Il est ainsi possible d’établir un équilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’électricité.


Contact Lettre d'information