AccueilInfosDossiersPNR 61 sur la gestion globale de l’eau

18 novembre 2014.

La Suisse n’est pas aussi riche en eau qu’on le supposait

Avec ses 40 kilomètres cubes d’eau qui s’écoulent chaque année hors (...)

Avec ses 40 kilomètres cubes d’eau qui s’écoulent chaque année hors de ses frontières, la Suisse restera longtemps encore un château d’eau pour ses voisins européens. Les changements climatiques ne vont guère modifier cet état de choses. Par contre, si l’on regarde de plus près le bilan global des ressources hydriques disponibles - comme cela vient d’être fait dans le cadre du Programme national de recherche sur la gestion durable de l’eau (PNR 61) – il faut admettre que "la Suisse n’est pas toujours ni partout, aussi riche qu’on le supposait jusqu’à présent".

C’est le constat qui s’impose d’emblée au lecteur des synthèses thématiques du PNR 61. Si l’on veut promouvoir une gestion véritablement durable de l’eau, la première des démarches est d’examiner comment la disponibilité de cette ressource essentielle va évoluer dans le temps et dans l’espace. Il saute d’abord aux yeux que les grandes réserves glaciaires et neigeuses vont nettement perdre de leur importance au cours des prochaines décennies. Mais aussi, compte tenu du développement d’activités humaines de toutes sortes, polluantes ou non, que le volume des ressources hydriques utiles va lui aussi diminuer.

L’inventaire mené par les différents projets de recherche regroupés sous l’étiquette "hydrologie" ne se veut nullement alarmiste, vu que le volume d’eau disponible chaque année ne diminuera que faiblement d’ici la fin du siècle. Mais il montre clairement "que les ressources en eau sont limitées et que des ajustements s’imposent dans de nombreux secteurs". Si l’on s’aventure quelque peu dans le détail, on retiendra principalement que :

- compte tenu des disponibilités actuelles, à savoir quelque 5000 mètres cubes par personne et par année, la consommation suisse reste relativement modeste : les ménages et les différents secteurs économiques n’utilisent qu’environ 5 % du volume d’eau renouvelable, dont une partie du prélèvement peut par ailleurs servir à différents usages successifs ;

- les réserves souterraines occupent une place importante dans cette économie hydrique, entre autres parce qu’elles permettent aux Suisses d’y puiser 80 % de leur eau potable ; mais la richesse de ces aquifères, disent les experts, est souvent surestimée : son exploitation peut être en effet limitée par divers facteurs techniques, économiques, écologiques, juridiques, voire sanitaires, et l’on ne dispose pas non plus de données scientifiquement étayées sur les volumes utiles à long terme et en toutes régions ;

- c’est en haute montagne que l’on peut d’ores et déjà constater les signes tangibles, sous l’effet des changements climatiques, de l’évolution des ressources en eau ; la baisse de capacité de stockage de la neige et des glaciers aura par exemple d’importantes répercussions sur la production d’énergie et les hydroélectriciens vont devoir s’adapter à de nouveaux régimes de débits, à des charriages plus volumineux et à de nouveaux risques liés à l’apparition de nouveaux lacs suite au retrait des masses glaciaires : "la Suisse a besoin d’idées novatrices pour stocker l’eau supplémentaire" ;

- gérer l’eau de manière durable ne consiste pas seulement à se préoccuper de sa quantité et de sa qualité, mais aussi de prendre en compte la globalité de l’espace qui lui est réservé ; de ce point de vue, force est de constater, avec les rapporteurs du PNR 61, que "l’hydrologie des bassins versants complexes a été peu étudiée en Suisse jusqu’à présent" et qu’il importe de s’intéresser de plus près à l’évolution des cours d’eau : ceux-ci servent de traits d’union entre de nombreux écosystèmes et reflètent l’état de l’environnement dans sa globalité ;

- de par l’abondance de ses ressources en eau, la Suisse occupe une situation privilégiée au cœur des Alpes, mais cela lui confère aussi des responsabilités internationales particulières : pays d’amont de quatre grands bassins versants européens (Rhin, Rhône, Inn/Danube, Tessin/Pô), elle se doit de mettre en œuvre des principes favorisant la préservation des écosystèmes et de la qualité de l’eau dont héritent ses plus proches voisins. (bw)


(*) L’essentiel des informations de cet article s’inspire de la Synthèse thématique 1 du PNR 61, rédigée par Astrid Björnsen Gurung et Manfred Stähli, et intitulée "Ressources en eau de la Suisse – Ressources disponibles et utilisation, aujourd’hui et demain", disponible en téléchargement sur le site pnr61.ch




Infos complémentaires

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:: ILS ONT DIT …


"Les politiciens et le public pensent souvent que les changements annoncés sont encore lointains. Mais ce n’est pas le cas : il s’agit de l’avenir de nos enfants. Si on pense au temps nécessaire à la planification de mesures complexes de protection ou à la construction d’ouvrages importants, le temps qui reste est alors très court. C’est une course contre le temps. Les gens croient qu’il faut simplement s’adapter et que si le climat change on s’y adaptera. Dans de nombreux cas, c’est plutôt illusoire, car les mesures d’adaptation demandent un consensus : il faut que les divers groupes d’intérêt se mettent d’accord."

Prof. Wilfried Haeberli,
Institut de géographie,
Université de Zurich


"Dans les Alpes les quantités d’eau vont globalement augmenter jusque vers 2030, 2040, et ensuite diminuer assez fortement au moment des retours de concessions. Pour l’aménagement d’Electra Massa qui récolte les eaux du glacier d’Aletsch, les capacités actuelles du barrage de Gebidem et de la centrale de Bitsch ne seront bientôt plus adaptées pour récolter et absorber toute l’eau supplémentaire. Donc nous devons penser à investir pour agrandir et surélever le barrage ou alors suréquiper la centrale pour permettre de turbiner cette eau."

Florian Widmer,
Gestionnaire administratif,
Alpiq


"Souvent le facteur contraignant n’est pas la quantité d’eau disponible, mais les conflits liés à l’exploitation. Nous devons veiller à disposer à l’avenir d’un nombre suffisant de sites où le captage des eaux souterraines est prioritaire pour qu’en cas de problème à un endroit il soit possible d’exploiter une autre source d’eau souterraine."

Prof. Daniel Hunkeler,
Centre d’hydrogéologie,
Université de Neuchâtel

(Ces citations sont extraites des différentes synthèses et/ou des vidéos qui rendent compte des travaux de recherche menés dans le cadre du PNR 61)


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    sur le site pnr61.ch
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  • Présentations vidéos (bandes-annonces, aperçus et perspectives) de tous les projets sur le site pnr61.ch

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Mots-clés

Glossaire

  • Bief

    À l’origine, ce mot désignait un canal de dérivation amenant les eaux d’un cours d’eau vers une installation hydraulique (roue à aubes de moulin, turbine hydroélectrique, etc.) ou vers des ate-liers utilisant l’énergie hydraulique (usines de tissage, scieries, etc.). Par bief, on entend aussi aujourd’hui une section de cours d’eau entre deux chutes ou d’un canal de navigation entre deux écluses.

Mot d’eau

  • Eaux usées

    "Dans un monde où la demande en eau douce augmente sans cesse, et où les ressources en eau limitées subissent de plus en plus des contraintes du fait de la surexploitation, de la pollution et des changements climatiques, il est tout simplement impensable de négliger les opportunités qu’offre l’amélioration de la gestion des eaux usées." (Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2017)


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