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17 février 2020.

L’agriculture devra s’adapter à des étés secs et des hivers humides

Pour que le monde rural puisse se préparer à faire face aux (...)

Pour que le monde rural puisse se préparer à faire face aux changements climatiques annoncés et développer des stratégies d’adaptation efficaces, des experts d’Agroscope, le centre suisse de compétences fédérales pour la recherche agricole, ont élaboré plusieurs scénarios possibles répartis sur des périodes de 30 ans : le climat de base (1986-2015), l’avenir proche (2028-2057) et un avenir lointain (2070-2099). Comme terrain de recherche, ils ont choisi le bassin versant de la Broye vaudoise et fribourgeoise. [1]

Menaces sur les rendements ?

Selon les scénarios d’Agroscope, l’écoulement des cours d’eau devrait à long terme augmenter de 65 % en hiver, en raison de l’augmentation de la fonte des neiges et des précipitations, et diminuer de 77 % en été, à cause de la montée des températures, de l’évapotranspiration plus marquée des végétaux et de la sécheresse. Cela signifie non seulement qu’il y aurait moins d’eau disponible pour l’irrigation, mais aussi que cette pénurie aurait lieu à des moments où l’eau serait absolument nécessaire pour répondre aux besoins des cultures. Le manque d’eau et la hausse des températures risquent de limiter fortement la croissance des végétaux et le rendement des cultures.

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Culture de maïs dans la Broye
(image Agroscope)

De ces prévisions découle l’idée qu’il est nécessaire de trouver de nouveaux modes de gestion agricole pour anticiper les pertes de récoltes dues au stress hydrique. Certaines suggestions sont faites en termes d’économies d’eau, du genre : opter pour des cultures et des variétés qui présentent une plus grande tolérance à la sécheresse avec des cycles de croissance adaptés, augmenter la capacité de rétention d’eau des sols, utiliser des techniques d’irrigation plus efficaces et, le cas échéant, recourir à des sources d’eau alternatives (dans la Broye, ce pourrait être le cas par le biais de pompages dans le lac de Neuchâtel).

Mais, préviennent les experts, il existe aussi des risques de mauvaise adaptation : les agriculteurs pourraient en effet être tentés d’augmenter les apports d’engrais et de produits phytosanitaires pour compenser les limitations croissantes en eau et en éléments nutritifs. Un autre risque est celui de voir surgir de nouveaux conflits autour de l’utilisation des ressources en eau, par exemple entre des cultivateurs prenant des mesures d’adaptation de manière autonome et des services d’approvisionnement, sans parler d’une éventuelle surexploitation des nappes souterraines.

Davantage de concentrations de nitrates ?

La diminution des précipitations estivales devrait réduire de 25 % le lessivage des nitrates (c’est-à-dire leur transport par l’eau de pluie vers la nappe phréatique). Malgré cela, les concentrations de ces substances dans les cours d’eau augmenteront jusqu’à 14 % dans les différents scénarios. Car à l’avenir, en été, il y aura de moins en moins d’eau dans les cours d’eau. La concentration de nitrates dans l’eau risque donc d’être plus élevée qu’aujourd’hui. En hiver, quand bien même les cours d’eau verront leurs débits augmenter, il ne faut pas s’attendre à ce que la dilution des nitrates soit suffisante.

Selon les spécialistes d’Agroscope, il est possible de pallier à la réduction de la qualité de l’eau grâce notamment à une rotation différente des cultures de manière à maintenir la couverture du sol durant toute l’année. La transformation des terres arables en forêts ou en prairies permanentes peut être une option intéressante pour réduire le lessivage des nitrates. L’augmentation de la production d’herbe peut entraîner une augmentation des surfaces de prairies extensives, ce qui accroît aussi la production de fourrage pour le bétail. (Source : Agroscope)




Notes

[1Nina Zarrineh, Karim C Abbaspour, Annelie Holzkämper, "Integrated assessment of climate change impacts on multiple ecosystem services in Western Switzerland", October 2019, Science of The Total Environment.

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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