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16 décembre 2016.

L’Ethiopie a inauguré le plus haut barrage d’Afrique

Non sans menaces écologiques et sociales

Situé à quelque 350 kilomètres de la capitale Addis Abeba, haut de 243 mètres et construit sur la rivière Omo, un affluent du Lac Turkana, le barrage Gibe III et sa puissance installée de 1870 mégawatts permettront à l’Éthiopie de doubler ou presque sa production énergétique. Mais ce nouvel aménagement fera encore parler de lui pour d’autres raisons, à savoir : ses impacts écologiques et sociaux très contestés.

Selon les autorités éthiopiennes, la production électrique de Gibe III devrait notamment compenser la baisse de production d’autres barrages touchés par des sécheresses récurrentes. Sa construction, commencée il y a une dizaine d’années, aura coûté 1,5 milliard d’euros, financés à 40% par l’État et le reste par un prêt d’une banque chinoise.

L’hydroélectricité est de loin la plus importante ressource énergétique de l’Éthiopie qui mise donc essentiellement sur ce potentiel pour son développement économique et qui s’est fixé comme objectif non seulement d’assurer de manière indépendante son approvisionnement en électricité mais aussi d’exporter du courant vers les pays voisins, notamment vers le Kenya.

Pour cela, le gouvernement éthiopien compte d’ailleurs beaucoup sur l’exploitation des eaux du Nil et en particulier sur le projet de grand barrage de la Renaissance actuellement en construction et qui, avec capacité annoncée de 6000 mégawatts, sera alors le plus grand barrage hydroélectrique du continent africain. Non sans contestations là aussi.

Car ces constructions ne vont pas sans problèmes. D’abord - s’agissant de Gibe III - parce que la partie méridionale de la vallée de l’Omo et le Turkana, le plus grand lac du monde en milieu désertique, figurent tous les deux dans la liste des sites protégés du patrimoine mondial de l’Humanité. En son temps, voulant prévenir une possible catastrophe écologique et un assèchement comparable à ceux de la Mer d’Aral ou du Lac Tchad, l’Unesco avait sans succès appelé l’Ethiopie à mettre fin à tous les travaux de construction du barrage de Gibe III.

Plus grave encore : plusieurs ONG, telles Human Rights Watch et Survival International qui se consacre à la défense des droits des peuples autochtones, avaient tenté d’attirer l’attention des opinions publiques sur le déplacement de nombreuses populations riveraines de l’Omo : avec la construction du barrage, plusieurs dizaines de milliers de personnes risquent de se voir privées de l’eau nécessaire à leur production agricole et pastorale, et donc à leur survie. L’Éthiopie a rejeté ces accusations, assurant que les populations en aval du barrage bénéficieront d’un débit régulier durant toute l’année et pourront normalement poursuivre leurs pratiques agricoles traditionnelles. (Sources : agences de presse)

- Voir sur OpenStreetMap la région de l’Omo méridional et du Lac Turkana




Infos complémentaires

Parcs nationaux du Lac Turkana

Le plus salé des grands lacs d’Afrique, le Turkana, est un laboratoire exceptionnel pour l’étude des communautés végétales et animales. Les trois parcs nationaux servent d’étapes aux oiseaux d’eau migrateurs et constituent d’importantes zones de reproduction pour le crocodile du Nil, l’hippopotame et différents serpents venimeux. Les gisements fossilifères de Koobi Fora, où l’on trouve de nombreux restes de mammifères, de mollusques et d’autres espèces, ont davantage contribué à la compréhension des paléo-environnements que tout autre site sur ce continent. Sur la Liste Unesco du Patrimoine mondial >

Basse vallée de l’Omo

Près du lac Turkana, la basse vallée de l’Omo est un site préhistorique de renommée mondiale, où ont été découverts de nombreux fossiles, notamment l’Homo gracilis, d’une importance essentielle pour l’étude de l’évolution humaine. Sur la Liste Unesco du Patrimoine mondial >

Les Peuples de la vallée de l’Omo

Les peuples de la vallée inférieure de l’Omo vivent sur ces terres depuis des siècles et ont développé des techniques sophistiquées de survie dans un environnement hostile. Eux qui n’ont pas donné leur consentement à propos du barrage commencent à perdre leur mode de vie fondé sur le cycle de crue naturelle de la rivière. Le point de vue de l’organisation Survival International >

Agenda

Mot d’eau

  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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