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août 2004.

"Il existe des solutions" (Helvetas)

Helvetas, association suisse pour la coopération internationale, (...)

Helvetas, association suisse pour la coopération internationale, poursuit inlassablement son travail d’information sur « la crise de l’eau », plus particulièrement dans les pays en développement. Dans le dernier numéro de sa revue trimestrielle « Partenaires », elle présente un certain nombre d’initiatives prises par des agriculteurs du Sud comme autant de solutions aux défis de la surexploitation des ressources en eau.

Ces défis sont énormes et le pessimisme semble de mise, explique Helvetas. Si l’on en croit certaines estimations, deux milliards de personnes vivront dans vingt ans dans des régions où l’eau sera insuffisante et qui comptent déjà parmi les plus pauvres de la planète. Ce qui pousse plus particulièrement l’ONG suisse à la réflexion, c’est que moins de la moitié de l’eau d’irrigation contribue à augmenter la production agricole, l’autre moitié s’écoule ou s’évapore sans être utilisée. Pourtant, cette situation n’est pas jugée désespérée. Pour « Partenaires », il existe des solutions : « il s’agit d’utiliser l’eau disponible avec parcimonie et de manière plus ciblée, et de se tourner vers des méthodes agricoles et d’irrigation adaptées aux conditions naturelles respectives ». Exemples à l’appui.

Goutte à goutte contre le gaspillage

Il est possible, par exemple, de développer des techniques d’irrigation adaptées aux besoins des paysans et de l’environnement : un réservoir, un filtre, un tuyau et beaucoup de petits tubes amènent l’eau directement à la racine de la plante.

La méthode est jugée non seulement économe en eau et en temps, mais également à la portée des petits budgets paysans (entre 15 et 37 dollars). Selon une enquête menée au Népal, chaque roupie investie durant la première année d’utilisation de ce système en rapporte une et demie, ce qui n’est pas rien pour une population rurale qui ne pratiquait qu’une agriculture de subsistance.

Cactus contre la sécheresse

Dans le Tigray, dans le nord de l’Éthiopie où l’eau est denrée rare, les paysans connaissent depuis longtemps les « incroyables qualités » du figuier de Barbarie qu’ils plantent autour de leurs maisons. Durant plusieurs mois de l’année, cette plante sans doute importée du Mexique au 19 e siècle assure en effet la subsistance de milliers de personnes et d’animaux.

Voilà une plante « championne de la survie », lit-on dans la revue d’Helvetas : « ce cactus ne consomme qu’un tiers de la quantité d’eau nécessaire à d’autres plantes résistantes à la sécheresse telles que la luzerne ou l’orge. »

Mais le figuier n’est pas simplement synonyme d’alimentation de survie. Il est matière première à revenus puisqu’il est aujourd’hui possible de transformer et de commercialiser ses différents produits. On peut en faire de la confiture de figues, les « feuilles » du cactus sont également comestibles, et leurs graines servent à fabriquer une sorte de savon.

Du bio, svp !

Chacun a vu un jour ou l’autre des images de désolation de la Mer d’Aral, aux frontières du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan, et de son assèchement catastrophique parce que les eaux qui l’alimentaient ont été détournées pour irriguer d’immenses plantations de coton.

Il est vrai que cette culture est extrêmement consommatrice d’eau. Helvetas fait état d’estimations selon lesquelles la surface globale des champs de coton irrigués consommerait presque autant d’eau que l’ensemble des ménages privés de la planète. Avec, par endroit, des chiffres à faire peur : 29’000 litres d’eau par kilo de fibres de coton produit.

Outre les questions concernant la quantité d’eau nécessaire à la culture du coton, reste l’aspect qualité. Car le recours aux engrais minéraux et produits phytosanitaires contamine dangereusement les eaux d’écoulement et d’infiltration.

Est-il possible de miser sur une culture biologique du coton (Photo Helvetas) qui tienne compte de la gestion durable des ressources naturelles ? Helvetas répond par l’affirmative, elle qui soutient au Mali un projet où l’on privilégie le compost au lieu d’engrais. Plus malléable et mieux oxygénée, la terre peut ainsi stocker une plus grande quantité d’eau.

Mais l’organisation suisse doit pourtant reconnaître que de telles alternatives ont bien du mal à se développer : le coton bio est quasiment inexistant, tant sur les champs que sur les marchés. (bw)


Source : « Partenaires » : le dossier « Eau et agriculture », N° 177 – Août 2004, document pdf

Liens :
- Helvetas, association suisse pour le développement international
- IDE International Development Enterprises, partenaire d’Helvetas




Infos complémentaires

Technologies simples et peu coûteuses

Helvetas rappelle avec raison l’épopée de la désormais célèbre « treadle pump » (photo IDE), pompe à pédale qui, partie du Bangladesh, a conquis l’Asie et l’Afrique. Au fil du temps, on s’était en effet rendu compte que les pompes à moteur ou les grands puits non seulement coûtaient cher, mais que ceux qui en étaient propriétaires constituaient peu à peu une véritable oligarchie de « seigneurs des eaux ». La pompe à pédale vint alors au secours des paysans pauvres (Photo IDE).

Construite dans de petits ateliers avec des matériaux simples, elle permet aux petits agriculteurs d’arroser eux-mêmes leurs champs et d’obtenir une seconde récolte en saison sèche. Une ONG partenaire d’Helvetas - IDE, International Development Enterprises - a réussi à en écouler plus d’un million dans le seul Bangladesh. Là aussi le revenu paysan s’en est trouvé nettement amélioré.

L’eau c’est la vie, le sel aussi

« Partenaires » consacre également l’un de ses articles à la salicorne, cette herbe qui pousse dans les terrains salés.

« Étant donné les limites auxquelles l’arrosage à l’eau douce sera confronté dans un proche avenir, l’étude approfondie des plantes tolérantes au sel s’impose. »

Autrement dit, pour des milliers de personnes, la culture biosaline pourrait représenter une alternative à l’agriculture à l’eau douce. L’avantage des salicornes et autres variétés de plantes dites halophiles ou halophytes, c’est qu’elles « absorbent l’eau et ses éléments assimilables et stockent ou éliminent le sel ».

Ce type d’agriculture qui concilie la vie et le sel est donc, aux yeux d’Helvetas, « un système approprié ». La preuve, c’est que de par le monde de nombreux deltas et marécages salins font partie des systèmes naturels les plus productifs. « C’est pourquoi il est impératif que nous apprenions à vivre et à produire avec le sel. »

Mots-clés

Glossaire

  • Aquaponie

    Mode de production alimentaire qui conjugue la culture de plantes (hors-sol) et celle d’animaux aquatiques (aquaculture) dans un système de recirculation. Cette méthode, économe en eau, utilise les déchets de poissons comme solution nutritive organique pour cultiver des légumes. L’aquaponie permet de produire des aliments riches en protéines. Elle peut être pratiquée dans de petites unités domestiques comme dans de grandes surfaces à but commercial, en eaux douces comme en eaux saumâtres (Source : FAO).

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")


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