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7 décembre 2012.

Histoires de Rhône, parcours de vie

Pour sa 9ème édition, les organisateurs du colloque "Mémoires du (...)

Pour sa 9ème édition, les organisateurs du colloque "Mémoires du Rhône" ont choisi de s’interroger durant toute une journée - le 7 décembre 2012 à Aigle (VD) - sur les relations entre le fleuve et ceux qui le côtoient. Ils ont eu la bonne idée, entre autres, de faire connaître une initiative originale prise à Givors, non loin de Lyon. Là, sous le label "Fleuve buissonnier", il s’agissait, il y a deux ans, de jeter des passerelles entre le cours d’eau et un hôpital voisin. Un défi relevé avec succès et qui pourrait donner des idées à celles et ceux qui, sur d’autres berges, cherchent à mettre en valeur des symboles fluviaux qui ont marqué des générations de riverains.

Givors, au confluent du Rhône et du Gier, à mi-chemin entre Lyon et Saint-Étienne. Jadis renommée pour son industrie métallurgique, cette ville de quelque 20’000 habitants a, non sans révoltes ouvrières, peu à peu perdu ce qui faisait sa fierté. Ses usines se sont fermées et le chômage s’est installé de façon durable dans la cité.

C’est là, pourtant, qu’a pris forme il y a vingt ans une association qui au fil du temps a développé une remarquable compétence. "La Maison du fleuve Rhône" est aujourd’hui largement reconnue pour la qualité de ses médiations scientifiques et culturelles et pour ses initiatives en tous genres visant à faire connaître et mettre en valeur le patrimoine fluvial rhodanien. À cela s’est ajoutée, récemment, une collaboration avec le Centre hospitalier de Givors.

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Pont suspendu
sur le Rhône à Givors
(aqueduc.info)

Un projet au long cours

Pour Cécile Leoen, médiatrice culturelle et initiatrice de ce "projet au long cours", il existe de nombreuses passerelles, visibles et invisibles, entre le fleuve et l’hôpital, et - poussant plus loin la métaphore - entre leurs lits respectifs. Tous deux partagent des symboliques de vie et de détresse, tous deux offrent des espaces de rencontres improbables, tous deux proposent des traversées à risques.

Inventer dans un établissement de santé et autour de la mémoire du fleuve un face-à-face entre ces deux pôles n’allait pas de soi : il fallait à la fois tenir compte de la diversité des traitements et des durées d’hospitalisation - de la maternité à la gériatrie en passant par le service des urgences et ceux de rééducation - et de la difficulté de toucher en même temps le personnel soignant sur son lieu de travail.

Durant plusieurs semaines, accompagnée d’une autre médiatrice, Cécile Leoen s’est mise à arpenter salles et couloirs de l’hôpital avec une valise comme signe tangible du voyage immobile auquel elle invitait tout un chacun. Ce voyage, lit-on dans le carnet-souvenir qui en garde la trace, "a permis de délier les fils d’une mémoire, forcément sélective, mais si riche de souvenirs, d’histoires personnelles, d’émotions nourries d’une vie à côtoyer le fleuve Rhône".

Pour parler du fleuve et de soi

Ce projet de "Fleuve buissonnier" s’est alors construit sur un itinéraire de quatre escales - plonger, jaillir, naviguer, affluer - comme autant d’épisodes successifs de l’état amoureux : la rencontre, le sentiment amoureux, la complicité, la rupture, sans oublier le nouveau départ. Avec, comme fil rouge, le conte. Étant entendu qu’il ne s’agissait pas seulement d’écouter les histoires du fleuve, mais aussi de parler de soi et de sa propre relation avec lui.

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Pour libérer l’imaginaire des uns et des autres, il est alors fait appel à différents modes d’expression. Lors de la deuxième escale par exemple, chacun se voit poser une question : "Quelle est votre source ?", libre à lui ensuite de noter sa réponse sur un galet récolté dans le Rhône. "Certains ont vu dans ce questionnement leur lieu de naissance, d’autres le lieu où ils vivent, d’autres encore une étape importante de leur vie …" La plus longue des escales, la troisième, qui dura une dizaine de jours, prit des allures de chasse aux souvenirs. "Chaque personne rencontrée a été invitée à choisir, dans une série de 20 cartes postales représentant différents visages du fleuve, le visuel le plus évocateur pour elle." Et, sur le dos de la carte choisie, à inscrire ensuite un souvenir personnel lié au fleuve.

De l’une à l’autre, entre "Toute mon enfance, le Rhône m’a bercé au fil des saisons. J’y ai mes racines, il garde mes souvenirs" et "Je n’allais pas au bord du Rhône, j’ai toujours eu peur de l’eau", on redécouvre côte à côte les ambivalences de l’élément eau et du fleuve, ses inondations et ses étiages, la solitude du pêcheur et la liesse des joutes populaires, le souvenir des joyeuses baignades de l’enfance et celui des ponts détruits durant la guerre, et tant d’autres encore.

Des séances de lecture de textes recueillis au gré des escales et une exposition des galets et cartes postales patiemment collectés ont mis un point d’orgue à ce voyage imaginaire de plusieurs mois. Mais l’idée de ce partenariat original ne s’est pas pour autant arrêté. La Maison du fleuve Rhône et le Centre hospitalier de Givors se sont par la suite attelés à deux autres projets autour du fleuve : "Joutons ensemble", l’an passé, puis "Correspondances", qui a pris fin en novembre dernier.

Bernard Weissbrodt


- En savoir plus sur cette réalisation, consulter un aperçu de l’ouvrage qui lui est lié et/ou en passer commande sur le site de la Maison du fleuve Rhône




Infos complémentaires

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:: "Témoins du Rhône"

Outre des communications sur des thèmes concernant la gouvernance transfrontalière du Rhône entre le Léman et Lyon (voir l’article consacré à ce sujet), un projet d’aménagement du territoire de la ville de Sion lié à la 3e correction du fleuve, ou encore l’état de la recherche géologique dans son delta lémanique, ce 9e colloque "Mémoires du Rhône" a également fourni l’occasion à ses participants de pré-visionner des extraits du film documentaire réalisé par la cinéaste Anne Zen-Ruffinen sous le titre "Témoins du Rhône".

Ce projet, lancé au printemps 2007, s’inscrit dans le cadre de la collaboration instaurée au sein de l’État du Valais entre les Services de la culture, de l’enseignement et de la Protection contre les crues du Rhône. Son ambition est de soutenir et de coordonner les projets liés au Rhône dans les domaines de la culture, de la formation et de la recherche.

Plus précisément, il s’agit de documenter la 2e Correction du Rhône, de 1930 à 1960, de pouvoir disposer de matériaux socio-culturels conviviaux et vivants, et de récolter des avis sur les travaux projetés pour l’actuelle 3e correction.

Sa réalisation a été confiée à une équipe interdisciplinaire et bilingue : journalistes, ethnologues, cinéaste, etc. Douze témoignages ont ainsi été recueillis dans l’ensemble du canton : ils évoquent les changements survenus autour du Rhône et de la plaine valaisanne au cours du 20e siècle. Ils mettent en perspective le passé récent sous différents angles et en fonction de la perception que ces témoins en ont gardé aujourd’hui : les crues et les dangers du fleuve, l’évolution des milieux naturels, la vie sociale et le développement économique.

Il résulte de cette enquête une douzaine d’heures d’images en plan fixe. Certains passages-clés de ces interviews ont été retranscrits et certaines séquences sélectionnées puis regroupées dans des montages thématiques (La vallée du Rhône, jardin fertile - le Rhône, la nature et les hommes - Le Rhône, notre meilleur ennemi). Ces courts métrages sont destinés à être prochainement diffusés par divers canaux des services cantonaux concernés par ce projet.


Créé en 2002, le groupe "Mémoires du Rhône" - constitué en association depuis 2011 - a pour objectif de favoriser les recherches interdisciplinaires sur le Rhône, son environnement et ses relations avec les riverains.

- Voir les différents articles aqueduc.info consacrés à "Mémoires du Rhône"

- Programme du 9e Colloque "Mémoires du Rhône", Aigle, 2012

PDF - 5.8 Mo
MdR Colloque 2012

Glossaire

  • Bief

    À l’origine, ce mot désignait un canal de dérivation amenant les eaux d’un cours d’eau vers une installation hydraulique (roue à aubes de moulin, turbine hydroélectrique, etc.) ou vers des ate-liers utilisant l’énergie hydraulique (usines de tissage, scieries, etc.). Par bief, on entend aussi aujourd’hui une section de cours d’eau entre deux chutes ou d’un canal de navigation entre deux écluses.

Mot d’eau

  • Eaux usées

    "Dans un monde où la demande en eau douce augmente sans cesse, et où les ressources en eau limitées subissent de plus en plus des contraintes du fait de la surexploitation, de la pollution et des changements climatiques, il est tout simplement impensable de négliger les opportunités qu’offre l’amélioration de la gestion des eaux usées." (Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO, Rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau 2017)


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