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24 avril 2017.

D’une rive à l’autre, voyage autour du Léman

Une expo en 2 actes et un livre

Cheminer, cette année, le long de la rive sud du Léman de Genève à Saint-Gingolph, puis l’an prochain en empruntant la rive nord : c’est le voyage artistique proposé à la fois dans une exposition du Musée du Chablais, à Thonon-les-Bains [1], et dans un catalogue [2] où cohabitent gravures et écrits hérités de ceux qui jadis ont parcouru ces paysages dont Rousseau disait qu’ils exerçaient sur lui un attrait inexplicable.

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Saint-Gingolph (édité dans Voyage pittoresque au lac de Genève ou Léman) 1820.
Aquatinte en couleurs, rehauts d’encre de Chine et d’aquarelle, 191X271 mm.
Frantz Hegi (1774-1850), graveur Johann Jakon Wetzel (1783-1834), auteur Orell Füssli, éditeur (Zürich)
© Musée du Chablais, Thonon-les-Bains / ETH Productions

Cette promenade "pittoresque et littéraire", fruit d’un partenariat entre le Musée du Chablais et les Musées d’art et d’histoire de Genève, propose plus de 150 gravures, un art très à la mode dans la région lémanique dès la fin du 18e siècle. Ses pionniers, explique Amélie Beaujouan, responsable des musées de la ville de Thonon-les-Bains, partageaient alors certains codes de représentation des paysages : "généralement un premier plan terrestre animé par le petit peuple au labeur (lavandières, pêcheurs, bateliers) ; au second plan, le lac sur lequel voguent les fameuses barques à voiles latines avec leurs impressionnants chargements de bois ou de pierres ; et dans le fond, les chaînes de montagnes alpines ou jurassiennes."

Mais, note pour sa part Bertille Favre, co-commissaire de l’exposition, le regard que portent les artistes sur le Léman n’est pas uniquement celui d’un simple observateur : "il met également en avant d’autres messages à caractère symbolique et illustre une vision idéalisée de la société d’une époque et des paysages". Cela se vérifie dans les scènes de la vie quotidienne, citadine ou rurale, empreintes d’un esprit romantique qui valorise avant tout les natures pittoresques ; dans la déambulation de personnages qui renvoient d’abord à des archétypes sociaux et folkloriques ; ou dans des métiers du terroir qui en disent davantage sur les préoccupations esthétiques des graveurs que sur le vécu tout sauf idyllique de celles et ceux qui les exercent.

Pour apprécier la véritable portée de ces images, il faut les replacer dans le contexte de l’époque et des lieux qui les ont vus naître. Avant le 18e siècle, le Léman n’était que très rarement représenté. Ce n’est que lorsque de jeunes aristocrates européens, allemands et britanniques notamment, en firent une étape de leur itinéraire initiatique vers les lieux fondateurs de l’Occident culturel et politique (leur "Grand Tour" vers l’Italie et la Grèce) que des artistes suisses se mirent à proposer à ces voyageurs d’un genre particulier quelques "souvenirs" gravés des paysages lémaniques qu’ils traversaient.

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Vue de Thonon (édité dans Vues du Duché de Savoie) 1788. Eau-forte sur papier vergé, 262X422 mm.
Pierre Escuyer (1749-1834), auteur © Musée du Chablais, Thonon-les-Bains / ETH Productions

"L’aspect du lac de Genève et de ses admirables côtes ont toujours à mes yeux un attrait particulier que je ne saurais expliquer, et qui ne tient pas seulement à la beauté du spectacle, mais à je ne sais quoi de plus intéressant qui m’affecte et m’attendrit." Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, Livre IV, 1770

Au fil du temps et de sa notoriété grandissante, le Léman devint non seulement une destination touristique appréciée pour elle-même mais aussi un lieu de pèlerinage littéraire qui doit beaucoup à Jean-Jacques Rousseau et à "Julie ou la Nouvelle Héloïse" : "Si les lecteurs tiennent tant à vivre physiquement l’expérience des lieux du roman, écrit Caroline Guignard, commissaire associée de l’exposition, c’est que Rousseau fait du paysage le reflet de l’âme des protagonistes et le symbole de leurs émotions". Plus tard, Madame de Staël et Lord Byron prendront le relais, et depuis lors la liste est véritablement très longue, et sans aucun doute inachevée, de celles et ceux qui, nés sur ses rives ou simplement de passage, ont consacré ou consacreront encore à ce "miroir des âmes sensibles" quelques-unes de leurs plus belles pages. (bw)




Notes

[1

L’exposition temporaire


D’une rive à l’autre, voyage autour du Léman - Acte I
Du 25 mars au 12 novembre 2017
Musée du Chablais, Château de Sonnaz
Thonon-les-Bains (Haute-Savoie, France)
Dépliant de l’exposition disponible sur le site de la Ville de Thonon

[2

Le catalogue


D’une rive à l’autre, voyage autour du Léman
Ouvrage collectif, Format : 21 x 25 cm
96 pages, 73 illustrations
Éditions Libel, Lyon, 2017
www.editions-libel.fr

Mots-clés

Agenda

Glossaire

  • Crue, inondation

    La crue est un phénomène caractérisé par la montée plus ou moins forte du niveau d’un cours d’eau et par une nette augmentation de son débit. Elle ne se traduit pas forcément par un débordement de son lit habituel. On parle d’inondation lorsqu’une crue entraîne la submersion par un cours d’eau de son espace d’expansion naturelle (lit majeur) ou aménagé dans ce but, mais aussi des terres cultivées et des zones habitées, mettant alors en danger les riverains et pouvant causer d’importants dommages à leurs biens.

Mot d’eau

  • “Quel épouvantable désastre !”

    “Près de deux mille maisons écroulées ; sept cents morts ; tous les ponts emportés ; un quartier rasé, noyé sous la boue ; des drames atroces ; vingt mille misérables demi-nus et crevant la faim ; la ville empestée par les cadavres, terrifiée par la crainte du typhus ; le deuil partout, les rues pleines de convois funèbres, les aumônes impuissantes à panser les plaies. Mais je marchais sans rien voir, au milieu de ces ruines. J’avais mes ruines, j’avais mes morts, qui m’écrasaient.” (Émile Zola, "L’inondation", 1883.)


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