AccueilInfosAnnées précédentesAnnée 2015

2 mai 2015.

Crue historique de l’Arve à Genève

Le 2 mai 2015, suite à la conjonction de la fonte des neiges dans (...)

Le 2 mai 2015, suite à la conjonction de la fonte des neiges dans les Alpes et de fortes précipitations dans les vallées de Haute-Savoie, l’Arve - ce cours d’eau qui draine une bonne partie des eaux issues du versant nord du massif du Mont-Blanc - a vu son débit dépasser les 900 mètres cubes par seconde à son confluent avec le Rhône genevois. Cette crue, aussi spectaculaire que rapide, est la plus volumineuse jamais enregistrée en plus d’un siècle de mesures hydrologiques. Grâce à des mesures de sécurité prises à temps, elle n’a heureusement pas fait de victimes. Seuls quelques bâtiments ont été inondés.

En milieu de matinée de ce premier samedi de mai, à l’ultime station de mesures du Bout-du-Monde située à 4 kilomètres en amont du confluent de la Jonction (1), le niveau de l’Arve est monté de plus de 3 mètres et son débit a atteint 904 m3/s contre quelque 100 m3/s mesurés 24 heures plus tôt (pour un débit moyen annuel de 78 m3/s).

JPEG - 202.9 ko

Le confluent Rhône-Arve, le 2 mai 2015, au plus fort de la crue : la pointe de la Jonction est sous l’eau et la rivière boueuse entrave l’écoulement du fleuve dont le débit est pourtant régulé à sa sortie du Léman (photo aqueduc.info)

Le plus fort débit jamais mesuré à la station du Bout-du-Monde depuis son installation en 1935 était de 840 m3/s et datait du 22 septembre 1968. Dans ses études statistiques des crues annuelles couvrant une période de 1904 à 2013, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) retenait jusqu’à présent comme référence record la date du 6 août 1914, avec un débit de 873 m3/s. Mais c’est loin encore, statistiquement parlant, des 1136 m3/s calculés lors de la crue du début octobre 1888 qui a aussitôt poussé les autorités genevoises à entreprendre, avec l’appui financier de la Confédération suisse, des travaux de correction de l’Arve urbaine (2).

JPEG - 63 ko

Diagramme des variations de débit (ligne bleue) et de niveau d’eau (ligne noire) de l’Arve à la station de mesures du Bout-du-Monde entre le jeudi 30 avril et le mercredi 6 mai 2015. Les couleurs d’arrière-plan délimitent les cinq niveaux de danger (faible à très fort). Trois jours de suite la rivière a atteint des niveaux situés dans la zone d’alerte maximale. (Données et graphisme : OFEV)

Jadis, les grandes crues de l’Arve

Géraldine Périllat, guide du patrimoine des Pays de Savoie, relève que "l’histoire de l’Arve jusqu’au milieu du XXème siècle n’est qu’une succession d’inondations" (3) et que, suite à des fontes de neige et débâcles provoquées par de brusques montées de température, et suite surtout à des périodes d’intenses averses, cette rivière connaît fréquemment des crues extrêmement rapides et de courte durée, charriant alors d’innombrables matériaux (terre, roches, bois, etc.).

Parmi les crues mémorables qu’elle relève, notons celle de 1404 qui a presqu’entièrement détruit Bonneville (à une trentaine de kilomètres en amont de Genève), celle de 1570 qui a emporté de très nombreux ponts tout au long de la vallée et jusqu’à la Jonction où les eaux de l’Arve refoulées dans le Rhône auraient alors fait tourner les roues de moulins à contre-sens, et surtout celle de 1892 lorsque la soudaine rupture d’une poche d’eau dans le glacier de Tête Rousse a entraîné la mort de 175 personnes dans la vallée française. (bw)

JPEG - 185.7 ko

Chaque crue de l’Arve charrie, en plus de gravats et de détritus plastiques et autres, d’énormes quantités de bois d’origine naturelle et de toutes dimensions qui s’accumulent au barrage de Verbois, une douzaine de kilomètres en aval de la Jonction. D’une année à l’autre, ces masses de bois flottants se chiffrent en centaines, voire en milliers de mètres cubes et en centaines de tonnes de masse sèche. Leur extraction coûte cher aux exploitants du barrage mais leur traitement peut aussi, à certaines conditions, représenter une source supplémentaire d’énergie renouvelable (photo aqueduc.info)


Pour en savoir plus

(1) Office fédéral de l’environnement (OFEV), Données hydrologiques, Station Arve - Genève, Bout Du Monde - Voir >
(2) Canton de Genève, Direction générale de l’eau - Fiche rivière N°7 – L’Arve - Voir >
(3) Syndicat Mixte d’Aménagement de l’Arve et de ses Abords (SM3A), site de la Rivière-Arve - Voir >




Infos complémentaires

JPEG - 34.1 ko

Barrage du Seujet à Genève
(photo aqueduc.info)

La difficile régulation
des niveaux des lacs
en périodes de crues

On ne parle pratiquement jamais d’eux, sauf lorsque de fortes crues font dangereusement monter le niveau des lacs. Et pourtant les barrages de régulation – tous les grands lacs de Suisse en sont pourvus hormis ceux de Constance et de Walenstadt – jouent depuis très longtemps un rôle absolument essentiel pour maintenir les niveaux d’eau au plus près de leur état naturel.

Les choses se compliquent singulièrement - on le voit notamment à Genève et à Bienne - quand des précipitations et des écoulements hors normes obligent les gestionnaires de ces barrages à trouver le meilleur équilibre possible entre les intérêts divergents des riverains d’amont et ceux d’aval.

Alors que leur marge de manœuvre est de plus en plus réduite face à la démesure des phénomènes hydrauliques, et même s’ils ont la capacité grâce aux prévisions météorologiques d’anticiper les impacts des crues en abaissant préventivement le niveau des lacs pour éviter leur surcharge, ils n’ont souvent pas d’autre choix que de faire des compromis au moment de l’ouverture ou de la fermeture des vannes. De ce point de vue, le Lac Léman et le Lac de Bienne présentent deux cas de figure fort différents.

Le Léman et
le barrage du Seujet

Le barrage du Seujet à Genève a pour première fonction de réguler les eaux du Léman conformément aux dispositions de la convention passée en 1884 déjà entre les cantons du Valais, Vaud et Genève et réglementant très précisément les niveaux du lac.

Mais, pour ce faire, les Services industriels de Genève (SIG) qui en assurent la gestion doivent également tenir compte de deux autres facteurs : d’une part, de la quantité d’eau déversée par l’Arve dans le Rhône au confluent de la Jonction situé quelques centaines de mètres en aval ; d’autre part, du niveau et du débit du Rhône au barrage de Verbois, une douzaine de kilomètres plus loin, qui doivent être adaptés aux besoins et aux rythmes de la production hydroélectrique.

Début mai, lorsque l’Arve a connu sa crue historique, le Léman était au niveau minimal de printemps (371,60 m) prévu par le règlement intercantonal. Les SIG, dans un premier temps, ont décidé de restreindre de manière significative le débit du Rhône au Seujet et d’ouvrir largement les vannes de Verbois pour laisser s’écouler cette exceptionnelle masse d’eau. En trois ou quatre jours, le lac est alors monté jusqu’à dépasser de quelques centimètres la cote maximale autorisée (372,20 m). Une fois passé le moment critique, les vannes du Seujet ont alors été ouvertes complètement pour permettre au Léman de retrouver peu à peu la stabilité de son niveau d’eau.

Le Lac de Bienne et
le barrage de Port

Du côté de Bienne, et plus précisément au barrage de Port qui sert d’exutoire à l’Aar, il s’agit certes de maintenir le niveau du lac à une cote minimale en période de basses eaux et d’assurer une capacité d’évacuation suffisante lors des crues. Mais ces tâches de régulation s’appliquent en fait aux trois lacs du pied du Jura – Bienne, Neuchâtel, Morat – qui depuis les grands travaux de correction des 19e et 20e siècles fonctionnent comme des vases communicants et forment un volumineux ensemble hydraulique.

Dans les situations de crise, c’est à l’Office fédéral de l’environnement, en concertation avec les cantons concernés (Berne, Neuchâtel, Vaud, Fribourg, Soleure, Argovie) qu’il revient de prendre les décisions qui s’imposent en fonction d’une évaluation des risques et des dangers auxquels sont exposés les riverains des lacs d’amont et ceux de l’Aar en aval de Bienne.

Dans un premier temps, pour éviter au maximum les risques d’inondation à Murgenthal, près d’Olten, une région très exposée à ce genre de problèmes, il a été provisoirement décidé de réduire fortement le débit de l’Aar. Cela a eu pour conséquence prévisible non seulement de faire monter le Lac de Bienne, mais également d’inverser le sens du courant dans le canal de la Thielle qui le relie à celui de Neuchâtel dont le niveau, en quelques jours, a monté d’un bon mètre. Ce qui, sur la carte des dangers, place pratiquement cet épisode dans la zone des débordements survenant en moyenne une fois dans une période de 30 à 100 ans. (bw)

- En savoir plus sur la régulation des lacs sur le site de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV)

Agenda

Mot d’eau

  • La vie, plusieurs eaux

    “Il y a plusieurs durées dans votre vie. Il y a plusieurs eaux mélangées dans le temps. L’enfance fait comme un courant profond dans la rivière du jour. Vous y revenez souvent, comme on revient chez soi après beaucoup d’absence.” (Christian Bobin, "La part manquante", 1989)

Glossaire

  • Robinet

    Le mot vient de Robin, un sobriquet que jadis, dans les récits moyenâgeux, on donnait au mouton. Chez Rabelais par exemple. On l’employa ensuite pour désigner la pièce - souvent décorée d’une tête stylisée de mouton ou de bélier - installée sur le tuyau d’écoulement d’une fontaine pour fermer, ouvrir ou régler son débit d’eau. L’expression "tenir le robinet" signifiait d’ailleurs : user d’une chose à sa volonté. On notera que pour parler du robinet la langue allemande utilise le mot ... "Hahn", le coq !


Contact Lettre d'information