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14 mai 2010.

Cinq pays d’Afrique de l’Est signent un accord de partage des eaux du Nil

À Entebbe (Uganda), l’Ethiopie, l’Uganda, le Rwanda et la Tanzanie - (...)

À Entebbe (Uganda), l’Ethiopie, l’Uganda, le Rwanda et la Tanzanie - suivis quelques jours plus tard par le Kenya - ont signé un nouvel accord sur le partage des eaux du Nil qui autorise les pays de son bassin versant à prélever toute l’eau qu’ils jugent nécessaire, pour autant que ces prélèvements ne portent pas préjudice aux pays d’aval. Cet accord s’est conclu en l’absence de l’Égypte et du Soudan hostiles à ce projet de nouvel accord destiné à remplacer celui de 1959 dont ils étaient les principaux bénéficiaires. Deux autres pays du bassin du Nil, le Burundi et le Congo (RDC), n’étaient pas non plus représentés à cette cérémonie de signature.

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Chutes du Nil bleu en Éthiopie
© trevkitt-Fotolia.com

Le bassin du Nil, le plus long fleuve du monde (6’671 km), couvre une superficie totale de plus de 3,3 millions de kilomètres carrés partagés par quelque 160 millions d’habitants de dix pays différents (si l’on compte aussi l’Érythrée). Ce territoire comprend un vaste ensemble d’écosystèmes qui fournissent l’essentiel des moyens de subsistance des populations. Mais cela n’empêche pas que cette région se caractérise aujourd’hui par la pauvreté, une forte croissance démographique et une dégradation notable de l’environnement.

Un traité de partage des eaux, élaboré en 1929 sous l’Empire britannique, puis revu en 1959, attribuait des quotas très favorables à l’Egypte (55,5 milliards de m3) et au Soudan (18,5 mds), soit au total 87% du débit du fleuve. Le Caire avait de plus un droit de veto sur tous les travaux susceptibles d’affecter le volume du fleuve, qui fournit à l’Egypte 90% de ses besoins en eau.

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Felouque sur le Nil égyptien
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Les pays situés en amont contestaient cette répartition mais dix années de négociations s’étaient achevées à la mi-avril sur un constat d’échec. L’Égypte et le Soudan, qui estiment avoir des "droits historiques" sur le Nil, craignaient en effet que leur approvisionnement en eau ne soit drastiquement réduit car le nouvel accord cadre prévoyait en amont de nombreux projets d’irrigations et de barrages hydro-électriques.

Le texte signé à Entebbe ne mentionne aucun chiffre, en volume ou mètres cubes, sur le futur partage des eaux, mais il déclare caducs les traités précédents. Il autorise les pays du Bassin à utiliser toute l’eau qu’ils jugent nécessaire, dans la mesure où ils ne portent pas préjudice aux autres pays de l’aval. L’accord prévoit que l’organisation de l’Initiative du Bassin du Nil, basée à Addis Abeba, sera en charge de recevoir et d’approuver tous les projets d’aménagements du fleuve. (Source : agences)

- Lien vers le site de l’organisation de l’Initiative du Bassin du Nil (Nile Basin Initiative)




Infos complémentaires

:: Le Nil, source de contentieux séculaires

Les historiens racontent qu’au 14e siècle déjà un empereur éthiopien aurait menacé le sultan d’Égypte de détourner les eaux du Nil si ce dernier continuait de persécuter les coptes. L’Égypte aurait alors envoyé des émissaires pour supplier Addis Abeba de renoncer à son projet.

En 2010, les principaux pays d’amont de ce vaste bassin fluvial font cause commune pour tenter de mettre fin à une situation que tout le monde ou presque s’accorde à qualifier d’hydro-impérialisme des pays d’aval, Égypte et Soudan.

Entre ces deux événements, la très longue histoire des relations internationales entre les riverains du Nil porte aujourd’hui encore l’empreinte de l’ex-empire britannique qui alla jusqu’à imposer aux autres pouvoirs coloniaux de la région de renoncer à tout aménagement sur le cours supérieur du fleuve.

À l’inverse, la Grande-Bretagne se lance dès la fin du 19e siècle sur territoire égyptien dans la construction de barrages principalement destinés à l’irrigation. Plus tard, elle fera de même au Soudan, ce qui irritera fortement les Égyptiens et aboutira en 1929 à un premier traité consacrant textuellement "les droits historiques" de l’Égypte sur les eaux du Nil, définissant des quotas de prélèvement précis pour le partage des eaux entre Égyptiens et Soudanais et ignorant totalement tous les autres pays d’amont.

En 1959, après le départ des puissances coloniales, ces quotas seront légèrement revus, compte tenu surtout des perspectives de construction du haut barrage d’Assouan. Mais grâce à ce traité, aujourd’hui dénoncé par les pays d’amont, l’Égypte gardera la main mise sur les eaux du fleuve.

C’est dire si les Égyptiens, histoire ancienne et moderne à l’appui, se comportent quasiment comme s’ils en étaient les uniques propriétaires, d’autant que le fleuve leur offre la presque totalité de leurs ressources hydriques. "La nervosité du gouvernement égyptien, note le spécialiste Larbi Bouguerra, est donc à la mesure de sa vulnérabilité. Toute annonce de projet lié au Nil dans un autre pays est dès lors considérée d’emblée comme un problème de sécurité nationale pour l’Égypte."

Pourtant, Le Caire n’a plus guère d’autre choix que de prêter l’oreille aux revendications venues des pays d’amont. Car la donne, à bien des points de vue, a considérablement changé. Pour leur développement agricole et énergétique, l’Éthiopie et les autres pays riverains ont besoin d’aménagements hydrauliques performants, eux qui par ailleurs subissent les aléas des changements climatiques.

Ce n’est pas pour autant la guerre de l’eau. Du moins pas pour le moment. Quand en 1999 ils ont lancé un partenariat régional sous l’étiquette de l’Initiative du Bassin du Nil, ses pays riverains avaient pour objectif d’assurer notamment une gestion optimale et durable de ses ressources en eau "afin d’assurer la prospérité, la sécurité et la paix pour toutes ses populations". Il dépend de la volonté politique de ces neuf États de faire en sorte que cet outil de coopération remplisse pleinement son rôle à la fois de valorisation du fleuve et de résolution des conflits. (bw)

Bibliographie sommaire

- Larbi Bouguerra et Olivier Petitjean, "Le partage des eaux du Nil : conflits et coopérations", sur le site partagedeseaux.net
- Eric Denis, art. "Le Nil", Encyclopaedia Universalis
- Marq de Villiers, "L’Eau", chap.XIII Le Nil, Actes Sud, 2000.

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Glossaire

  • Débâcle

    Dislocation soudaine de la couverture de glace d’un cours d’eau dont les blocs sont alors emportés rapidement par le courant. Lorsqu’il s’agit de la rupture d’une barrière naturelle de glace formant une retenue d’eau, on parle alors de vidange brutale de lac glaciaire (connue sous l’acronyme anglais de GLOF, “Glacial lake outburst flood”). Dans les deux cas, ce phénomène peut entraîner de graves inondations, voire des catastrophes.

Mot d’eau

  • « Et tous ces gens
    dans l’eau ... »

    “Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l’eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s’accrochent aussi fort qu’ils peuvent, mais à la fin c’est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c’est ce qui nous arrive, à nous.” (Kazuo Ishiguro, "Auprès de moi toujours", 2005)


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