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23 mai 2017.

Aqueduc et histoires d’eau dans la Nyon romaine

Exposition : "Ça coule de source"

Pendant une année, du 19 mai 2017 au 3 juin 2018, le Musée romain de Nyon (Vaud, Suisse) offre à ses visiteurs une occasion de mieux comprendre comment à l’époque romaine l’eau était gérée, consommée et utilisée. Il leur propose également, à partir des plus récentes découvertes archéologiques, une mise en scène du chantier de l’aqueduc construit aux alentours du 1er siècle après J.C. entre les sources de Divonne-les-Bains et la ville romaine de Nyon.

Pour illustrer le parcours de l’eau à cette époque, le Musée a collecté divers objets provenant de la région nyonnaise et de divers sites romains de Suisse : tuyaux, robinets, plaques de fontaines, gargouilles et autres éléments d’installations hydrauliques côtoient divinités liées à l’eau, monnaies et déversoirs. Autant d’éléments qui, également assortis de maquettes et d’installations originales, font découvrir comment les Romains s’efforçaient de trouver les meilleures réponses possibles à des questions qui sont encore et toujours d’actualité s’agissant de l’approvisionnement en eaux saines et l’évacuation des eaux usées.

C’est probablement au 1er siècle après J.C. que la colonie romaine Julia Equestris, peut-être pour alimenter ses bains thermaux, entreprit de s’approvisionner en eau du côté des sources de Divonne et de construire un aqueduc d’une dizaine de kilomètres pour l’acheminer jusqu’en ville. Son tracé souterrain à faible profondeur est assez bien connu depuis le 19e siècle. Mais ce n’est que très récemment, à Divonne-les-Bains puis surtout dans les alentours de Nyon, que les archéologues, profitant de réaménagements routiers et de projets immobiliers, ont pu explorer plusieurs tronçons de cet ouvrage.

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Reconstitution d’un tronçon
de l’aqueduc de Nyon
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Echelle 1:1. Réalisation : H.Lienhard, 2017.
(Photo aqueduc.info)

Grâce à ces fouilles éphémères, on en sait un peu plus sur les techniques de construction mises en œuvre à l’époque. Le canal, large d’environ 1.90 m pour 1.70 m de hauteur, constitué d’une maçonnerie de gros galets et de mortier, était enterré à quelque 50 cm sous le niveau du sol ; sa base était recouverte de dalles en terre cuite, ce qui facilitait la circulation de l’eau et assurait l’étanchéité du canal ; sa couverture était façonnée en forme de voûte et des regards de contrôle affleuraient la surface du terrain.

Il revenait d’abord aux topographes et aux géomètres de définir le tracé de l’aqueduc (10 km environ pour l’aqueduc nyonnais) et d’en calculer la pente avec une grande précision (0,8 % en moyenne pour l’aqueduc nyonnais, soit 8 mètres de dénivelé par kilomètre) de manière à ce que l’eau s’y écoule par gravité, sans trop ni trop peu de débit, sans risque d’érosion du canal ni de stagnation qui nuirait à la qualité de la ressource.

Le chantier proprement dit faisait appel à différents corps de métiers : des topographes et des géomètres pour en définir le tracé, des terrassiers pour creuser les tranchées, des charpentiers pour assembler les cintres de bois nécessaires au montage des voûtes, des tailleurs de pierre et des maçons pour le gros œuvre, et ici et là des tuiliers pour fabriquer les dalles de terre cuite garnissant le fond du canal.

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Maquette du chantier de construction de l’aqueduc de Nyon.
Echelle 1:20. Réalisation Hugo Lienhard, 2017 (Photo aqueduc.info)

Les archéologues ignorent encore où se situait précisément le point d’arrivée de l’aqueduc en ville de Nyon. Mais son "château d’eau" devait sans doute se trouver à son point le plus élevé, selon toute vraisemblance dans le quartier dit de La Muraz, de manière à garantir la meilleure répartition possible de l’eau dans les espaces publics comme dans les propriétés privées.

Mais, alors qu’aucune canalisation liée à la distribution d’eau n’a été retrouvée dans la cité, le réseau d’évacuation d’eaux usées, d’eaux de pluie et de ruissellement est par contre bien documenté. Plus grand que l’aqueduc, un collecteur principal, auquel tous les égouts n’étaient pas forcément reliés, traversait le forum et se déversait probablement dans le lac, mais il n’en existe pas de preuve archéologique.

Que dire de cette redécouverte d’un patrimoine invisible mais riche en enseignements de toutes sortes ? Sinon citer un spécialiste, Sextus Iulius Frontinus, qui à la fin du premier siècle, sous l’empereur Nerva, œuvra comme principal curateur des eaux de Rome et rédigea quelques précieux écrits notamment sur la gestion des aqueducs - (De aquaeductu urbis romae) – non sans quelque dédaigneuse fierté : "Aux masses si nombreuses et nécessaires de tant d’aqueducs, allez donc comparer des pyramides qui ne servent évidemment à rien ou encore les ouvrages des Grecs, inutiles, mais célébrés de partout !" (bw).

- Lire dans aqueduc.info l’interview de Corinne Sandoz, archéologue et commissaire de l’exposition : Les archéologues savent aussi raconter des histoires d’eaux, simplement.
- Voir aussi le clin d’eau : Sur les traces de l’aqueduc nyonnais




Infos complémentaires

Ultime vestige

Le dernier point d’observation de l’aqueduc de Nyon, en amont de la ville romaine, se situe dans le Parc des Mangettes. C’est un tronçon de quelques mètres de long, remis en valeur il y a une quarantaine d’années.
(© Musée romain de Nyon.)



Aujourd’hui, pour des raisons de sécurité, il est recouvert d’une grille métallique qui ne laisse pratiquement plus rien voir de son essai de restauration intérieure (photo aqueduc.info)





L’exposition

L’exposition temporaire "Ça coule de source", ouverte jusqu’au 3 juin 2018 au Musée romain de Nyon, installé dans les fondations de la basilique du forum au cœur de la vieille ville, est visible du mardi au dimanche de 10h à 17h (en hiver, l’après-midi seulement). La parution d’un catalogue est prévue pendant la durée de l’exposition.
- Pour en savoir davantage, consulter le site du Musée >

Activités diverses

Le Musée romain de Nyon s’est également associé à plusieurs partenaires pour offrir des regards nouveaux et complémentaires sur les questions liées à la gestion et aux usages de l’eau, hier et aujourd’hui. Il propose durant l’année de l’exposition toute une série d’activités diverses, visites guidées, animations ludiques, ateliers pédagogiques, table ronde scientifique, etc.
- Télécharger le programme sur le site du Musée >

Mots-clés

Mot d’eau

  • Nous n’avons pas de fleuves

    "Nous n’avons pas de fleuves, nous n’avons pas de puits, nous n’avons pas de sources ; seules quelques citernes, vides elles aussi, résonnent, et nous les adorons." (Georges Séféris, "Mythologies", 1935)

Glossaire

  • Piézomètre

    En hydrologie, un piézomètre est un dispositif qui permet, à partir du sol, d’avoir un accès direct à une nappe d’eau souterraine. Il s’agit d’un tube de forage par lequel on peut non seulement déterminer le niveau d’eau de la nappe et la réserve disponible, mais aussi prélever de l’eau pour analyser ses qualités physiques, chimique et biologiques. Ces différentes mesures, nécessaires pour exploiter un aquifère de manière durable, sont faites manuellement ou à l’aide de sondes automatiques.


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