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5 janvier 2017.

À Damas même, l’eau est aussi une arme de guerre

L’ONU dénonce les attaques contre les installations hydrauliques

Depuis le 22 décembre 2016, date à laquelle la vallée de la Barada, au nord-ouest de la capitale syrienne, est devenue après la chute d’Alep un nouveau champ de bataille entre forces gouvernementales et groupes rebelles, les cinq millions et demi d’habitants de Damas doivent se contenter d’un strict minimum d’eau potable ou en sont tout simplement privés. Cette subite pénurie tient au fait que deux tiers de l’approvisionnement en eau de la ville proviennent d’installations hydrauliques situées précisément dans cette zone enclavée et qui auraient été sérieusement endommagées "à cause des combats, ou à cause de sabotage, ou à cause des deux" dit-on à l’ONU. Qui rappelle que de tels actes sont à considérer comme de véritables crimes de guerre.

Presque aussitôt après l’ouverture de ce nouveau front de luttes armées dans les régions de Wadi Barada et Aïn al-Fijé, les autorités syriennes et les milieux proches du pouvoir avaient dénoncé "une attaque des terroristes contre toutes les sources d’eau potable qui approvisionnent Damas et ses environs" et accusé "les groupes armés" de les avoir contaminées au diesel. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme faisait quant à lui savoir que le régime avait commencé à bombarder ces mêmes régions pour faire pression sur les factions islamistes et les djihadistes et leur imposer un cessez-le-feu.

À qui faut-il donc imputer les attaques contre les installations d’approvisionnement en eau ? Lors d’une conférence de presse le 5 janvier 2017 au Palais des Nations à Genève, Jan Egeland, conseiller de l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, a estimé que c’était une question "extrêmement politisée et controversée" [1].

Est-ce dû aux combats ou à des bombardements, ou à des actes de sabotage de groupes armés de l’opposition ? "Il y a beaucoup d’allégations à ce sujet", déclare le diplomate norvégien : "Nous ne le savons pas vraiment, parce que nous n’avons pas pu y aller. Nous voulons aller là-bas, nous voulons enquêter sur ce qui s’est passé et avant tout restaurer l’eau. Saboter l’eau et en refuser l’accès est bien sûr un crime de guerre car ce sont les populations civiles qui la boivent et qui seront victimes de maladies hydriques et autres si elle n’est pas réhabilitée."

Deux jours plus tôt, à cette même question et à Genève toujours, Jens Laerke, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU [2], avait répondu que selon les équipes humanitaires engagées sur le terrain, il ne faisait guère de doute que les approvisionnements en eau avaient été délibérément ciblés, sans toutefois pouvoir en désigner les auteurs. L’ONU continue donc d’appeler toutes les parties au conflit à ne prendre en aucune manière pour cibles les infrastructures hydrauliques.

Sur le plan de l’action humanitaire, tant Jan Egeland que Jens Laerke ont rappelé que l’ONU avait déjà réhabilité et équipé plusieurs puits à Damas et dans ses alentours. Un tiers des besoins quotidiens en eau de la ville serait actuellement assuré et depuis le 22 décembre, ces puits constituent les seules sources d’approvisionnement pour la population de la capitale. Dès le début 2017, l’ONU a également lancé son propre transport d’eau potable par camions dans 50 écoles prioritaires et dans un certain nombre de secteurs agricoles proches de la ville. (bw)

P.S. – Trêve puis reprise des combats
Selon des informations relayées par les agences de presse, des techniciens de l’administration syrienne, suite à un accord passé entre le gouvernement et les rebelles, seraient arrivés le 13 janvier sur le site d’Aïn al-Fidja où se trouve la source qui alimente Damas en eau. Ils auraient pu ainsi évaluer les dégâts et procéder aux premiers travaux de réparation. Mais ils ont dû assez rapidement quitter les lieux après l’assassinat du médiateur chargé par le gouvernement de gérer la mise en œuvre de l’accord de désengagement, avec pour conséquence la reprise des combats pour le contrôle de la vallée de Wadi Barada.

Station de pompage sous contrôle de l’armée
Le 28 janvier 2017, la télévision d’État syrienne a annoncé que les forces gouvernementales avaient pris le contrôle dans la région de Wadi Barada de la station de pompage d’Aïn al-Fijé, installation-clef de l’alimentation en eau de la capitale. L’Observatoire syrien des droits de l’homme a plus tard confirmé l’information. Selon le gouverneur de Damas, Ala Ibrahim, qui s’est rendu sur place, les dégâts sont importants mais le pompage d’eau devrait bientôt reprendre.

L’armée de l’air syrienne
accusée de crime de guerre

Genève, 14 mars 2017
Dans un rapport soumis au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la Commission internationale indépendante d’enquête sur la Syrie a accusé l’armée de l’air syrienne d’avoir commis un "crime de guerre" en bombardant en décembre 2016 la source d’eau de Wadi Barada alimentant Damas et démenti qu’elle avait été contaminée par des forces de l’opposition. Elle a estimé que "l’avantage militaire obtenu grâce à l’attaque était excessivement disproportionné par rapport à l’impact qu’elle a eue sur la population civile".


- Sur le même sujet, voir l’article aqueduc.info : L’UNICEF et le CICR dénoncent l’usage de l’eau comme arme de guerre en Syrie (2 septembre 2015). Lire >

- Lire aussi "La guerre, l’eau et le droit - Ce qu’en disent plus particulièrement les Conventions de Genève" (aqueduc.info, À la Une, janvier 2017.



Notes

Mot d’eau

  • Eau de dents

    "À Suse, qui est une capitale perse, il est une toute petite source qui fait perdre les dents à ceux qui s’y sont abreuvés. On y a pareillement gravé une épigramme qui exprime l’idée suivante : cette eau est excellente pour se laver, mais de la boire ébranle les dents jusque dans leurs racines et les fait tomber." (Vitruve, architecte romain, 1er s. av. J.-C.).

Glossaire

  • Hydrolienne

    Turbine hydraulique mise en mouvement par un courant d’eau fluvial ou marin (marée) permettant de transformer son énergie cinétique en énergie mécanique puis électrique par le biais d’un alternateur. Installée sous la surface de l’eau ou posée dans le lit d’un cours d’eau ou sur un fonds marin, l’hydrolienne offre un potentiel énergétique supérieur à celui d’une éolienne.


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