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16 mars 2011.

À Amman, la journée de l’eau, c’est une fois par semaine

Soyons concrets. Une chose est de “célébrer” une fois l’an une (...)

Soyons concrets. Une chose est de “célébrer” une fois l’an une journée de l’eau, une autre de comprendre que ce genre d’expression peut avoir ici et là une signification quasi surréaliste. Exemple emblématique : en Jordanie, à Amman en particulier, le “jour de l’eau” désigne la journée où, une fois par semaine, la Water Authority of Jordan, c’est-à-dire le service national responsable de la gestion de l’eau potable, ouvre les robinets dans les quartiers.

C’est ce jour-là, explique Khadija Darmame, chercheure à l’institut Français du Proche-Orient et spécialiste de questions de développement social, “que l’on voit le linge étendu sur les balcons, que l’on fait appel aux femmes de ménage, que les jardiniers s’activent, que les gardiens d’immeubles nettoient à grands jets d’eau les voitures, les terrasses et les cages d’escaliers. Une mobilité de la main d’œuvre liée à l’eau se fait de quartier en quartier, structurant une partie de l’économie de la ville.” Une telle journée, qui postule son lot de préparatifs, ne va pas sans inquiétudes : “l’eau arrivera-t-elle au jour prévu pour le quartier ? À quel moment durant la nuit ? La pression sera-t-elle suffisante ?”

Une enquête menée en 2007 a montré que les trois quarts des familles organisaient leur vie et leurs activités en fonction de l’arrivée de l’eau et que l’organisation des tâches ménagères était extrêmement tributaire du rythme d’ouverture des robinets. “La journée de l’eau est la journée internationale du linge sale et du nettoyage du matin au soir”, note un enquêteur. Qui plus est journée de la femme, car c’est elle, précise Khadija Darmame, “qui gère la pénurie d’eau et l’intermittence au sein du ménage. Quand la pression est faible, les femmes veillent afin de s’assurer que le réservoir est bien alimenté. C’est une tâche très contraignante et exténuante, notamment pour celles qui travaillent.”

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Les toits d’Amman : paraboles, panneaux solaires et réservoirs d’eau
(© D.Bajurin-Fotolia.com)

Comment en est-on arrivé là ? La Jordanie, paradoxalement, dispose d’un réseau de raccordement extrêmement développé, proche d’une couverture totale. Mais ce n’est pas parce qu’il y a un robinet (et un compteur) que l’eau est disponible continuellement. Dès 1987, la Water Authority of Jordan, pour cause de pénurie et de déficit hydrique chronique, a décidé de pratiquer une politique de rationnement et de distribution d’eau par intermittence, une fois par semaine. Cela oblige les familles à stocker l’eau dans des réservoirs installés dans les cours des immeubles, dans les jardins et sur les toits. Mais tout cela coûte cher et réclame de l’entretien, sans parler des risques sanitaires. Pour les ménages à bas revenus, il n’y a souvent pas d’autre issue que de recourir à des moyens de fortune et de capacité réduite, tels des jerricans. Et si l’eau vient à manquer, il faut alors s’en procurer auprès de revendeurs privés et à des prix évidemment plus chers, voire, parfois, acheter de l’eau en bouteilles. De quoi retomber dans cet abominable cercle vicieux : la pauvreté empêche d’avoir accès à l’eau et le manque d’eau aggrave la pauvreté. (bw)


Informations et citations extraites de
- Accéder à l’eau dans un contexte de rationnement de l’offre. Cas de la ville d’Amman en Jordanie, par Khadija Darmame, in Il y a loin de la coupe aux lèvres, Éditions Charles Léopold Mayer. 2010
- Gestion de la rareté de l’eau à Amman : rationnement de l’offre et pratiques des usagers, par Khadija Darmame et Rob B. Potter, in Usages et régulations des eaux urbaines, Revue ‘espaces et sociétés’, N°139 / 4 / 2009




Infos complémentaires

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L’eau pour les villes : répondre au défi urbain

Le thème retenu cette année pour la traditionnelle Journée mondiale de l’eau a pour but d’attirer l’attention du grand public comme des décideurs sur les défis de la gestion de l’eau dans les villes, ainsi que sur les impacts qu’exercent sur les réseaux d’eau urbain la croissance urbaine rapide, l’industrialisation, les changements climatiques, les conflits et les catastrophes naturelles.

Les Nations Unies rappellent à ce propos que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité la majorité de la population vit dans des villes, que les bidonvilles, toujours en extension, représentent 38% de cette croissance, tandis que la croissance de la population urbaine prend de vitesse le développement des infrastructures.

- Site de la Journée mondiale de l’eau
(principalement en anglais)


:: La Journée mondiale de l’eau 2011 dans aqueduc.info

- L’eau pour les villes : répondre au défi urbain
- Gérer l’eau des villes. À Lausanne, par exemple
- “L’eau de poche” des entreprises publiques européennes
- L’eau des villes en Afrique : une affaire de volonté politique

Mots-clés

À paraître

Glossaire

  • Débâcle

    Dislocation soudaine de la couverture de glace d’un cours d’eau dont les blocs sont alors emportés rapidement par le courant. Lorsqu’il s’agit de la rupture d’une barrière naturelle de glace formant une retenue d’eau, on parle alors de vidange brutale de lac glaciaire (connue sous l’acronyme anglais de GLOF, “Glacial lake outburst flood”). Dans les deux cas, ce phénomène peut entraîner de graves inondations, voire des catastrophes.

Mot d’eau

  • « Et tous ces gens
    dans l’eau ... »

    “Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l’eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s’accrochent aussi fort qu’ils peuvent, mais à la fin c’est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c’est ce qui nous arrive, à nous.” (Kazuo Ishiguro, "Auprès de moi toujours", 2005)


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