AccueilInfosArrêts sur infos

16 mars 2021.

Protéger le climat
pour protéger l’eau

La Suisse face à ses scénarios hydrologiques

La Suisse a beau être l’un des pays européens les plus riches en eau, les impacts des changements climatiques sur ses ressources hydriques y sont d’ores et déjà largement perceptibles. Et si elle ne prend pas des mesures efficaces pour freiner le rythme spectaculaire de cette tendance, ses eaux subiront de profonds bouleversements, avec des répercussions désastreuses sur leur écologie et leur gestion. À l’inverse, si le réchauffement mondial est contenu en dessous de 2 °C, comme le préconise l’Accord de Paris de 2015, nombre de ces mutations pourront être évitées, et l’adaptation aux changements climatiques sera plus facile et moins coûteuse. C’est la conclusion à laquelle sont parvenus les scientifiques suisses qui, sous l’égide de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), viennent de rendre publics différents scénarios hydrologiques, assortis d’analyses des conséquences sur la façon de gérer les ressources en eau et de recommandations pour une meilleure adaptation aux changements climatiques. [1]

PNG - 74.7 ko
Couverture du rapport de synthèse du projet Hydro-CH2018 :
« Il n’existe aucun doute sur le type de changements climatiques
et hydrologiques à venir ni sur la direction qu’ils prendront, mais
des incertitudes persistent quant à l’ampleur des phénomènes. »

« Il est essentiel de disposer d’une politique climatique efficace pour les eaux, écrit Katrin Schneeberger, directrice de l’OFEV, dans la préface de la brochure qui reprend l’essentiel du rapport rédigé par les experts du projet Hydro-CH2018. La société et l’économie doivent s’adapter aux nouvelles conditions climatiques tout en tenant compte de la nature. Le succès de cette adaptation aux changements climatiques dépend de la résilience des eaux qui pourrait, dans une certaine mesure, atténuer l’ampleur des défis à venir. » Ces défis sont d’autant plus grands que les demandes en eau ne cessent d’augmenter pour répondre à toutes sortes de besoins : eau potable, irrigation, force hydraulique, usages thermiques, loisirs et tourisme, etc.

Le Projet Hydro-CH2018 est l’un des éléments prioritaires de la stratégie fédérale d’adaptation au changement climatique. Un premier rapport, publié en 2018 [2], avait mis en évidence les changements principaux qui caractériseront le climat en Suisse au milieu du 21e siècle. Une nouvelle étape est franchie avec cette fois-ci une évaluation des possibles répercussions de ces mutations sur les ressources en eaux, leur gestion et leurs usages. Ce travail a été mené sous l’égide de l’OFEV et du réseau fédéral des services climatiques (NCCS) [3], l’instance fédérale en charge de l’hydrologie et des eaux, en collaboration avec quinze instituts suisses de recherche.

Le rapport de synthèse de ces recherches montre que les impacts des changements climatiques sur les eaux suisses seront bien plus importants que ce que les hypothèses laissaient supposer jusqu’à présent. À la fin du siècle et sans une meilleure protection du climat, les débits des rivières seraient en moyenne 30 % plus élevés en hiver et 40 % plus bas en été. Les températures des cours d’eau pourraient augmenter d’environ 5,5 °C en été. Certes la loi révisée sur le CO2 prévoit d’ores et déjà un certain nombre de dispositifs qui devraient avoir un effet modérateur sur les tendances actuelles, mais, compte tenu des incertitudes qui subsistent dans ce domaine, d’autres mesures devront sans aucun doute être prises dans le domaine de la gestion de l’eau afin de réduire davantage encore les risques et dangers potentiels liés au réchauffement.

LES PRINCIPAUX MESSAGES-CLÉS

- La neige et les glaciers perdront progressivement
de l’importance dans le régime des eaux suisses.

Avec l’augmentation des températures, la contribution de l’eau provenant de la fonte de la neige et de la glace aux débits des rivières continuera de baisser, entraînant une modification de la distribution saisonnière : à l’avenir, les cours d’eau charrieront davantage d’eau l’hiver et moins l’été. Cependant, la quantité annuelle ne diminuera que très peu. Il faut s’attendre aussi à une augmentation du renouvellement des eaux souterraines en hiver, mais à une diminution de ce renouvellement en été et en automne.

- Les ressources en eau se raréfieront au niveau régional
en raison de la sécheresse en été et en automne.

Du fait de la diminution des quantités d’eau de fonte et du recul des précipitations ainsi que d’une augmentation à la fois de la fréquence et de la durée des périodes de sécheresse, les fleuves, rivières et ruisseaux charrieront durant l’été une quantité d’eau plus faible. De plus, l’évapotranspiration augmentera, ce qui entraînera une baisse des quantités d’eau disponibles en été. Les périodes de sécheresse seront plus fréquentes et dureront plus longtemps alors même que les besoins en eau de la nature et de la société augmenteront. Pendant ces événements extrêmes, certaines régions pourront connaître des pénuries d’eau temporaires.

- Les dangers naturels tels que les crues, les inondations
et les glissements de terrain augmenteront.

L’accroissement de la fréquence et de l’intensité des fortes précipitations combiné à l’élévation de l’isotherme du zéro degré accentuera les crues, les glissements de terrain et les inondations. Dans les régions de haute altitude, les glaciers s’amenuiseront et le sous-sol fondra progressivement. Il s’ensuit que des événements tels que les chutes de pierres, les glissements de terrain et les laves torrentielles deviendront plus probables.

- L’augmentation des températures des eaux menacera
la diversité biologique dans les eaux et à leurs abords.

L’utilisation intensive et les vastes aménagements des eaux ainsi que les apports de polluants affectent de nombreux animaux et de nombreuses plantes vivant dans ou au bord de l’eau. Les changements climatiques entraînent une augmentation des températures de l’eau et une modification des débits, ce qui représente une charge pour les eaux. La diversité biologique dans et aux abords des eaux diminuera.

- En raison des changements climatiques, il faut revoir l’ensemble
des utilisations de l’eau et planifier les ressources en eau au niveau régional.

Il s’agira d’équilibrer les différents usages de l’eau et de prévenir toute surcharge des écosystèmes. Cela signifie qu’il faudra définir des priorités quant aux différentes utilisations pendant les périodes où l’eau se fait rare. L’approvisionnement en eau potable, l’irrigation, la production d’électricité, la production de chaleur et le refroidissement atteindront parfois leurs limites. D’autre part, les ressources suisses en eau gagneront encore en importance pour les pays limitrophes. Leur exploitation nécessitera une étroite coopération internationale.

- Il est nécessaire de renforcer les fonctions naturelles des eaux
afin que celles-ci puissent s’adapter aux changements climatiques.

Les eaux écologiquement intactes et proches de leur état naturel résistent mieux aux changements climatiques et répondent également mieux aux diverses exigences sociétales. C’est pourquoi il faut conserver ou restaurer l’état naturel des ruisseaux, des fleuves et des rivières, des lacs et des eaux souterraines. Il est par ailleurs nécessaire de mieux protéger encore les ressources en eau contre les prélèvements excessifs et contre les contaminations par des polluants et des engrais.

Gagnants et perdants des écosystèmes aquatiques

« Les changements climatiques renforcent le stress auquel les écosystèmes aquatiques sont d’ores et déjà exposés. De nombreuses espèces ne peuvent pas s’adapter à l’élévation de la température de l’eau, ou seulement de façon limitée. D’autres transformations telles que l’exondation de tronçons de cours d’eau ou la modification de la stratification lacustre sont susceptibles de perturber l’équilibre des écosystèmes. De plus, la propagation des espèces envahissantes est favorisée. »

PNG - 110.2 ko
Graphisme et texte explicatif extraits du rapport de synthèse du Projet Hydro-CH2018



Notes

[1Effets des changements climatiques sur les eaux suisses. Hydrologie, écologie et gestion des eaux. Office fédéral de l’environnement, Connaissance de l’environnement no 2101 : 134 p. Ce rapport de synthèse est disponible au téléchargement sur le site de l’OFEV, de même que son résumé publié sous forme de brochure (28 pages). C’est de cette brochure que sont extraits les six messages-clés figurant dans cet article.
- Voir l’étude commandée par l‘OFEV dans le cadre du projet Hydro-CH2018 et publiée conjointement par la Société suisse d’hydrologie et de limnologie (SSHL) et la Commission suisse d’hydrologie (CHy) de l’Académie suisse des sciences naturelles (SCNAT) : « Auswirkungen des Klimawandelsauf die Wasserwirtschaft der Schweiz » (disponible sur le site de la SCNAT, en allemand, avec de brefs résumés en français et en italien).
- Voir aussi sur youtube la présentation vidéo
des scénarios hydrologiques Hydro-CH2018 (2:43).

[2Voir l’article aqueduc.info : Climat en Suisse : les scénarios se précisent
(13 novembre 2018).

[3Le National Centre for Climate Services (NCCS) est un réseau créé par la Confédération en 2015 pour coordonner l’élaboration, la mise en commun et la mise en réseau de services climatiques. Il sert d’interface entre les producteurs et les utilisateurs, il promeut le dialogue et le développement conjoint de ces services, axé sur les besoins des utilisateurs.

Mots-clés

Glossaire

  • Ablution

    Dans le vocabulaire des religions, l’ablution est un rite de purification du corps, par immersion totale ou par aspersion, pratiqué individuellement ou collectivement dans des situations particulières, notamment après un contact avec des choses jugées impures ou avant un acte religieux comme la prière. Fréquente dans le judaïsme et l’Islam, mais aussi dans le bouddhisme, l’hindouisme et le shintoïsme, l’ablution rituelle a pratiquement disparu de la liturgie chrétienne.

Mot d’eau

  • Longer les fleuves

    « J’aimais les chemins en bordure des fleuves. Aller avec le courant de leur eau et sentir leur respiration au gré de la marche. Les fleuves vivaient. Ils avaient fait les villes. Au cours des dizaines de milliers d’années, ils avaient usé les montagnes, transporté les terres, comblé les mers, puis fait pousser les arbres. Depuis le début des temps, les villes leur appartenaient, et sans doute ne cesseront-elles jamais de leur appartenir. » (Haruki Murakami, "La course au mouton sauvage", 1982)


Contact Lettre d'information