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9 décembre 2020.

« H2O : l’eau, la vie et nous »

Film documentaire en trois épisodes :
“Pulsations - Civilisations - L’urgence”

Regardez le monde de près, vous verrez de l’eau dans tout ce qui vit. Cette conviction fondamentale est au cœur de la série documentaire « H2O : l’eau, la vie et nous » proposée par les réalisateurs américains Nicolas Brown et Alex Tate et la narratrice Kelly McEvers et dont la version française a été récemment diffusée sur la chaîne culturelle Arte et reste visible sur son site quelques semaines encore. Son titre original est encore plus explicite : « H2O : The Molecule that Made Us ». La molécule d’eau a façonné le destin de l’humanité, mais aujourd’hui plus que jamais il ne faut surtout pas la regarder comme un bien définitivement acquis. [1]

Le film s’articule autour de trois grands axes comme autant d’épisodes complémentaires. 1. Pulsations : le cycle de l’eau relie toutes les formes de vie et lui permet de se perpétuer ; c’est un peu comme les rythmes du cœur dont les pulsations renseignent sur l’état de la planète. 2. Civilisations : les plus brillantes sociétés humaines se sont développées au bord des grands fleuves, mais cette proximité va de pair avec les risques d’une dépendance qui désormais ne semble avoir plus aucune limite. 3. L’urgence : la pollution des fleuves et des océans, la surexploitation des nappes souterraines et les sécheresses à répétition liées au réchauffement planétaire génèrent de plus en plus de crises et de conflits révélateurs de l’émergence d’un nouvel ordre mondial plein d’interrogations.

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Le Pantanal, dans la région du Mato Grosso brésilien, est la plus grande zone humide
de la planète, alimentée par les "rivières volantes" (lire ci-dessous). Ce territoire
d’une superficie de quelque 187’000 km2, est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Ce sanctuaire de biodiversité abrite la plus riche collection de plantes aquatiques au monde
et la plus grande concentration d’animaux sauvages d’Amérique du Sud. Mais c’est aussi
un territoire menacé : en octobre 2020, le Pantanal a connu un nombre record d’incendies.
[ Les trois photographies de cette page sont extraites du film « H2O : l’eau, la vie et nous » © Arte 2020 ]
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Cette trilogie emmène son auditoire sur tous les continents avec une abondance d’images toujours superbes, souvent spectaculaires. Elle donne la parole à une belle brochette de chercheurs et d’experts dans un vaste éventail de disciplines scientifiques : de l’origine de l’eau sur la Terre jusqu’aux solutions d’approvisionnement trouvées par les New-Yorkais en passant par l’inondation nullement légendaire qui a durablement marqué la culture chinoise, ces scientifiques racontent, révèlent et expliquent, chacun à sa manière, l’une ou l’autre de ces histoires naturelles ou odyssées humaines qui disent toutes la relation intime et primordiale entre la vie et “la molécule qui nous a faits”. En voici quelques-unes, sous forme de flashes, et en guise d’invitation à voir, sinon à revoir « H2O : l’eau, la vie et nous ».

RIVIÈRES VOLANTES
L’agronome brésilien Antonio Nobre aime écouter l’eau qui monte dans le tronc des arbres de la forêt amazonienne. Avec ses collègues chercheurs, il a pu mesurer que 400 milliards d’arbres pompent chaque jour 20 milliards de tonnes d’eau qui ensuite s’évaporent dans l’atmosphère, se condensent autour de fines particules de poussière et finissent par se déplacer dans le ciel comme de véritables rivières volantes. Au-dessus de l’Amazonie, c’est un véritable fleuve aérien qui circule et s’en va bien loin vers le sud pour déverser ses pluies sur les prairies du Mato Grosso qui sans cela ressembleraient sans doute à de vastes espaces désertiques. Mais ailleurs d’autres forêts tropicales partagent aussi le même pouvoir de façonner le climat mondial.

LIBELLULES GLOBE-TROTTERS
L’eau est le moteur des migrations animales. Grands troupeaux et petits insectes se déplacent au rythme du pouls de l’eau. En Afrique de l’Est, les gnous suivent les pluies qui arrosent le Parc du Serengeti. Les oies des neiges du Grand Nord canadien ont pour habitude d’aller passer des hivers plus doux dans les régions marécageuses des côtes américaines de l’Atlantique et du Pacifique. Des millions de libellules globe-trotters font encore mieux et battent tous les records : de l’Inde, elles suivent les moussons qui traversent l’Océan Indien et colonisent les marigots africains, leurs nymphes s’attaquent aux larves de moustiques et atteignent rapidement l’âge adulte, et cet aller-retour de 16’000 kilomètres entre deux continents ne peut se faire que sur plusieurs générations d’insectes. Ces libellules dévoreuses de moustiques sont évidemment très efficaces contre le paludisme, explique le biologiste américain Charles Anderson, qui n’ose pas imaginer ce qui se passerait en Afrique si les agriculteurs indiens décidaient de les éradiquer à coup d’insecticides.

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Au Mexique, les cénotes sont des puits naturels, remplis d’eau et parfois très profonds,
dissimulés dans la forêt. Camila Jaber entretient une relation toute particulière
avec ces eaux souterraines. Elle y pratique la plongée libre, en apnée :
« Quand j’étais petite, je plongeais déjà dans les cénotes et j’y retournais très souvent.
Dans la culture maya, c’était une porte d’entrée vers un autre monde, celui des âmes.
On y faisait des sacrifices pour demander de la pluie aux dieux. C’était un lieu sacré. »

BIPÈDE GRÂCE À L’EAU ?
Spécialiste de l’évolution humaine, Richard Wrangham a sa petite idée sur la manière dont nos ancêtres arboricoles, il y a six millions d’années, ont appris à marcher sur leurs deux jambes. Il faut dire que c’est une question encore très controversée. Mais, dit l’anthropologue anglais en observant les déplacements de chimpanzés nains en République démocratique du Congo, c’est nettement moins fatigant de chercher de la nourriture dans la rivière que sur terre : “Dans l’eau, on est porté à bout de bras, les contraintes physiques sont beaucoup moins importantes. C’est un merveilleux argument écologique pour expliquer comment nous sommes devenus bipèdes. Nous venons d’un singe qui marche et patauge dans l’eau. C’est peut-être la pièce manquante du puzzle … L’eau a joué un rôle déterminant dans l’évolution de notre façon de marcher, unique en son genre.”

LE NILOMÈTRE, PREMIER OUTIL DE MESURE DES FLEUVES
Avant qu’il ne soit endigué, le Nil pouvait inonder de vastes zones et en se retirant laissait derrière lui “un tapis de terre fertile qui a nourri la première grande civilisation du monde”. Et si pendant trois millénaires les Égyptiens ont jadis réussi à gérer magnifiquement les flux et reflux de ce fleuve pas comme les autres, c’est grâce à une technologie de leur invention : le nilomètre. Entendez par là un escalier taillé dans la roche jusqu’en-dessous du niveau d’étiage du fleuve. Les échelles de mesure gravées dans la pierre étaient graduées en coudées, paumes et doigts. Par le biais de cet outil d’une extraordinaire précision et des données relevées au fil des siècles, raconte Giulio Boccaletti, expert en gestion durable de l’eau, il était possible non seulement de mieux gérer l’irrigation, mais aussi de prédire de mauvaises récoltes et d’anticiper les famines. Il faut dire qu’à cette époque l’Égypte était capable de fournir beaucoup plus de nourriture que ce dont sa population avait besoin. Plusieurs raisons expliquent l’effondrement de cette civilisation, mais on sait aussi qu’il a coïncidé avec de graves sécheresses qui avaient duré plus longtemps que prévu.

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« Il n’y a pas de meilleur endroit que l’Arizona pour observer la transformation
des paysages par l’eau. À une centaine de kilomètres à l’est de Phoenix, dans le désert,
on peut voir des pompes du XXIe siècle en pleine action et à une échelle inimaginable.
Chacun de ces cercles est irrigué par un système à pivot central. Il puise dans des réservoirs
qui se sont constitués dans le sol pendant des dizaines de milliers d’années jusqu’à ce
qu’on les atteigne avec de longs tuyaux. Ce sont des cercles parfaits au milieu de nulle part.
Cela n’est possible que parce qu’on a appris à forer en profondeur pour chercher de l’eau.
On est là en train peut-être d’accumuler une dette qu’il faudra bientôt rembourser. »
(Commentaire extrait du film, épisode 2)

L’EFFET DOMINO DES SÉCHERESSES
C’est aux sécheresses d’aujourd’hui que s’intéresse Troy Sternberg. Pour ce géographe de l’Université d’Oxford, la mondialisation a aussi pour conséquence de globaliser les événements locaux. À preuve, la série de sécheresses qui en une décennie s’est répercutée sur la planète comme dans un jeu de dominos. Une sécheresse qualifiée de milléniale en Australie, puis une autre tout aussi calamiteuse en Chine et une troisième encore en Russie : ces événements climatiques ont bouleversé la donne sur le marché mondial des céréales. La production a tourné au ralenti, les exportations ont été freinées, la spéculation s’est installée. Tout cela a entraîné une flambée des prix notamment au Proche-Orient et en particulier en Égypte, grand importateur de blé, et suscité les “émeutes de la faim” qui ponctuèrent le printemps arabe. Certes ces événements ont eu de multiples causes, mais la sécheresse et la pénurie d’eau en faisaient partie. On sait ce qui s’est passé en Syrie et comment les révoltes se sont traduites en exodes massifs. C’est le même effet domino qui, selon Troy Sternberg, s’est ensuite abattu sur l’Occident et qui explique pourquoi, par crainte d’un afflux de réfugiés et sur fond de campagnes politiques sur le thème de l’immigration, un pays comme le Royaume-Uni a voté le Brexit et Donald Trump a pu être élu à la présidence américaine. La morale de l’histoire, c’est que désormais “dans notre monde globalisé et interconnecté, aucun pays ne peut se permettre d’ignorer l’eau et le climat”.

Bernard Weissbrodt



Notes

[1« H2O : l’eau, la vie et nous »
Film documentaire en trois épisodes de 52 minutes :
“Pulsations - Civilisations - L’urgence”.
Série réalisée par Nicolas Brown et Alex Tate, et racontée par Kelly McEvers.
- Ce programme est disponible jusqu’au 26 janvier 2021 sur la chaîne Arte
en vidéo à la demande ou en DVD. Voir >

La version originale « H2O : The Molecule that Made »
a été produite par GBH, station de télévision non-commerciale éducative basée à Boston (USA).
- Voir le site officiel du film >

Mots-clés

Glossaire

  • Bon état des eaux

    Une eau de surface ou souterraine est dite “en bon état” si elle remplit en même temps deux critères : 1. le “bon état chimique” qui doit être conforme aux normes fixant le degré maximal de concentration de substances polluantes ; 2. le “bon fonctionnement écologique”, qui doit être le moins possible impacté par des activités humaines. On parle de bon état quantitatif lorsque les prélèvements d’eaux souterraines ne dépassent pas leur capacité de renouvellement et ne menacent pas l’approvisionnement naturel des écosystèmes aquatiques de surface.

Mot d’eau

  • Clapotis vénitiens

    « On ne percevait que le bruit des rames retombant en cadence et le clapotis des vagues fendues par l’avant de la barque qui se dressait au-dessus de l’eau, noir, raide et taillé en hallebarde à son extrême pointe – et pourtant autre chose encore se faisait entendre, une voix mystérieuse … C’était le gondolier qui murmurait, parlait tout seul entre ses dents, à mots entrecoupés, entre deux coups de rame. » (Thomas Mann, La mort à Venise, 1912).


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