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19 août 2011.

Vous avez plongé tout l’été ? Eh bien, étudiez maintenant !

ÉDITO AOÛT 2011 L’exploration scientifique des profondeurs du (...)

ÉDITO AOÛT 2011

L’exploration scientifique des profondeurs du Léman, très médiatisée de par l’engagement de deux mini-sous-marins russes Mir, s’est achevée le 19 août par une 96e et ultime plongée. Pendant deux mois, œuvrant sur 16 projets, une cinquantaine de chercheurs, venus de différents pays et spécialisés dans diverses disciplines, ont profité des outils de pointe mis à leur disposition. Ils ont ainsi récolté de nombreux échantillons d’eau et de sédiments et enregistré une multitude de données aussi variées et précises que possible.

Commence désormais, bien moins spectaculaire, un long, patient et pointilleux travail d’analyse et d’interprétation de cette volumineuse masse de matériaux palpables ou chiffrés, avec l’évident espoir qu’ils livreront les clés d’une meilleure compréhension non seulement des phénomènes physiques, géologiques, chimiques et biologiques qui font la richesse de ce vaste réservoir de vie aquatique, mais aussi l’impact qu’ont sur sa santé les diverses activités humaines des populations de son bassin versant.

Les chercheurs du programme ‘elemo’ s’étaient principalement donné trois objectifs correspondant à trois zones de plongée des deux submersibles Mir, c’est-à-dire mieux connaître :
- les fameux ‘canyons sous-lacustres du Rhône’, ces longues et profondes formations géologiques engendrées au fil du temps par le fleuve en aval de son embouchure ;
- les fonds et les très basses eaux du milieu du lac, là où, à quelque 300 mètres de profondeur, subsistent de nombreux points d’interrogation quant aux dépôts de sédiments et aux courants aquatiques ;
- l’impact des micropolluants et autres produits de l’industrie chimique sur la qualité des eaux du lac et sur la faune aquatique, en particulier dans la zone proche des rives très peuplées de la région lausannoise.

Ces thèmes de recherche n’ont rien d’abstrait : mieux comprendre comment se comportent les eaux du Léman en fonction des saisons, des variations de température, des vents qui l’agitent, des sédiments déversés par ses affluents, de la présence ou non, à différents niveaux, de gaz à effet de serre (CO2 et méthane), tout cela devrait fournir de précieuses indications sur les interactions entre l’écosystème lémanique et le climat dont on mesure déjà certains effets du réchauffement.

Disposer d’informations plus précises et mieux documentées sur les différents paramètres de qualité des eaux et sur la diffusion de la pollution devrait permettre aussi de mieux cibler les zones qu’il convient de protéger en priorité. Il y va, à long terme, de la qualité de vie des populations riveraines pour qui le lac constitue de plus en plus la principale source d’approvisionnement en eau potable.

Il faudra donc attendre plusieurs mois, peut-être quatre ou cinq ans - pour certains chercheurs le temps d’un travail de doctorat - avant que les résultats scientifiques de cette exploration des eaux du Léman ne soient publiés dans des revues spécialisées ou apparaissent dans l’un ou l’autre ouvrage de vulgarisation grand public. Après quoi, il appartiendra aux autorités et administrations compétentes d’en extraire des conclusions et des directives concrètes pour une meilleure gestion du lac. Mais, faut-il le rappeler ?, poser un diagnostic est une chose, porter remède en est une autre.

Des organisations comme la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL) ou l’Association pour la sauvegarde du Léman (ASL) trouveront sans doute aussi dans ces recherches et dans leurs résultats de nouveaux arguments pour la poursuite des actions qu’elles mènent depuis plusieurs décennies, non sans succès, afin que les eaux de ce lac retrouvent leur meilleure qualité possible après avoir subi les pollutions que l’on sait à la fin des années 1970.

« Ce n’est pas parce que le Léman va mieux qu’il est guéri », expliquait l’an dernier Bernard Lachavanne, président et co-fondateur de l’ASL, à l’occasion des 30 ans de cette association. « Ne nous voilons pas la face. Démographie, évolution du climat et impacts de pollutions encore méconnues donc mal maîtrisables constituent les enjeux majeurs de demain en termes de gestion des eaux ! »

Bernard Weissbrodt


P.S. Pour la petite histoire, on notera aussi que les chercheurs, lors d’une plongée effectuée le 14 juillet au large de Vevey, ont découvert à 220 mètres de profondeur l’épave d’une embarcation d’une trentaine de mètres de long. Après enquête, le quotidien ’24 Heures’ a conclu qu’il pourrait s’agir d’un chaland, coulé en 1909, alors qu’il transportait des pierres vers le port de Paudex. Une épave qui s’ajoute à la soixantaine d’autres recensées à ce jour dans les eaux du Léman.




Infos complémentaires

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Photo © Jean-Marc Blache

:: Un programme international

Coordonné par l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) avec la participation d’une dizaine d’instituts de recherche suisses, français, britanniques, russes et américains, le programme ‘elemo’ avait pour principaux partenaires la société Ferring Pharmaceuticals, dont le siège international est basé à Saint-Prex, commune riveraine du Léman, et le Consulat de Russie à Lausanne grâce à qui les chercheurs ont pu disposer des deux submersibles MIR.

- Le site officiel du projet ‘elemo’ - Exploration des eaux lémaniques

- Voir aussi dans aqueduc.info : Des mini-sous-marins russes pour explorer le Léman (article du 1er mars 2011)


:: Le Léman raconté par les sciences

Durant les mois de juillet et d’août 2011, le journal ‘Le Temps’ a publié une série de huit articles consacrés au Léman, au cœur de l’actualité puisque, au même moment, des équipes de chercheurs s’adonnaient à une nouvelle exploration des profondeurs du lac. Une occasion saisie par le quotidien pour proposer à ses lecteurs de rafraîchir leurs connaissances de cette immense étendue d’eau douce. > Liens


:: Un utile matériel pédagogique

On trouvera sur le site du programme ‘elemo’ une série de fiches pédagogiques destinées à des élèves de 7ème, 8ème et 9ème années mais pouvant être adaptées à d’autres publics. Chaque fiche de classe est accompagnée d’une fiche guide pour les enseignants donnant des informations sur les niveaux de difficultés, les thèmes du plan d’étude et des corrigés des exercices.

Mots-clés

Mot d’eau

  • Contempler l’eau

    “Je ne connais pas d’occupation plus totale de soi que de contempler l’eau, surtout l’eau mi-morte. À la fois plaisir et souffrance, divertissement de chaque minute et ennui compact des heures, plénitude et vide ; on vit avec une profonde et sourde intensité en même temps qu’on se détache et s’oublie, on se pétrit et on se délite dans une contradiction dont on ne cherche pas la clé, et il y en a certainement une, mais inutile. À quoi bon comprendre ?” (Alexandre Arnoux, “Rhône, mon fleuve”, 1967)

Glossaire

  • Porosité, perméabilité

    Les deux mots ne doivent pas être confondus car une roche poreuse (un grès par exemple) peut être perméable ou imperméable. On parle de la porosité d’un milieu, d’un sol ou d’une roche lorsqu’ils comportent des pores, c’est-à-dire des vides et des interstices de petite taille parfois microscopique. Le calcul de la porosité permet d’évaluer la capacité de stockage d’un milieu. On parle de perméabilité d’un milieu lorsqu’il est apte non seulement à se laisser pénétrer par un fluide, mais également à être complètement traversé par lui.


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