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23 mars 2004.

Virage à 180° du Conseil mondial de l’eau ?

Dans une interview exclusive publiée le 22 mars par le quotidien (...)

Dans une interview exclusive publiée le 22 mars par le quotidien québécois "Le Devoir", William Cosgrove, annonce que le Conseil mondial de l’eau qu’il préside serait désormais prêt à mettre son poids dans la balance pour que l’ONU reconnaisse l’accès à l’eau comme un droit fondamental et qu’on le balise par une charte. Ce qui, commente le journal, constituerait un "virage idéologique majeur" dans la philosophie de cette organisation.

Le Canadien William Cosgrove ne dit pas comment le Conseil mondial de l’eau - que les milieux altermondialistes décrivent volontiers comme le fer de lance des multinationales de l’eau et des promoteurs de la privatisation des services publics - a pu ainsi troquer sa philosophie de l’eau-marchandise contre une logique de droit fondamental. Mais le constat du fossé qui visiblement s’élargissait entre son organisation et la base militante de la société civile n’y est sans doute pas étranger.

Un droit fondamental, une responsabilité publique prépondérante

Les principes désormais avancés par William Cosgrove ("ce que je vous dis n’est pas une opinion personnelle, mais c’est désormais la position du Conseil mondial de l’eau") se résument ainsi, tels que retranscrits sous la signature du journaliste Louis-Gilles Francoeur :

  • "l’accès à l’eau est un droit fondamental et les gouvernements ont la responsabilité d’en assurer l’accès à tous" ;
  • la "gestion de l’eau doit être une responsabilité publique prépondérante", et ses modalités de gestion et de financement doivent reconnaître que le droit d’accès à tous fait une "obligation de conserver la ressource" aux gestionnaires et utilisateurs ;
  • la gestion de l’eau par les pouvoirs publics doit reconnaître aux collectivités le pouvoir de gérer leur patrimoine aquatique, ce qui commande aussi des responsabilités de fiduciaire de la ressource commune d’abord et avant tout ;
  • les corps publics ne doivent pas hésiter à structurer les transferts de richesses au sein des sociétés en faisant payer l’eau plus cher aux riches qu’aux pauvres pour concrétiser le droit d’accès ;
  • la gestion de l’eau ne doit pas se limiter aux problèmes de disponibilité de la ressource aqueuse : elle doit aussi tenir compte de la nécessité de maintenir en vie les écosystèmes qui en dépendent et toute ponction, y compris celles des voisins assoiffés, ne peut se justifier si elle procède d’une logique de gaspillage et les ponctions supplémentaires aux besoins de base ne devraient être autorisées qu’à titre de solution ultime, par une application stricte du principe de précaution.

De la nécessité d’une Charte de l’eau

Dans l’interview recueillie par Le Devoir, William Cosgrove se dit également révolté par le fait que la communauté internationale ne respecte pas les engagements financiers du Sommet de Johannesburg, qui voulait assurer des services de base en eau potable et en épuration à la moitié de la population mondiale qui en est privée.

Il estime donc que "la communauté internationale a un devoir d’intervention ici si elle estime que l’accès à l’eau est un droit humain". Et que l’effort planétaire pour cet accès de tous à l’eau serait mieux servi s’il s’appuyait sur une "charte de l’eau" réclamée par de nombreux mouvements citoyens de par le monde. Une charte qui, selon William Cosgrove, proclamerait "la préservation primordiale de la ressource, le droit d’accès des humains et le droit à la vie des autres espèces".


L’intégralité de l’article de Louis-Gilles Francoeur sur le site "ledevoir.com"




Mots-clés

Mot d’eau

  • Entre la ressource et la source, comment dire l’eau avec justesse ?

    " Entre l’expérimentation du chimiste qui dit clairement la composition de l’eau mais en oublie l’usage, et l’expérience des usagers qui en vivent les troubles, les dangers et les surprises, y a-t-il une place pour une épreuve de soi et du monde qui dise l’eau au lieu de ne faire qu’en parler ? " (Jean-Philippe Pierron, "La Poétique de l’eau")

Glossaire

  • Pompage-turbinage

    C’est un type de centrale hydroélectrique qui permet de stocker de l’énergie électrique potentielle par le biais de deux bassins d’accumulation situés à des altitudes différentes. L’eau du réservoir supérieur, qui sert à produire de l’électricité par turbinage, se déverse dans le réservoir inférieur. Et lorsque la demande d’énergie électrique est faible, cette eau est pompée vers le bassin du haut pour y être stockée et plus tard turbinée à nouveau. Il est ainsi possible d’établir un équilibre entre l’offre et la demande sur le marché de l’électricité.


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