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12 avril 2013.

Vidange du Rhône 2012 : bilan technique positif, impact environnemental contesté

Quantité exceptionnelle de sédiments évacués, modernisation effective (...)

Quantité exceptionnelle de sédiments évacués, modernisation effective des installations, sécurité rétablie pour les riverains, réduction des dommages à l’environnement : telles sont les principales conclusions du rapport publié par les deux exploitants suisse et français des usines hydroélectriques du Rhône genevois dix mois après la dernière vidange-chasse des retenues de Verbois et de Chancy-Pougny de juin 2012. Un bilan qui est loin de recueillir l’assentiment des spécialistes de l’environnement puisqu’on estime que trois quarts des poissons présents dans le Rhône avant ces opérations ont été décimés.

Les Services Industriels de Genève (SIG) et la Société des forces motrices de Chancy-Pougny (SFMCP) ont rendu aux autorités cantonales genevoises leur rapport final sur la vidange-chasse effectuée en juin 2012. Leurs principales conclusions en bref :
- Jamais un comblement de la retenue de Verbois n’avait été aussi important : 3,2 millions de m3 (Mm3) de sédiments s’étaient accumulés dans la retenue de Verbois depuis la dernière vidange de 2003. Les mesures faites après celle de juin 2012 montrent que 2,69 Mm3 ont été chassés et que l’objectif de déstockage de 1,8 Mm3 a donc été largement dépassé.
- Les travaux effectués à l’usine de Verbois pendant la durée exceptionnelle de l’opération (près de deux semaines), en particulier le remplacement du plan de grilles du barrage, autorisent désormais leur maintenance sans abaissement du plan d’eau. Cette modernisation offre de nouvelles perspectives pour la gestion des sédiments.
- Cette vidange-chasse a permis de rétablir les conditions de sécurité des riverains du Rhône à Genève qui était menacée du fait de la quantité exceptionnelle de sédiments accumulés dans le lit du fleuve.

Divergences sur les impacts environnementaux.

Cette opération, compte tenu du moment où elle a été menée et de sa durée, a certes eu de forts impacts sur l’écosystème du fleuve mais les rédacteurs du bilan final estiment que les actions entreprises pour le sauvetage et le suivi de la faune et de la flore (pêches préalables, lagunes artificielles, aménagements aux confluents des rivières adjacentes, etc.) ont contribué à réduire les dommages sur l’environnement.

Ils reconnaissent toutefois que la vidange s’est soldée par une diminution de trois quarts de la masse des poissons en amont de Verbois mais que deux tiers des grands spécimens (espèces adultes de 60 cm) ont bien résisté. Par ailleurs, les sternes pierregarins ont payé un lourd tribut à l’opération puisque l’ensemble de la couvée 2012 a été perdu.

Gottlieb Dändliker, inspecteur cantonal de la faune, cité par la Tribune de Genève (12 avril 2013) se montre beaucoup plus critique : "Cette vidange est probablement une des pires que Genève ait connue ces dernières années pour la biodiversité (…) C’est une énorme perte pour l’écosystème. Les petits poissons et les espèces déjà sensibles ont malheureusement été les plus touchés (…) On ne peut plus continuer à gérer le Rhône de cette façon."

Et après ?

Un groupe de travail réunissant les autorités genevoise et française ainsi que les exploitants du Rhône va devoir élaborer des propositions de scénarios pour la gestion transfrontalière future des sédiments du fleuve. Celles-ci permettront d’orienter les dispositions à prendre à court et moyen terme, avec comme priorité de garantir la sécurité des riverains du fleuve tout en minimisant les impacts sur l’environnement. Si d’autres vidanges-chasses devaient être organisées, se poserait alors la question de leur périodicité (au maximum 6 ans ?) et de leur moment adéquat (septembre ?). Les premières conclusions sont attendues pour fin 2013.
(Source : Canton de Genève, Département de l’intérieur, de la mobilité et de l’environnement)


- L’intégralité du Bilan final de la vidange-chasse du Rhône 2012 (synthèse générale, bilans spécifiques et dossier photographique, soit au total quelque 540 pages) est disponible sur le site rhone-geneve.ch

- Voir la vidéo "Vidange du barrage de Verbois" sur
le site des Services industriels de Genève

- Voir aussi le dossier et album photo aqueduc.info du 18 juin 2012 : Vidange chasse au barrage de Verbois




Mots-clés

Glossaire

  • Débit résiduel

    Volume d’écoulement qui subsiste après un prélèvement dans un cours d’eau (par exemple pour des besoins d’irrigation ou de production d’énergie). Maintenir un minimum de débit et de profondeur d’eau en aval d’une installation est absolument indispensable pour préserver la qualité de l’eau, assurer la recharge des nappes souterraines, protéger la faune et la flore et offrir des possibilités de loisirs. En Suisse, le débit résiduel minimal à garantir dans les cours d’eau à débit permanents est défini par la législation fédérale.

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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