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28 octobre 2017.

Une radiographie des forums suisses dans le domaine de l’eau

Cela se vérifie chaque jour : gérer les ressources en eau, les (...)

Cela se vérifie chaque jour : gérer les ressources en eau, les protéger et réguler leurs différentes utilisations est déjà en soi quelque chose de très complexe. Mais c’est un défi tout aussi compliqué de faire en sorte que les acteurs directement concernés – les administrations publiques, les entreprises privées et les milieux scientifiques – communiquent davantage entre eux et coopèrent au mieux dans la gouvernance globale du domaine de l’eau. Il existe pour cela, en Suisse, une bonne vingtaine de plateformes de concertation. Comment fonctionnent-elles ? Trois spécialistes en sciences sociales de l’environnement de l’Institut Fédéral Suisse des Sciences et Technologies de l’Eau (Eawag) [1] en proposent une radiographie qui met en évidence le potentiel d’une meilleure coordination.

Si la concertation entre les acteurs des divers secteurs du domaine de l’eau se révèle complexe, c’est en raison de différences évidentes non seulement entre les centres d’intérêts prioritaires qui leur sont propres (protection de la ressource naturelle, approvisionnement en eau potable, gestion des eaux usées, production hydraulique, etc.), mais aussi dans leurs organisations internes et dans leurs méthodes de travail. À quoi s’ajoute le fait qu’en Suisse les décisions concernant la gestion des eaux sont prises à différents niveaux de compétence politique (Confédération, cantons, communes) où la recherche de compromis est un postulat de base.

L’étude menée à l’Eawag souligne d’abord les différences entre les rôles tenus par les trois groupes d’acteurs : l’administration publique a la capacité de prendre des décisions contraignantes et elle est de ce fait souvent perçue comme un partenaire particulièrement puissant ; le secteur privé, en prise directe sur les réalités de terrain, intervient de son côté dans les processus politiques pour défendre ses valeurs, ses objectifs et ses intérêts propres ; quant à la communauté scientifique, elle fournit une expertise sans faire de lobby mais démontre que les solutions aux problèmes sont souvent plus complexes que celles avancées par les décideurs politiques.

Les diverses plateformes de concertation, informelles pour la plupart, sont donc appelées à jouer ici un rôle primordial : elles favorisent l’échange d’informations, la mise à plat des problèmes et leur compréhension, l’établissement de relations de confiance, voire l’adoption de recommandations ou de prises de position communes.

23 forums, 342 acteurs

Les chercheurs de l’Eawag ont identifié, dans le domaine de l’eau, 23 "forums", un mot générique appliqué à des organisations qui sur une base volontaire mettent en réseau, de manière permanente et au niveau national, les parties prenantes de différents secteurs. Ils ont également dénombré au total 342 acteurs (collectifs) participant à une au moins de ces plateformes, mais un tiers d’entre eux est également membre d’un autre, voire de plusieurs forums. À noter aussi qu’une majorité de ces espaces de concertation repose sur quatre grandes organisations qui se distinguent des autres du fait qu’elles disposent à l’interne de plusieurs groupes de travail [2].

54% de l’ensemble des membres de ces forums viennent du secteur privé, 36% des administrations publiques et 10% seulement de la communauté scientifique. Mais si l’on veut se faire une idée plus précise du fonctionnement de ces plateformes et de leurs interactions, il convient de considérer l’ensemble des réseaux qu’elles représentent : on constate alors que nombre d’acteurs du secteur privé ne sont souvent membres que d’une seule entité alors que les acteurs publics et les scientifiques sont présents en même temps dans de multiples instances et sont donc les mieux à même de créer des passerelles entre les différents secteurs liés à la gestion de l’eau.

L’Office fédéral de l’environnement (OFEV), qui est l’autorité nationale responsable de la politique globale en matière de gestion des ressources naturelles, est présent dans pas moins de 17 des 23 forums : il joue donc le rôle de principal coordinateur au sein du réseau des forums sur l’eau. Au niveau des cantons, les plus grands (Zurich, Berne) et ceux qui ont de fortes ressources en eau (Lucerne, Tessin, Valais) semblent être plus centraux que les autres. Du côté des municipalités, la ville de Zurich fait également figure d’acteur principal de même que l’Eawag et les deux grandes écoles polytechniques fédérales sur le plan académique.

Cette étude de l’Eawag conclut donc que les acteurs de l’administration publique jouent un rôle-clé dans les réseaux de coordination entre les différents acteurs du domaine de l’eau et qu’une meilleure coordination offrirait un réel potentiel d’efficience en matière de gestion des ressources en eau. Il faudrait toutefois une autre étude pour pouvoir mesurer les impacts réels de ces efforts de concertation.

"Des forums adaptés aux besoins"

Dans un autre article publié par deux de ces trois chercheurs dans Aqua & Gas, la revue spécialisée des professionnels suisses de l’eau et du gaz [3], la question est cependant posée de savoir ce qui motive les membres de ces forums à y investir du temps (parfois jusqu’à une semaine ou plus par an) et des ressources financières, et quels bénéfices ils en retirent.

Les réponses recueillies mettent en avant l’opportunité d’échanges de connaissances et d’expériences avec les autres participants, le partage d’informations sur les activités, sur les positions et sur les projets d’avenir des uns et des autres, ainsi que les possibilités de contacts personnels et de réseautage. La plupart des membres de ces forums estiment que ceux-ci sont bien adaptés à leurs attentes mais nombre d’entre eux souhaitent aussi davantage d’engagements dans l’information du public et une meilleure défense de leurs intérêts auprès des décideurs politiques ou économiques. (Source : Eawag)



Notes

[1Manuel Fischer, Mario Angst & Simon Maag : Co-participation in the Swiss water forum network, International Journal of Water Resources Development, International Journal of Water Resources Development., (2017).
Voir aussi : "Qui tire les ficelles dans le réseau des plateformes du domaine de l’eau ?", sur le site de l’Eawag.

[217 des 23 plateformes répertoriées dans l’étude renvoient à quatre organisations structurées à l’interne en plusieurs sous-compétences, à savoir :
- L’Agenda 21 pour l’eau se présente comme une plateforme d’information et de dialogue sur toutes les thématiques dépassant le cadre des intérêts sectoriels.
- L’Association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA) est un organisme faîtier dédié à la protection des eaux et au développement d’une gestion des eaux intégrée et durable.
- L’Association suisse pour l’aménagement des eaux (ASAE) traite plus particulièrement des domaines de l’énergie hydraulique, de la protection contre les crues et de l’aménagement hydraulique.
- La Société Suisse de l’Industrie du Gaz et des Eaux (SSIGE) est une organisation faîtière qui regroupe grand nombre de distributeurs de gaz et d’eau potable.

[3Manuel Fischer & Simon Maag, Foren im Schweizer Wasserberich, Aqua & Gas n°9, 2017.

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  • Le Lac

    “Si près qu’ils approchent du lac, les hommes n’en deviennent pas pour ça grenouilles ou brochets. Ils bâtissent leurs villas tout autour, se mettent à l’eau constamment, deviennent nudistes… N’importe. L’eau traîtresse et irrespirable à l’homme, fidèle et nourrissante aux poissons, continue à traiter les hommes en hommes et les poissons en poissons. Et jusqu’à présent aucun sportif ne peut se vanter d’avoir été traité différemment”. (Henri Michaux, "La nuit remue", 1935)

Glossaire

  • Limnologie

    Père de la limnologie (du grec "limné", lac, étang), le savant suisse François-Alphonse Forel (1841-1912) parlait d’elle comme de "l’océanographie des lacs". Il la définissait comme la "science des eaux continentales, des eaux stagnantes réunies dans des bassins limités et profonds, qui ne sont ni des fleuves ou rivières, ni des marais ou étangs, ni des eaux souterraines". Aujourd’hui, cette discipline a pris le sens plus large d’étude de tous les aspects écosystémiques des lacs et des grands réservoirs naturels d’eau douce à ciel ouvert.


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