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19 novembre 2015.

Une nouvelle carte mondiale des eaux souterraines

Jusqu’à présent, en matière de cartographie des réserves mondiales (...)

Jusqu’à présent, en matière de cartographie des réserves mondiales d’eaux souterraines, on ne disposait que de données plus ou moins fragmentaires. Des chercheurs nord-américains se sont récemment attelés à dresser un panorama global des aquifères terrestres. Ils viennent de publier les résultats de leurs travaux dans la revue Nature Geoscience : la planète, disent-ils, contiendrait quelque 23 millions de kilomètres cubes d’eaux souterraines. Ils confirment aussi que le rythme des prélèvements que l’on fait aujourd’hui dans ces stocks est plus rapide que celui de leur recharge naturelle.

La partie la plus importante de l’étude publiée par Tom Gleeson, hydrogéologue à l’Université de Victoria (Canada) en collaboration avec des chercheurs des universités de Calgary, du Texas (USA) et de Göttingen (Allemagne) porte sur l’histoire "moderne" des aquifères et montre que moins de 6 % seulement des eaux souterraines des deux kilomètres supérieurs de la croûte terrestre sont régénérés durant le temps moyen d’une vie humaine. "Jusqu’ici on l’ignorait, explique-t-il dans le communiqué de presse qui annonce sa publication. Nous savions déjà que les niveaux d’eau étaient en baisse dans de nombreux aquifères. Nous prélevons nos ressources en eau trop rapidement, et plus rapidement qu’elles ne sont renouvelées."

Pour mener leurs recherches, Tom Gleeson et son équipe ont utilisé plusieurs corpus de données (y compris les données de près d’un million de bassins versants) et plus de 40’000 modèles d’eaux souterraines. À partir de leurs calculs, ils sont arrivés à la conclusion que le volume total des eaux souterraines de la planète représentait quelque 23 millions de kilomètres cubes d’eau, dont 0,35 million datant de moins de 50 ans.

Ces stocks d’eaux souterraines dites "modernes" éclipsent toutes les autres composantes du cycle de l’eau et offrent une ressource plus rapidement renouvelable que les eaux anciennes. Mais étant plus proches de la surface terrestre, ils sont aussi davantage exposés aux changements climatiques et aux contaminations par les activités humaines.

On sait que l’âge des eaux souterraines peut varier de quelques mois à des millions d’années. Mais pourquoi convient-il de faire une distinction entre eaux souterraines anciennes et récentes ? Parce que, poursuit l’hydrogéologue, elles sont fondamentalement différentes dans leurs interactions avec le reste des cycles de l’eau et du climat. Les eaux anciennes se trouvent à une plus grande profondeur et sont souvent prélevées pour des usages agricoles et industriels. Elles contiennent parfois de l’arsenic ou de l’uranium et sont souvent plus salées que les eaux océaniques. Dans certaines régions, les eaux saumâtres sont si vieilles, isolées et stagnantes qu’elles doivent être considérées comme non renouvelables.



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Si toutes les eaux souterraines modernes de la Terre étaient réunies au-dessus du sol, quelle serait leur hauteur ? En bleu clair : moins de un mètre. En bleu foncé : plus de 50 mètres. (Cartographie : Karyn Ho)



Les cartes de l’étude montrent que les eaux souterraines les plus jeunes se situent dans les régions tropicales et montagneuses. Certains des plus grands gisements ont été localisés dans le bassin de l’Amazone, au Congo et en Indonésie, ainsi qu’en Amérique du nord et centrale le long des Montagnes Rocheuses et sur le versant occidental de la Cordillère des Andes jusqu’à la pointe de l’Amérique du Sud.

Faute de couverture satellite suffisante, les chercheurs ont dû exclure les latitudes supérieures de leurs champs d’investigation, mais cela, disent-ils, ne porte guère à conséquence vu que ces territoires sont couverts par le pergélisol et ne détiennent que peu d’eau liquide. Sans surprise, c’est dans les régions les plus arides comme le Sahara que l’on trouve les moindres quantités d’eaux souterraines récentes.

"Maintenant que nous savons à quel rythme les eaux souterraines sont en train de s’épuiser, conclut Tom Gleeson, nous allons pouvoir estimer combien de temps s’écoulera jusqu’à ce que nous en manquions." On aura donc compris à quoi l’hydrogéologue entend désormais consacrer la suite de ses recherches, c’est-à-dire à une description plus précise de la rapidité avec laquelle les hommes sont en train d’appauvrir leurs réserves d’eau. (Source : University of Victoria)


- Tom Gleeson et all., "The global volume and distribution of modern groundwater", Nature Geoscience (november 2015)




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Glossaire

  • Crue, inondation

    La crue est un phénomène caractérisé par la montée plus ou moins forte du niveau d’un cours d’eau et par une nette augmentation de son débit. Elle ne se traduit pas forcément par un débordement de son lit habituel. On parle d’inondation lorsqu’une crue entraîne la submersion par un cours d’eau de son espace d’expansion naturelle (lit majeur) ou aménagé dans ce but, mais aussi des terres cultivées et des zones habitées, mettant alors en danger les riverains et pouvant causer d’importants dommages à leurs biens.

Mot d’eau

  • “Quel épouvantable désastre !”

    “Près de deux mille maisons écroulées ; sept cents morts ; tous les ponts emportés ; un quartier rasé, noyé sous la boue ; des drames atroces ; vingt mille misérables demi-nus et crevant la faim ; la ville empestée par les cadavres, terrifiée par la crainte du typhus ; le deuil partout, les rues pleines de convois funèbres, les aumônes impuissantes à panser les plaies. Mais je marchais sans rien voir, au milieu de ces ruines. J’avais mes ruines, j’avais mes morts, qui m’écrasaient.” (Émile Zola, "L’inondation", 1883.)


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