AccueilInfosAnnées précédentesAnnée 2005

27 octobre 2005.

Une Charte de l’eau pour la région lémanique

Réunies le 27 octobre 2005 à Genève à l’enseigne des premiers « États (...)

Réunies le 27 octobre 2005 à Genève à l’enseigne des premiers « États généraux de l’eau de la région lémanique », une bonne centaine de personnes originaires de divers cantons suisses et départements français ont apporté leur soutien individuel à une « Charte », autrement dit une sorte de code de déontologie pour la gestion durable des eaux de cet espace qui concerne plus d’un million et demi d’habitants. L’Association pour la sauvegarde du Léman (ASL), qui en est la principale initiatrice, compte bien passer rapidement à la pratique. Elle prévoit déjà l’organisation, en automne 2006, d’un « Forum des communes lémaniques pour la gestion durable des ressources en eau ».

Il ne s’agit pas de réinventer la roue, dit-on à l’ASL : les pouvoirs publics et autres compétences de la région lémanique, à tous les niveaux, se préoccupent des eaux depuis belle lurette. Il y a d’ailleurs de quoi se réjouir à la fois de l’état de santé du Léman et des efforts de gestion transfrontalière. Mais, se demande son président, le professeur Jean-Bernard Lachavanne, « gérons-nous réellement cette ressource précieuse dans le respect des principes du développement durable ? »

Cette question était au cœur de la journée passée dans le Bâtiment des Forces Motrices de Genève, un endroit rêvé pour un tel rendez-vous puisqu’il est au fil du Rhône et qu’il est le témoin historique d’activités essentielles à la régularisation du niveau du lac, de l’alimentation en eau potable et de la fourniture d’énergie hydro-électrique.

"Nous traînons quelques casseroles"

Malgré les bonnes raisons de se réjouir, il convient en effet ne pas perdre sa lucidité. A preuve les conclusions que tire une étude baptisée « Lemano » menée de pair avec le Laboratoire d’écologie et de biologie aquatique de l’Université de Genève. Selon Jean-Bernard Lachavanne, « nous traînons quelques casseroles » : pollution et assèchement des rivières, pénurie saisonnière en eau, insouciance et dysfonctionnements liés à la disponibilité importante de la ressource, pollutions encore insuffisamment contrôlées et risques nouveaux mal connus, etc. Il est prévu que la méthode utilisée dans cette étude soit mise à la disposition des collectivités pour leurs propres diagnostics menés sur la base d’indicateurs de durabilité.

Les habitants de la région lémanique ont beau vivre dans un espace réputé pour sa richesse en eau. Il est des signes qui ne trompent pas : ses sources d’eau potable subissent la pression démographique due à la vitalité économique du pourtour lacustre et à l’attrait touristique de ses bassins versants, certaines communes commencent à manquer d’eau en période estivale, de nombreuses collectivités vont dépendre de plus en plus du lac pour leur approvisionnement et pour leur développement.

Cap vers une gestion durable

JPEG - 5.6 ko
Photo aqueduc.info

Ces premiers États généraux se donnaient donc pour ambition de « donner un élan à la promotion d’une politique transfrontalière de l’eau axée résolument vers la durabilité pour le plus grand bien des habitants actuels et futurs » de la région lémanique. Cette volonté vient de franchir une première étape avec l’adoption, après des mois voire des années de gestation, de la « Charte de l’eau de la région lémanique », un document sensé maintenir le cap vers une gestion des eaux, des lacs et des rivières conforme aux principes et méthodes du développement durable. C’est-à-dire dans le respect de l’égale complémentarité de ses composantes sociales, économiques et environnementales.

La version finale de la Charte tient en treize brefs articles qui couvrent un très large éventail des préoccupations et des défis autour du domaine de l’eau et qu’il faut lire, pour bien en mesurer la portée, avec les considérants, descriptifs et commentaires qui l’accompagnent.

Elle se veut une traduction locale des grands principes, déclarations et autres traités internationaux relatifs à l’eau. Elle servira à la fois de code de déontologie et de référence commune pour la gestion du domaine lémanique de l’eau. On pourra y recourir, le cas échéant, pour régler d’éventuels conflits d’intérêt au niveau régional.

De la théorie à la pratique

L’ASL veillera sans aucun doute avec beaucoup de soin pour que ce document ne reste pas lettre morte. A première vue, la CIPEL - Commission internationale pour la protection du Léman – semble l’institution la plus appropriée pour lui donner vie dans l’espace transfrontières. Sur le plan romand, l’ASL se propose d’organiser un « forum des communes lémaniques pour la gestion durable des ressources en eau », comme une première tentative de « promouvoir l’application concrète des articles de la Charte de l’eau, recueillir et échanger le fruit des expériences, entendre les doutes et les questionnements et tenter de trouver ensemble des solutions consensuelles ». Rendez-vous à Lutry (Vaud) en automne 2006. (bw)




Infos complémentaires

La région lémanique

Par « région lémanique », il faut entendre le regroupement du bassin versant du Léman, du bassin franco-genevois et du bassin de l’Arve. Soit :

- Bassin versant : 10’299 km2
- Altitude moyenne : 1’580 m
- Population permanente : 1’620’800 h. (Suisse : 1’200’910, France 419’890)
- Capacité d’accueil touristique : 919’560 personnes (Suisse : 464’710, France : 454’850)
- Au total, 570 communes, dont 384 dans 4 cantons suisses (Valais 158, Vaud 180, Fribourg 1, Genève 45) et 186 dans 2 départements français (Haute-Savoie 162, Ain 24).
(Source : CIPEL, 2003)

- Les 13 articles de la Charte de l’eau de la région lémanique sur le site de l’ASL

Lire aussi :
Ressources en eau et développement durable : l’étude LEMANO, un outil au service des collectivités

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


Contact Lettre d'information