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13 août 2007.

Un marché à risques : la vente d’eau en sachets plastiques

Vendre de l’eau en sachets est une activité commerciale courante en (...)

Vendre de l’eau en sachets est une activité commerciale courante en Afrique de l’Ouest, notamment dans les grandes villes du Bénin. Les vendeurs versent l’eau destinée à la consommation humaine dans de petits sachets plastiques d’une capacité d’un demi-litre qu’ils vendent ensuite au prix de 25 francs CFA l’unité (environ 4 centimes d’euro). Ce produit de proximité supplée à la pénurie, voire à l’absence d’eau potable dans les lieux publics.

Les sachets d’eau ont envahi les rues et les places de marché, les écoles et les collèges, les aires de jeux et autres lieux publics où ils se vendent comme des cacahuètes. Par camions entiers et par vélos, ils sont distribués aux quatre coins des villes et même au-delà.

Les Béninois des villes « dégustent » chaque jour un ou deux sachets d’eau par une température ambiante de plus de 30° à l’ombre pendant les mois chauds de l’année, de janvier à avril. Soit pour étancher leur soif, ou pour « arroser » un repas, sorte de fast-food servi dans les bars et les maquis (restos populaires) ou encore pour se laver les mains après le repas. Le mode d’emploi est vraiment tout simple : il suffit de porter l’un des bouts du sachet d’eau à la bouche, de le percer d’un coup de dents et de siphonner le précieux liquide à satiété.

Hautement lucratif

Producteurs et distributeurs rivalisent d’imagination pour attirer le chaland au moyen d’étiquetages aussi fantaisistes que trompeurs. Les eaux en sachets sont donc devenues aujourd’hui un produit de grande consommation. Et l’on peut dire sans exagérer qu’au Bénin en tout cas ce marché est non seulement en pleine explosion mais qu’il est aussi hautement lucratif.

Voyez plutôt : un « producteur » - appelons-le « Don de Dieu » - achète quatre mètres cubes d’eau traitée à la Société Nationale des Eaux du Bénin selon le barème de prix de la première tranche de consommation, soit 2’000 francs CFA. Avec ces 4 m3, il produit quelque 8’000 sachets d’eau de 500 ml qu’il revend donc 25 francs CFA pièce. Petit calcul : le bénéfice se monte à 198’000 francs CFA, soit quelque 300 euros !

Inutile de préciser que ce marché échappe à tout contrôle de l’État, faute de réglementation ou parce que les règlements existants ne sont pas respectés. Le contrôle sanitaire des eaux n’est pas (souvent) assuré et les producteurs ne sont pas (tous) enregistrés au registre de commerce.

Rien de moins sûr qu’une eau en sachet

On aura donc vite compris que l’eau vendue en sachets est loin d’offrir toutes les garanties d’une eau salubre. Elle est peut-être impropre à la consommation de par sa provenance (eau de puits, de marigots, etc.) ou de par le manque d’hygiène lors de son conditionnement (contenants souillés, mains sales, poussières). De plus la qualité de l’eau en sachet se dégrade rapidement (lumière, température, exposition au soleil, etc.).

Résultat : vu l’insalubrité ambiante, les risques d’intoxication, bactérienne ou chimique, à grande échelle par la consommation d’eaux en sachets sont bel et bien là. Faut-il rappeler que l’eau non potable est source d’un grand nombre de maladies ? Ce que Louis Pasteur avait bien compris quand il disait que « nous buvons 90% de nos maladies ».

Autre conséquence : une fois l’eau consommée, des centaines de milliers de sachets en plastique de mauvaise qualité recouvrent le sol en attendant soit d’être incinérés (ils libèrent alors des émanations et cendres toxiques) soit simplement d’être emportés par le vent et la pluie vers les écosystèmes aquatiques.

En définitive, et si l’on ne veut pas que ce marché des eaux en sachets « s’informalise » et se généralise à tout le pays, il faudrait alors informer et éduquer sans tarder le citoyen sur les risques de consommer une eau non sûre, réactiver la réglementation sur la vente d’eaux en sachets, procéder à des contrôles de qualité tout au long des processus de production et de distribution, assurer l’assainissement du milieu par le ramassage des sachets usagés. Sans quoi les eaux en sachets coûteront de plus en plus cher aux services de santé, aux contribuables et à l’environnement.

Bernard Capo-Chichi, Cotonou




Infos complémentaires



Photos Bernard Capo-Chichi

Mots-clés

Mot d’eau

  • Eurêka !

    Comment mieux exprimer l’ivresse dont la raison, heureuse, fait flotter dans l’eau et l’intuition, bienheureuse, léviter dans l’air ? Archimède sentit le mouvement et se leva de l’émotion de ces deux éléments, comme s’il entendait le murmure des ondes et la vibration du vent. Et j’entends eurêka comme ce triple écho et du corps et de l’air et de l’eau. (Michel Serres [décédé le 1er juin 2019], "Biogée", 2010)

Glossaire

  • Karst

    Ce mot, dérivé du nom d’un haut-plateau des Balkans, s’applique à un relief ou à un massif dont les roches calcaires ont été fortement érodées par l’eau, en surface (dolines, emposieux, lapiaz, etc.) et en profondeur (cavernes, grottes, gouffres, etc.), ce qui se traduit aussi au fil des infiltrations en sous-sol par des structures très complexes de circulation d’eau et de résurgences. Ces formes géologiques portent ici et là différents noms, telles les "causses" dans le Massif central français.


Il y a de quoi s’inquiéter (réponse)

L’eau de robinet est produite selon les normes de l’OMS(Organisation mondiale de la santé). Mais ce n’est pas la seule eau mise en sachet et vendue. L’eau peut provenir d’autres sources (puits, marigot, pluies par exemple). Il y a là matière à inquiétude.
Le type de sachet plastic est le polypropylène basse densité (pe low desity) : bon marché, mais pas approprié pour contenir les aliments car il existe la possibilité d’interaction avec les conditions extérieures (odeur, température) ; enfin non biodégradable.
Des analyses réalisées à l’IMSP (Institut de mathématiques et de sciences physiques) pour une association de consommateurs de la place ont révélé la présence de bactéries coliformes (E.coli), des coliformes totaux (streptocoques), des nitrates (8mg/L), des nitrites, des matières en suspension (mes), une odeur nauséabonde.
Le matériel de mise en sachet, les conditions hygiéniques, l’origine de l’eau : autant de raisons pour douter de la qualité des eaux en sachets.



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