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19 mars 2004.

"Un manque de volonté davantage qu’une question de moyens"

"L’accès de tous à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène ne (...)

"L’accès de tous à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène ne se heurte pas principalement à un manque de moyens, mais au refus de tirer les leçons des échecs passés et d’écouter ceux qui mettent en œuvre des approches novatrices" : c’est l’explication avancée par le dernier rapport du Conseil de Concertation pour l’Approvisionnement en Eau et l’Assainissement (WSSCC) dont le siège est à Genève.

Intitulée "À l’écoute" et publiée à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, cette nouvelle publication du WSSCC se présente à la fois comme une critique de la communauté internationale incapable d’apporter une réponse efficace au problème sanitaire numéro un de la planète et comme un appel à un changement radical dans la manière d’aborder les problèmes du manque d’accès à l’eau et à l’assainissement.

Après une introduction générale d’une douzaine de pages, ce rapport, qui veut justifier son titre, offre une tribune à quelque 40 professionnels d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique qui ont travaillé toute leur vie dans les domaines de l’eau et de l’assainissement et qui sont donc supposés connaître parfaitement les problèmes du terrain.

"Un vice de conception fatal"

L’échec est patent : "malgré des décennies d’efforts et des milliards de dollars engloutis, 2,4 milliards d’individus restent privés d’accès à un assainissement adéquat (…) des milliards de dollars ont été investis dans l’eau et l’assainissement - pratiquement en pure perte. De l’Inde à la Bolivie et du Kenya au Népal, on peut trouver les traces d’anciens programmes aujourd’hui disparus, et qui n’ont jamais produit qu’une infime partie des bienfaits escomptés".

Comment expliquer ces décennies de désillusions ? Pour le WSSCC, c’est principalement parce qu’on a essayé de "livrer des solutions toutes faites depuis l’extérieur - habituellement sous la forme d’installation de matériel - à des populations qui ne participent pas au processus et ne se l’approprient pas".

Il y aurait donc, au point de départ, une sorte de "vice de conception fatal" et il ne sert donc à rien de continuer sur cette voie : "augmenter les fonds disponibles pour de nouvelles infrastructures d’envergure orientées sur la livraison de solutions toutes faites ne sera pas d’une grande utilité si l’on ne repense pas comment et pour qui l’on doit dépenser ces fonds".

En d’autres mots, le nœud du problème, ce n’est pas la disponibilité des moyens, mais "la volonté de ceux qui allouent ces ressources de tirer les enseignements à la fois des échecs passés et des réussites actuelles".

Faire entendre et écouter les voix du terrain

Selon Jan Pronk, président du WSSCC, l’ABC de la nouvelle approche proposée par son organisation consiste "à écouter, et dans la mesure du possible à amplifier, les témoignages de ceux qui ont ressenti la frustration de l’échec, de ceux qui ont pris part aux premières réussites, et de ceux qui ont vécu les deux et appris de l’un comme de l’autre"

Ce faisant, c’est-à-dire en privilégiant les besoins des populations et favorisant la bonne gouvernance des autorités locales et des institutions, on devrait éviter, selon le WSSCC, "que des milliards de dollars supplémentaires soient gaspillés au nom du développement".

D’une part, cette nouvelle approche induit de nouvelles pratiques : il ne s’agit plus de quémander ici et là des solutions clés en main, mais de favoriser la participation active des populations locales et des organisations qu’elles ont elles-mêmes mises en route.

D’autre part, il faudra également évaluer différemment les résultats : les progrès ne se mesurent pas en nombre de robinets et de latrines par habitant, mais par les changements d’usages et de comportements et par l’amélioration de la santé. (bw)




Infos complémentaires

Verbatim

"Les élites urbaines se cramponnent à l’idée qu’elles sont les mieux à même de résoudre les problèmes rencontrés par les pauvres. C’est une attitude qui est responsable de l’échec de milliers de projets." (Jockin Arputham, président de la fédération indienne des habitants des bidonvilles)

"Allons-nous décider de l’importance des questions en demandant quel est le degré de prestige de celles-ci ? Ou bien en demandant combien de personnes elles touchent et dans quelle mesure ?" (Nelson Mandela, ancien président de l’Afrique du Sud)

Le WSSCC

Le Conseil de Concertation pour l’Approvisionnement en Eau et l’Assainissement (WSSCC, Water Supply and Sanitation Collaborative Council) a été créé en 1990 à la suite d’une résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Il a pour mission de favoriser la collaboration internationale dans le secteur de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement. Son secrétariat est basé à Genève. Tous les deux ans, à partir de 2005, il fera paraître un "Rapport sur le droit des populations à l’eau et à l’assainissement".

Liens

- Site du WSSCC, Conseil de Concertation pour l’Approvisionnement en Eau et l’Assainissement

- Le rapport "À l’écoute", version francophone, 81 pages peut-être téléchargé sur le site www.public-info.org

- (accès direct au document pdf téléchargeable, 809 Ko)

Mots-clés

À paraître

Glossaire

  • Débâcle

    Dislocation soudaine de la couverture de glace d’un cours d’eau dont les blocs sont alors emportés rapidement par le courant. Lorsqu’il s’agit de la rupture d’une barrière naturelle de glace formant une retenue d’eau, on parle alors de vidange brutale de lac glaciaire (connue sous l’acronyme anglais de GLOF, “Glacial lake outburst flood”). Dans les deux cas, ce phénomène peut entraîner de graves inondations, voire des catastrophes.

Mot d’eau

  • « Et tous ces gens
    dans l’eau ... »

    “Je pense toujours à cette rivière quelque part, avec cette eau qui coule vraiment vite. Et tous ces gens dans l’eau, qui essaient de se raccrocher les uns aux autres, qui s’accrochent aussi fort qu’ils peuvent, mais à la fin c’est trop difficile. Le courant est trop puissant. Ils doivent lâcher prise, se laisser emporter chacun de son côté. Je pense que c’est ce qui nous arrive, à nous.” (Kazuo Ishiguro, "Auprès de moi toujours", 2005)


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