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10 décembre 2005.

Un journal indien mobilise ses lecteurs pour réhabiliter des réservoirs d’eau

L’eau et l’assainissement dans les quartiers pauvres sont d’abord (...)

L’eau et l’assainissement dans les quartiers pauvres sont d’abord l’affaire des gens, disait-on, dans la précédente lettre d’aqueduc.info à propos de projets menés dans des quartiers pauvres de Karachi. Une autre information, venant cette fois-ci du Rajasthan, et relayée par l’hebdomadaire « Courrier International », apporte une nouvelle illustration à cette conviction. Le plus grand quotidien de cet État indien a en effet réussi à mobiliser 150’000 de ses lecteurs à remettre en état des bassins et des réservoirs d’irrigation vieux de 150 à 1000 ans.

Le Rajasthan, au nord-ouest de l’Inde, le plus vaste État de la fédération, l’un des plus visités par les touristes mais aussi l’un des moins gâtés par la pluviométrie, lutte depuis longtemps contre la sécheresse. Certaines de ses régions reçoivent moins de 100 millimètres d’eau par an. Et comme elle ne tombe souvent que l’espace de quelques jours, il s’agit, explique-t-on, « d’en collecter le plus possible et de la stocker pour faire face aux besoins durant toute l’année ».

C’est un hebdomadaire de New Delhi Tehelka qui raconte l’histoire reprise par « Courrier International » dans son édition du 8 décembre 2005. Cette année, lit-on, "le Rajasthan Patrika, le plus ancien quotidien local, qui est aussi celui qui bénéficie du plus fort tirage, est parvenu à inciter près de 150’000 personnes à nettoyer bénévolement 385 bassins, puits et réservoirs hors d’usage afin que ces infrastructures soient prêtes à recueillir les prochaines pluies".

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Citerne dans la région de Jaipur (photo theconnection.org)

"Fin septembre, lorsque la pluie est effectivement arrivée, le niveau d’eau a commencé à monter. Après des décennies d’inertie, les bawris [puits à marches] et autres installations peuvent à nouveau recevoir le précieux liquide." Il faut savoir que les anciens souverains du Rajasthan avaient jadis créé tout un système de collecte et de stockage des eaux de pluie mais que ces infrastructures traditionnelles – qui font pourtant partie du patrimoine princier de l’État - avaient peu à peu été abandonnées à elles-mêmes. Ce qui eut pour conséquence, notamment, d’appauvrir les nappes phréatiques.

« L’eau est un nectar »

L’initiative de leur réhabilitation revient à la direction du Rajasthan Patrika : « le journal avait en effet lancé une campagne quotidienne, intitulée Amritham Jalam [L’eau est un nectar], pour inciter ses lecteurs à aller nettoyer tous les systèmes traditionnels de collecte d’eau laissés à l’abandon ». Morale de l’histoire : « les individus peuvent prendre l’initiative sans tout attendre du gouvernement ».

Commentaire du rédacteur en chef adjoint du quotidien, Sukumar Verma : « Cette campagne a fait naître un nouvel esprit chez les gens. Aux prochaines élections, il ne fait aucun doute que des questions seront posées sur la gestion de l’eau. Les politiciens n’ont pas le choix : ils doivent se joindre au mouvement et montrer leur soutien. »

D’autant que ces militants de l’eau ont découvert que certains systèmes ancestraux de collecte des eaux avaient été détournés par de riches propriétaires et qu’il s’agit donc de les remettre en service pour le bien de tous.

Informations extraites de l’article de Ramesh Menon, « Le journal, les bénévoles et la sécheresse », publié par l’hebdomadaire indien Tehelka, traduit et diffusé par « Courrier International » (n° 788, 8 décembre 2005).

Références :
- Le site de Courrier International
- Le site de Rajasthan Patrika
- Photographies de la collection Steps to Water sur le site The Connection (Université de Boston)




Mots-clés

Glossaire

  • Débit résiduel

    Volume d’écoulement qui subsiste après un prélèvement dans un cours d’eau (par exemple pour des besoins d’irrigation ou de production d’énergie). Maintenir un minimum de débit et de profondeur d’eau en aval d’une installation est absolument indispensable pour préserver la qualité de l’eau, assurer la recharge des nappes souterraines, protéger la faune et la flore et offrir des possibilités de loisirs. En Suisse, le débit résiduel minimal à garantir dans les cours d’eau à débit permanents est défini par la législation fédérale.

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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