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1er janvier 2019.

Trop d’arsenic dans l’eau : en Valais des communes cherchent encore la parade

Depuis le 1er janvier 2019, la concentration maximale d’arsenic (...)

Depuis le 1er janvier 2019, la concentration maximale d’arsenic dans l’eau potable autorisée par la législation fédérale est de 10 microgrammes par litre. Jusqu’en 2014, cette valeur limite était cinq fois plus élevée et entre temps les distributeurs d’eau ont bénéficié d’une période transitoire de cinq ans pour appliquer la nouvelle norme. En Suisse, c’est dans le massif alpin que l’arsenic est le plus présent naturellement, en Valais notamment. Des recherches menées dans ce canton ont permis de constater qu’une quinzaine de communes étaient concernées par le problème. Toutes n’ont pas encore trouvé de solutions adéquates et certaines d’entre elles n’ont pour le moment pas d’autre choix que de mettre des bouteilles d’eau minérale à la disposition des habitants qui renoncent à boire celle de leurs robinets.

C’est la dose qui fait le poison, dit un vieil adage. Cela vaut aussi pour l’arsenic présent dans le sol naturellement et en petites quantités (en moyenne 2 milligrammes par kilo) mais réparti de façon très variable d’une région à une autre. À très petite dose, c’est un oligo-élément indispensable à la santé. Mais consommée régulièrement au-delà d’un certain seuil de tolérance, c’est une substance qui peut se révéler toxique et dangereuse.

Il y a quelques années, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déterminé une valeur guide pour l’arsenic dans l’eau de boisson, à savoir : 10 microgrammes par litre (10 μg/l). Jusqu’en 2014, la Suisse estimait que la limite de 50 μg/l constituait une valeur de protection suffisante, mais elle s’est alors ralliée à la recommandation de l’OMS et a donné aux distributeurs d’eau potable un délai de cinq ans pour se conformer à la nouvelle réglementation [1]. Depuis le 1er janvier 2019, une eau de boisson dont la teneur en arsenic dépasse les 10 microgrammes par litre doit donc être considérée comme impropre à la consommation.

En Suisse, trois régions particulièrement touchées

Dans certaines parties du monde, notamment en Chine, au Bangladesh et au Pakistan [2], les contaminations de l’eau par l’arsenic à des taux très élevés (pouvant dépasser plus de 100 fois les valeurs autorisées) concernent des millions de personnes et engendrent des situations dramatiques.

C’est lorsque de l’eau, en profondeur ou en surface, érode des roches ou des gisements métallifères contenant de l’arsenic que celui-ci est libéré dans l’environnement, s’accumule dans les sols et les sédiments et rejoint éventuellement nappes souterraines, sources et cours d’eau. En Suisse, trois régions présentent des teneurs en arsenic plus élevées que la normale : le Nord-Est (en particulier ses sources thermales), l’Arc jurassien et surtout les Alpes avec trois cantons particulièrement concernés (Tessin, Grisons et Valais). [3]

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Périmètre des 4 communes du Bas-Valais concernées
par la mise en conformité des nouvelles normes
sur la teneur maximale en arsenic dans l’eau potable

En 2014 et 2015, le Valais a mené une analyse systématique de la quantité d’arsenic possiblement présent dans les eaux des réseaux d’eau potable. Cet examen a révélé qu’une vingtaine des quelque 1000 réseaux du canton, répartis sur une quinzaine de communes, affichaient un taux supérieur à la norme. En décembre 2018, peu avant l’échéance du délai prévu par la législation, quatre d’entre elles situées dans le Bas-Valais - Collonges, Finhaut, Salvan et Vernayaz - se sont concertées en vue d’informer leurs populations respectives sur les actions entreprises pour mettre en conformité leurs réseaux de distribution et sur leurs conséquences dans la vie quotidienne immédiate [4].

Problème commun, solutions locales

Les remèdes à portée de main des communes ne sont pas très nombreux. On peut imaginer, entre autres,
- la recherche de nouvelles sources ou l’exploitation de sources connues dont on sait qu’elles ont une teneur en arsenic conforme à la nouvelle norme ;
- le mélange des eaux des sources aux teneurs trop élevées avec des eaux de sources conformes pour abaisser le taux d’arsenic ;
- l’achat d’eau potable à l’une ou l’autre commune voisine ;
- le recours à des installations techniques (onéreuses) de traitement d’eau.

Non seulement l’étude de ces diverses variantes, de leur éventuelle mise en œuvre, de leur coût et de leur financement réclame du temps et des compétences, mais il est aussi de la responsabilité de chaque commune de trouver la solution la plus adaptée à sa situation particulière.

Finhaut et Salvan ont ainsi mandaté la Société de turbinage de la vallée du Trient pour élaborer des solutions techniques régionales (la retenue du barrage d’Emosson s’inscrit dans le territoire des deux communes) qui seront mises en service progressivement mais sans doute pas avant plusieurs mois.

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Entre temps - tout en rappelant que l’eau du réseau n’est pas conseillée comme boisson ou pour la préparation d’aliments, mais qu’elle peut être utilisée pour les tâches domestiques habituelles - les deux municipalités continueront de distribuer l’eau au robinet comme elles le faisaient jusqu’à présent. Leurs habitants, s’ils le souhaitent, pourront obtenir gratuitement des bouteilles d’eau minérale pour leur consommation.

Collonges est sur le point de finaliser un projet d’approvisionnement durable en eau potable par la commune voisine de Dorénaz (les travaux de raccordement devraient être réalisés dans les tout prochains mois). D’ici là, les bâtiments publics seront là aussi équipés de fontaines à eau où les habitants qui le désirent pourront s’approvisionner à raison de 2 litres par jour et par personne.

Quant à la commune de Vernayaz, elle a fait savoir la veille de Noël qu’environ deux tiers de son eau potable provenaient désormais, par interconnexion, des mêmes sources que celles qui alimentent la ville voisine de Martigny et qui sont d’une excellente qualité. À l’exception d’un hameau, l’eau du robinet peut donc être consommée sans réserve sur le territoire communal et les mesures transitoires de précaution qui avaient été prises ont été abrogées. (bw)




Notes

[1Ordonnance du Département fédéral de l’Intérieur sur les substances étrangères et les composants dans les denrées alimentaires, Modification du 25 novembre 2013 entrée en vigueur le 1er janvier 2014.

[3Pour en savoir plus : Hans-Rudolf Pfeifer et Jürg Zobrist, "De l’arsenic dans l’eau potable – la Suisse également concernée ?", EAWAG News n°53, Septembre 2002.

[4Voir les informations données par les administrations communales à Finhaut, Salvan, Collonges et Vernayaz.

Infos complémentaires

L’arsenic naturel

À l’échelle de la planète, l’arsenic est l’un des principaux contaminants inorganiques de l’eau potable. Ce métalloïde est naturellement présent dans les sédiments du sous-sol et se dissout en faibles quantités dans l’eau souterraine sous l’effet des intempéries. Les sels d’arsenic n’affectent ni l’odeur ni le goût de l’eau, mais sont extrêmement toxiques pour l’homme. Même à faibles doses, leur ingestion prolongée peut avoir de graves conséquences sur la santé, provoquant notamment des anomalies de pigmentation de la peau, des troubles hépatiques, rénaux et cardiovasculaires et différentes formes de cancer. (Source : Eawag)

Mots-clés

Mot d’eau

  • Eurêka !

    Comment mieux exprimer l’ivresse dont la raison, heureuse, fait flotter dans l’eau et l’intuition, bienheureuse, léviter dans l’air ? Archimède sentit le mouvement et se leva de l’émotion de ces deux éléments, comme s’il entendait le murmure des ondes et la vibration du vent. Et j’entends eurêka comme ce triple écho et du corps et de l’air et de l’eau. (Michel Serres [décédé le 1er juin 2019], "Biogée", 2010)

Glossaire

  • Karst

    Ce mot, dérivé du nom d’un haut-plateau des Balkans, s’applique à un relief ou à un massif dont les roches calcaires ont été fortement érodées par l’eau, en surface (dolines, emposieux, lapiaz, etc.) et en profondeur (cavernes, grottes, gouffres, etc.), ce qui se traduit aussi au fil des infiltrations en sous-sol par des structures très complexes de circulation d’eau et de résurgences. Ces formes géologiques portent ici et là différents noms, telles les "causses" dans le Massif central français.


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