AccueilInfosOn en parle

2 avril 2019.

Toujours trop de pesticides dans les ruisseaux

Des recherches menées en 2017 sur la présence de produits (...)

Des recherches menées en 2017 sur la présence de produits phytosanitaires dans les ruisseaux de bassins versants très agricoles montrent que les animaux et les végétaux aquatiques y sont exposés à un risque d’effets chroniques pendant des mois et à un risque d’effets aigus pendant certaines périodes. La plupart des échantillons d’eau renfermaient plus d’une trentaine de substances actives différentes. Le danger émanant de ces mélanges de composés a été confirmé par des essais biologiques et par une étude de la diversité des espèces dans les ruisseaux.

De mars à octobre 2017, des chercheurs de l’Eawag (Institut fédéral des sciences et technologies de l’eau) et du Centre Ecotox ont prélevé des échantillons en continu dans cinq petits cours d’eau [1] dont les bassins étaient occupés par différentes formes d’agriculture et en ont mesuré les teneurs en produits phytosanitaires. Ces cinq cours d’eau sont jugés représentatifs de nombreux ruisseaux suisses.

JPEG - 147.6 ko
Prélèvement dans l’Eschelisbach (TG) (Eawag/E.Michel)

Des dépassements des critères de qualité environnementale ont été observés dans les cinq ruisseaux : au total, 145 substances actives ont été détectées à raison de 71 à 89 par site. Un risque d’effets chroniques a été identifié pour les organismes aquatiques pendant une durée allant, suivant les sites, de trois mois et demi à six mois et demi. Mais pendant une période moins longue (14 à 74 jours), le risque était si élevé que des effets aigus sur les communautés biotiques n’ont pu être exclus. Cette situation s’explique non seulement par la présence de certains polluants particulièrement problématiques mais aussi par le mélange (effet cocktail) d’herbicides, de fongicides, d’insecticides et d’autres produits.

Pour les chercheurs, il ne fait aucun doute que l’actuel seuil unique de 0,1 µg/l pour les pesticides organiques stipulé par l’Ordonnance fédérale sur la protection des eaux manque de pertinence : cette limite a été dépassée une ou plusieurs fois pour 66 substances, dont les deux herbicides glyphosate et mécoprop. Or, dans ces deux cas, le seuil unique ne reflète pas correctement le risque pour les organismes aquatiques car il ne tient pas compte des aspects écotoxicologiques.

Selon leurs auteurs, ces études mettent en tout cas deux choses en évidence : d’une part, la surveillance de la qualité de l’eau doit porter sur un large éventail de polluants (75 % des risques actuels dépendraient d’une bonne cinquantaine de produits) ; d’autre part, il est urgent de prendre toute une série de mesures pour réduire la pollution, à commencer par le remplacement des substances particulièrement critiques et la réduction des dosages. Il y va de la bonne santé de quelque 13’000 km de ruisseaux. (Source : Eawag / Centre Ecotox / Aqua & Gas)




Notes

[1Eschelisbach (Thurgovie), Weierbach (Bâle-Campagne), Le Bainoz (Fribourg), Chrümmlisbach (Berne) et Hoobach (Schaffhouse).

Infos complémentaires

En France aussi

En France, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir a rendu publique fin mars 2019 une étude qui montre que les pollutions agricoles sont toujours aussi répandues : "en deux décennies, les nitrates n’ont pas diminué dans les nappes phréatiques, quand les pesticides dépassent les seuils légaux de potabilité sur la moitié du territoire français pour les cours d’eau et sur le tiers pour les nappes phréatiques". UFC-Que Choisir estime cependant que la persistance des pollutions agricoles dans l’eau n’est pas une fatalité et que les mesures de prévention préconisées en 2007 par le Grenelle de l’Environnement sont globalement efficaces pour obtenir une eau potable sans recourir à une coûteuse dépollution. L’association demande par conséquent une protection des captages de tout le territoire, ainsi que la mise en œuvre stricte du principe pollueur-payeur.

Mots-clés

Glossaire

  • Débit résiduel

    Volume d’écoulement qui subsiste après un prélèvement dans un cours d’eau (par exemple pour des besoins d’irrigation ou de production d’énergie). Maintenir un minimum de débit et de profondeur d’eau en aval d’une installation est absolument indispensable pour préserver la qualité de l’eau, assurer la recharge des nappes souterraines, protéger la faune et la flore et offrir des possibilités de loisirs. En Suisse, le débit résiduel minimal à garantir dans les cours d’eau à débit permanents est défini par la législation fédérale.

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


Contact Lettre d'information