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3 décembre 2011.

Terre et eau, défis pressants

ÉDITO DÉCEMBRE 2011 La pression démographique, les changements (...)

ÉDITO DÉCEMBRE 2011

La pression démographique, les changements climatiques, la compétition toujours plus âpre pour le contrôle de la terre et de l’eau, des pratiques agricoles qui appauvrissent et dégradent les ressources naturelles : tout cela laisse présager une probable aggravation de l’insécurité alimentaire mondiale et des défis plus que jamais difficiles à relever.

C’est en tout cas ce que redoute la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui pour la première fois vient de publier un rapport sur les ressources en terres et en eaux à l’échelle mondiale. Il y a dans ce domaine, dit-elle, un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande. Le nombre de zones qui arrivent aux limites de leurs capacités de production est en rapide augmentation. Et les taux de croissance agricole tournent au ralenti.

Selon les experts de la FAO, l’avenir de l’agriculture dépend de la réponse que l’on donnera à trois défis : 1. accroître la production alimentaire de 70 % d’ici le milieu du siècle pour faire face à l’augmentation de la population et à l’évolution des habitudes de consommation ; 2. améliorer les moyens d’existence du milliard ou presque de personnes qui de par le monde ne bénéficient pas de la sécurité alimentaire à laquelle elles ont pourtant le plus élémentaire des droits ; 3. freiner la dégradation des terres et des eaux et des grands écosystèmes qui leur sont associés.

S’agissant de la perte de qualité des sols, de l’appauvrissement de la biodiversité ou de la diminution des ressources en eau, les signes avant-coureurs de la crise ne trompent pas. Des hauts plateaux des Andes aux steppes d’Asie centrale, du bassin Murray-Darling en Australie jusqu’au cœur des États-Unis, aucune région ne paraît à l’abri des menaces, sans parler des changements climatiques : on sait qu’ils pourraient modifier profondément les régimes des précipitations et les débits des cours d’eau qui conditionnent les productions agricoles. Sans oublier non plus la concurrence croissante entre les divers usages de l’eau, y compris à l’intérieur même du secteur agricole, entre cultivateurs et éleveurs, entre productions vivrières et plantations de biocarburants.

Il existe certes toute une panoplie de solutions techniques qui permettraient d’évoluer vers une gestion durable des terres et des eaux en conciliant les méthodes performantes de production agricole et le maintien voire l’amélioration de la qualité de l’environnement. Mais l’utilisation des ressources en terres et en eau à des fins agricoles est aujourd’hui et de toute évidence “prisonnière d’un piège politique”.

Car, explique la FAO, si les politiques agricoles ont sans doute répondu efficacement à la demande croissante de produits alimentaires, elles ont eu en même temps des impacts parfois irréversibles sur les ressources naturelles en raison de pratiques culturales non durables, de recours excessifs aux engrais et aux pesticides, et de prélèvements intensifs dans les réserves d’eaux souterraines. Résultat : les capacités de production risquent de s’effondrer.

Les systèmes d’irrigation font également problème : nombre d’entre eux fonctionneraient en deçà de leurs capacités, ils ne seraient pas adaptés aux besoins réels de l’agriculture, leur faible productivité représenterait un considérable manque à gagner en termes d’efficacité de l’utilisation de l’eau et de rendement économique.

On ne le dira jamais assez : plus il est difficile d’accéder aux ressources en terres et en eau, plus les risques d’insécurité alimentaire de la population vont croissant. La FAO est bien obligée de reconnaître que très souvent les politiques agricoles profitent d’abord aux producteurs les mieux lotis. Plus d’un tiers des terres dégradées de la planète se trouvent dans des zones affichant des taux élevés de pauvreté. Et le piège de la pauvreté se referme inéluctablement sur les populations les plus démunies qui doivent se contenter de petites exploitations, de sols dégradés, d’accès limités à l’eau, de ressources humaines et techniques dérisoires, de moyens financiers trop maigres pour acquérir des semences de qualité.

Faim et pauvreté vont de pair. On le sait depuis longtemps. Rapport après rapport, sommet après sommet, on refait le même diagnostic et l’on nous dit à chaque fois que les remèdes existent et qu’il suffirait de les appliquer. Mais, “aucune de ces solutions n’a pu résoudre, ne serait-ce qu’en partie, le problème de la faim, comme le prouve amplement la crise d’aujourd’hui. Le seul point sur lequel tout le monde semble d’accord, c’est que cette crise est probablement en train de s’aggraver”. Cet amer constat, signé de Susan George dans son livre ’Comment meurt l’autre moitié du monde’, date déjà du milieu des années 1970. Fatalisme ? Assurément non. La faim et la pauvreté ne sont pas inévitables, écrivait alors la militante altermondialiste : “elles sont provoquées par des forces identifiables que les hommes peuvent maîtriser”. À condition toutefois de se demander d’abord à qui donc profite la crise.

Bernard Weissbrodt


:: Références

-  ‘L’état des ressources mondiales en terres et en eau pour l’alimentation et l’agriculture’ fait l’objet de pages spéciales sur le site de la FAO et sous l’acronyme SOLAW (The state of the world’s land and water resources).
- Le rapport de synthèse 2011 y est disponible en document PDF



Infos complémentaires

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:: Pénuries et pollution de l’eau à la hausse

« L’eau est de plus en plus rare. La salinisation et la pollution des cours et des plans d’eau et la dégradation des écosystèmes liés à l’eau sont en aggravation. Dans plusieurs grands fleuves, l’écoulement ne représente plus que 5 pour cent de l’ancien volume d’eau et certains fleuves tels que le Huang He n’atteignent plus la mer toute l’année. Les grands lacs et les mers intérieures se sont rétractés et la moitié des zones humides d’Europe et d’Amérique du Nord n’existent plus. Les sédiments produits par l’érosion des sols envasent les réservoirs, compromettant la production d’énergie hydraulique et l’approvisionnement en eau. Les eaux souterraines sont pompées sans retenue et, dans certaines zones côtières, les aquifères sont de plus en plus pollués et salins. Sur de vastes surfaces, dans tous les continents, les écosystèmes subissent des dégradations importantes, en particulier une baisse de la qualité des sols, un appauvrissement de la biodiversité et une altération des valeurs du patrimoine culturel et des beautés de la nature. » (Extrait du rapport de synthèse FAO)


:: Quelques chiffres

- 25 % des ressources sont dans un état de dégradation extrême, 8 % sont modérément dégradées, 36 % sont stables ou légèrement dégradées et 10 % sont "en cours de bonification". Le reste de la superficie terrestre est constitué soit de terres nues (18 % environ) soit de plans d’eau continentaux (2 % environ). Ces chiffres incluent toutes les terres, cultivées ou non.

- Les terres cultivées de la planète ont augmenté de 12 % entre 1961 et 2009, mais la production agricole a fait un bond de 150 % grâce à un accroissement significatif des rendements des principales cultures.

- Il faudra augmenter la production vivrière mondiale de 70 % d’ici 2050 pour faire face à la croissance démographique et à la hausse des revenus, ce qui devrait se traduire chaque année par un milliard de tonnes de céréales et 200 millions de tonnes de produits d’élevage supplémentaires.

- Près de 1’000 milliards de dollars : c’est l’estimation des besoins d’investissements nécessaires d’ici à 2050 pour la gestion de l’eau d’irrigation dans les pays en développement. Et 160 milliards pour la protection et la mise en valeur des terres. (Source : FAO)

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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