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20 mai 2017.

Sur la trace des palafittes suisses

Un livre-guide pour partir à la découverte d’habitats littoraux préhistoriques

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Le "village lacustre" : cette représentation imaginaire, née au lendemain des premières découvertes - au milieu du 19e siècle - des vestiges de sites préhistoriques sur les rives de lacs du Plateau suisse, a longtemps imprégné les esprits de ce pays en quête d’ancêtre idéal et de mythe rassembleur. Jusqu’au jour où, un bon siècle plus tard, archéologues et climatologues réussirent non sans peine à déconstruire ce qui n’était qu’illusion d’optique. Qui pouvait imaginer que dans un lointain passé les lacs suisses avaient connu à plusieurs reprises de fortes variations de niveau ? Et que les pilotis jadis porteurs d’habitats mais aujourd’hui submergés avaient été plantés en terrain sec, en bordure de lac, et non dans l’eau ? Afin de gommer définitivement les fausses interprétations, voilà pourquoi le vocabulaire a également évolué : on préfère désormais parler de "village littoral", ou plus précisément encore de "palafittes" – "pieux plantés" - un mot emprunté à la langue italienne.

En 2011, sous l’étiquette "Sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes", l’UNESCO a inscrit à son Patrimoine mondial une liste de 111 sites, recensés et répartis dans six pays autour de l’Arc alpin, comme autant de témoins, trop peu étudiés et encore mal connus, des conditions de vie à l’époque du Néolithique et de l’Âge du Bronze.

56 de ces sites se trouvent en Suisse et l’ouvrage publié sous les auspices de la Société d’histoire de l’art en Suisse (SHAS) [1] a pour but de faire connaître ce patrimoine remarquable, "en faisant revivre les lieux où ont vécu les premiers agriculteurs-éleveurs de nos régions, il y a plus de six mille à trois mille ans".

En une petite centaine de pages, cet ouvrage propose un bref aperçu de la découverte et des recherches entreprises sur les palafittes depuis la fin du 19e siècle ainsi qu’une vingtaine d’itinéraires vers des sites palafittiques suisses offrant des collections et des parcs archéologiques, des sentiers didactiques ou des reconstitutions de villages préhistoriques.

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Reconstitution dans le parc archéologique du Latenium,
sur les rives du Lac de Neuchâtel (photo aqueduc.info)

Les auteurs de ce guide savent bien que leur propos n’est pas sans risques, car "comment visiter de tels vestiges, s’il ne reste aujourd’hui de ces villages que quelques morceaux de bois plantés dans le sable, l’argile ou la craie de nos lacs" ? En fait, c’est une question à laquelle la plupart des archéologues sont pratiquement toujours confrontés sur les sites préhistoriques : soit ceux-ci sont submergés ou enfouis et donc invisibles, soit ils ont fait l’objet de fouilles puis recouverts, voire détruits, ou reconstitués tant bien que mal dans des musées.

À cela s’ajoute le fait que les sites littoraux immergés posent des problèmes particuliers de conservation et de protection, qu’ils sont sous la menace de risques de dégradation liés à la dynamique des eaux lacustres ou à des activités humaines de toutes sortes.

Le guide prend les devants : sur le terrain ou dans les musées, le visiteur des sites palafittiques se devra de faire appel à toute son imagination pour se représenter ces villages riverains et les activités de leurs occupants, et tenter de visualiser aussi "des plages lacustres libérées par les eaux, plus ou moins couvertes d’une végétation pionnière, d’arbustes ou de roseaux suivant le sol ou les époques". Qui a dit que l’imagination et le savoir ne font pas toujours bon ménage ? (bw)

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Notes

[1 Les Palafittes suisses
Pierre Corboud, Gishan F. Schaeren
& Swiss Coordination Group UNESCO Palafittes
Collection des Guides d’art et d’histoire de la Suisse
Édité par la Société d’histoire de l’art en Suisse (SHAS)
Berne, 2017, 96 pages.

L’ouvrage a également paru en versions allemande, italienne et anglaise.

Mots-clés

Glossaire

  • Eau potable

    La législation suisse sur les denrées alimentaires définit l’eau potable comme une "eau naturelle ou traitée qui convient à la consommation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets entrant en contact avec les denrées alimentaires". Cette eau doit être "salubre sur les plans microbiologique, chimique et physique". La loi définit de manière précise les exigences de qualité auxquelles elle doit satisfaire en tout temps et les concentrations maximales admissibles de diverses substances.

Mot d’eau

  • Eaux de source

    "Rosette témoigna, pour apaiser sa soif, le désir de boire aussi de cette eau, et me pria de lui en apporter quelques gouttes, n’osant pas, disait-elle, se pencher autant qu’il le fallait pour y atteindre. Je plongeai mes deux mains aussi exactement jointes que possible dans la claire fontaine, ensuite je les haussai comme une coupe jusqu’aux lèvres de Rosette, et je les tins ainsi jusqu’à ce qu’elle eût tari l’eau qu’elles renfermaient, ce qui ne fut pas long, car il y en avait fort peu, et ce peu dégouttait à travers mes doigts, si serrés que je les tinsse." (Théophile Gauthier, "Mademoiselle de Maupin", (...)

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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