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juillet 2008.

Rhône valaisan : un patrimoine à (re)découvrir

Comment mettre un fleuve en valeur ? Et s’agissant du Rhône, (...)

Comment mettre un fleuve en valeur ? Et s’agissant du Rhône, quelles initiatives faudrait-il imaginer pour qu’il soit mieux reconnu comme un patrimoine à part entière des deux pays qu’il traverse, Suisse et France ? C’est la question qui, début juillet, a occupé l’essentiel des échanges annuels d’informations et d’expériences du « Réseau Rhône » dont les efforts de valorisation du patrimoine rhodanien valaisan n’étaient pas absents.

Il est grand temps que les riverains du Rhône se réconcilient avec leur fleuve et se le réapproprient. Ce fut en quelque sorte le leitmotiv de cette journée annuelle de rencontres du « Réseau Rhône » (voir ci-contre) programmée cette année dans les locaux entièrement rénovés de la Maison du fleuve Rhône, sise à Givors, à quelques kilomètres en aval de Lyon. Cette édition 2008 avait pour ambition de contribuer « à une démarche créatrice au profit de la valorisation du fleuve en tant que patrimoine commun, en faveur du cadre de vie des riverains et de l’attractivité touristique des cités rhodaniennes ».

Entre aménagement du territoire, mise en valeur des paysages, médiatisation de la culture fluviale, recherches archéologiques et autres débats « sur les nouvelles potentialités d’un Rhône aux valeurs multiples », il fut aussi question de la constitution et de la valorisation du patrimoine rhodanien du Valais.

Les représentations traditionnelles de ce Rhône traversant ce canton suisse de part en part, explique Myriam Evéquoz-Dayen, collaboratrice scientifique aux Archives de l’État du Valais, font souvent allusion à « un fleuve menaçant qu’on tient à distance ». Or, il se fait que les Valaisans sont aujourd’hui en train de s’atteler à leur ’chantier du siècle’ en vue d’une 3e correction historique du fleuve : 160 km de rives, 30 ans de travaux pour un coût dépassant le milliard de francs suisses (plus de 600 millions d’euros). C’est là une occasion quasi unique de (re)découvrir un immense patrimoine culturel et d’imaginer les moyens de le faire (re)connaître.

Faire l’inventaire …

En 2002, sur mandat du Département des transports, de l’équipement et de l’environnement, il fut décidé un dépouillement systématique des anciens fonds d’archives de l’administration cantonale et des communes ainsi que de quelques fonds privés. Avec un triple objectif :
- faciliter l’établissement de connaissances sur le Rhône, la plaine et les riverains
- examiner les interventions contemporaines de la future correction du Rhône sous l’angle de concepts analysés dans la longue durée
- et rendre accessibles les documents relatifs au Rhône et à la plaine riveraine conservés aux Archives de l’Etat du Valais.

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Attestation d’inspection des barrières du Rhône en 1682-83

Cette démarche a abouti, non sans de multiples difficultés (dispersion des documents, disparité des documents, etc.), à la création d’une base de données qui compte aujourd’hui plus de 7’000 entrées échelonnées entre 1189 et 1980 et réparties entre Valais romand et alémanique. La tâche est loin d’être achevée. De nombreuses autres sources restent à explorer.

… et donner la parole aux témoins

Une autre démarche, pour les besoins de la 3e correction du Rhône, consistait à « mettre en perspective le passé récent, sous l’angle des sciences humaines et naturelles, pour faire comprendre le contexte et les raisons » de ce projet. Autrement dit, il importait de trouver des moyens vivants et originaux pour traduire les manières qu’ont durablement les Valaisans de percevoir et de dire leur fleuve.

C’est ainsi qu’est née l’idée (et sa réalisation l’an passé) d’une série d’enregistrements vidéo regroupant, sous le titre « Témoins du Rhône », une douzaine de témoignages de personnes ayant vécu la 2e correction du Rhône (menée entre les années 1930 et 1960). Ce qui a permis de mieux comprendre par exemple pourquoi et comment l’occupation humaine de la plaine du Rhône s’est intensifiée au cours de la Seconde Guerre mondiale du fait des défrichements et assèchements rendus nécessaire par une économie de crise.

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Carte du Rhône (1910)
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... aujourd’hui vu d’avion














Comment mettre ce patrimoine en valeur ?

(Re)découvrir un patrimoine est une entreprise de longue haleine. Valoriser aujourd’hui ce patrimoine et imaginer la manière dont on pourra le faire dans les années à venir est un autre défi. Pour le moment, on se limitera ici à mentionner l’une ou l’autre des initiatives d’ores et déjà prises ou encore en chantier :

-  "Mémoires du Rhône"  : groupe pluridisciplinaire de chercheurs dont l’activité concerne le Rhône dans son environnement naturel et humain et qui depuis 2004 organise un colloque annuel (Actes en préparation)
- "Des Alpes au Léman, Images de la préhistoire" : exposition successivement présentée dans des musées de Sion, Lausanne et Genève
- "Rhône vivant" : plateforme regroupant plusieurs organisations engagées dans la protection de l’environnement
-  Nombreuses créations artistiques contribuant à la valorisation du fleuve dans tous les domaines d’expression : photographie, arts visuels, arts plastiques, musique, littérature, etc.
- "La route du Rhône" : un des itinéraires de la Suisse à vélo, qui traverse le Valais du glacier du Rhône jusqu’au lac Léman, le plus souvent sur les rives du fleuve

Mais, comme dit Myriam Evéquoz-Dayen, « tout est à construire ». Et pour cause : les différents réseaux restent pour le moment relativement cloisonnées et les différents acteurs réels et potentiels d’une valorisation du fleuve pratiquent une faible niveau de concertation. Autrement dit : il faut « créer des liens pour accroître l’efficacité des démarches de valorisation du patrimoine rhodanien valaisan ». À quand donc une Maison valaisanne du fleuve Rhône ? (bw)


(*) Documents photographiques aimablement fournis par Mme Myriam Evéquoz-Dayen

Liens utiles

- Le Département de l’éducation, de la culture et du sport sur le site de l’État du Valais
- La 3e correction du Rhône sur le site de l’État du Valais




Infos complémentaires

Givors pont

Pont suspendu sur le Rhône
à Givors (France)

:: Le Réseau Rhône

Ce réseau transfrontalier, créé en 1994 à l’initiative conjointe du Musée du Léman de Nyon et de la Maison du Rhône à Givors (près de Lyon), regroupe une cinquantaine de musées, associations, institutions, réserves naturelles et centres d’archives ou de documentation attelés d’une manière ou d’une autre à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine fluvial et lacustre. Du Valais suisse à la Camargue française, le Réseau Rhône veut favoriser une meilleure circulation des idées et des informations et encourager la coopération mutuelle de ses membres. Des rencontres et voyages d’études permettent chaque année d’apporter un éclairage particulier sur l’une ou l’autre des questions relatives à la mise en valeur patrimoniale du fleuve.


Givors maison Rhone

:: La Maison
du fleuve Rhône
(Givors, France)

Depuis 1989, la Maison du fleuve Rhône, constituée en association, cherche « à faire découvrir la valeur sociale et culturelle du Rhône, à favoriser la diversité de ses usages et accompagner le développement des territoires rhodaniens ». Elle propose ainsi des services et des actions de diffusion culturelle (conférences, ateliers, expositions, manifestations, etc.), gère un centre documentaire en provenance de fonds multiples (elle est également sur le point de lancer la constitution d’une banque de données sur le thème « fleuve-patrimoine », et mène des missions faisant appel aux sciences sociales et à l’ingénierie culturelle (accompagnement de projets de valorisation du fleuve, créations d’outils et d’événements propices à accroître la familiarité des rhodaniens avec leur fleuve, etc.).

Voir le site maisondufleuverhone.org

(photos aqueduc.info)

Mots-clés

Mot d’eau

  • L’eau des Kennedy

    Celui qui pourra résoudre les problèmes de l’eau méritera deux Prix Nobel : un pour la paix et un pour la science. (John F. Kennedy) - Nous sommes témoins de quelque chose d’inédit : l’eau ne coule plus vers l’aval, elle coule vers l’argent. (Robert F. Kennedy)

Glossaire

  • La clepsydre

    C’est, comme le sablier, l’un des plus anciens instruments de mesure du temps qui passe. Il s’agissait le plus souvent d’un vase conique, percé d’un trou à sa base, laissant s’écouler l’eau goutte à goutte. Comme sa face interne comportait des graduations horaires, il suffisait d’observer le niveau de remplissage pour savoir combien d’heures s’étaient écoulées depuis le coucher du soleil.


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