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18 mars 2007.

Qui achètera de l’eau pour la nature ?

EDITO MARS-AVRIL 2007 Venant de Maude Barlow, la question ne (...)

EDITO MARS-AVRIL 2007

Venant de Maude Barlow, la question ne surprend guère, mais elle dit bien la perspective des combats menés par celle qui, avec Tony Clarke, a reçu en 2005 le « Nobel alternatif », en raison de son engagement pour la reconnaissance du droit à l’eau comme un droit humain fondamental. La fondatrice de Blue Planet Project, un mouvement de citoyens actif à l’échelle mondiale dans la protection de l’eau douce, également présidente du Conseil des Canadiens, était invitée l’autre jour à Berne à la conférence de la Coordination suisse « L’eau comme bien public ». Elle n’y a pas fait mystère de ses convictions : « l’eau est un cadeau de la nature à l’humanité ». Ni de ses inquiétudes : « on va aujourd’hui vers un cartel mondial de l’eau où toute l’eau du monde sera un bien privé ».

L’eau, rappelle-t-elle, appartient à la terre et à tout ce qui vit sur cette terre. Elle n’est pas simplement l’héritage de l’humanité, mais un bien partagé par l’ensemble des espèces et des êtres vivants, de la nature et des écosystèmes. Qui plus est, un bien commun que nul ne peut revendiquer de façon exclusive. Or, aujourd’hui, les hommes ont commencé à puiser dans cette ressource bien plus vite que la nature n’arrive à la renouveler. Non seulement ils l’épuisent et la gaspillent, mais ils la contaminent et l’empoisonnent.

Parallèlement, l’eau, comme tant d’autres choses, devient marchandise. Maude Barlow – qui prépare une suite à son livre « L’or bleu : l’eau, le grand enjeu du XXIe siècle » - dénonce la grande tendance mondiale à la privatisation de cette ressource essentielle à la vie. Un jour viendra où l’eau peut-être ne sera disponible qu’à ceux qui pourront l’acheter. Un représentant de la grande économie, présent à Berne, ne pouvait que confirmer ce propos : « Sans eau, non seulement il n’y a pas de vie, mais il n’y a pas non plus de business ». Bientôt, donc, on vendra peut-être la pluie avant qu’elle ne tombe. Mais qui donc, alors, serait assez fou pour acheter de l’eau pour en faire cadeau à la nature qui a droit à sa part légitime ?

La pollution fait aussi des heureux. Il y a de l’argent à gagner dans les techniques d’épuration. Au point qu’une véritable concurrence souterraine est en train de voir le jour - même en Suisse – entre ceux qui en amont s’efforcent de prévenir toute sorte de dégradation des ressources en eau et ceux qui en aval créent et développent des technologies hautement performantes capables de retenir tout élément indésirable et de fournir une eau absolument saine et pure. Dans ces conditions, nous chanteront bientôt les ingénieurs, à quoi sert-il aux amis de la nature de se fatiguer à faire de la prévention si les techniques de filtration peuvent garantir à tout un chacun l’accès à une ressource de très bonne qualité ? On devine sans peine les effets pervers et démobilisateurs d’une telle approche.

« L’humanité doit à nouveau respecter la place sacrée de l’eau dans le monde de la nature », aime à dire Maude Barlow. En Suisse, les administrations publiques et les organisations écologistes ne font pas autre chose quand elles prônent la protection et la régénération des habitats naturels, biotopes, marécages, zones alluviales et autres sites sensibles. Ou quand elles proposent des campagnes d’information, des ouvrages de vulgarisation, des projets éducatifs et des outils didactiques qui, comme on dit au WWF, font prendre conscience que « la nature suit ses rythmes, qui ne sont pas du genre humain ».

Bernard Weissbrodt




Glossaire

  • Débit résiduel

    Volume d’écoulement qui subsiste après un prélèvement dans un cours d’eau (par exemple pour des besoins d’irrigation ou de production d’énergie). Maintenir un minimum de débit et de profondeur d’eau en aval d’une installation est absolument indispensable pour préserver la qualité de l’eau, assurer la recharge des nappes souterraines, protéger la faune et la flore et offrir des possibilités de loisirs. En Suisse, le débit résiduel minimal à garantir dans les cours d’eau à débit permanents est défini par la législation fédérale.

Mot d’eau

  • « Le fleuve me hantait »

    "La proximité de sa grandeur réveillait en moi une antique terreur des eaux qui, en présence des rivières et des fleuves, même vus du rivage, me tourmente l’âme. La fluidité des eaux fluviales, lentes ou rapides, me trouble, où je décèle un monde à demi visible de formes fugitives qui tentent et parfois fascinent l’âme inattentive. Ce sont des êtres sinueux et insinuants que les fleuves et les rivières, même farouches." (Henri Bosco, "Malicroix", 1948)


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